Le Cam Louis


Louis-Marie Le Cam (1885-1948)
Prêtre
Chevalier de la Légion d’honneur
Croix de guerre avec palme 3 étoiles 1914-1918
Officier d’Académie

Il est né le 30 janvier 1885 à Plouharnel (Morbihan), de Jean, François Le Cam, âgé de trente ans, maçon et de Marie, Anne Jégo, âgée de vingt-neuf ans, cultivatrice. Il se destine à la prêtrise et est ordonné le 27 mars 1909, par Mgr Gouraud, l’évêque de Vannes en la chapelle Saint-Michel du séminaire de Kergonan à Plouharnel. Le 16 avril 1909, il est nommé vicaire à Quistinic (Morbihan) et commence sa « carrière » sacerdotale. 

La Grande Guerre
Lors de la Première Guerre Mondiale, il est mobilisé le 23 février 1915 au 219e régiment d’infanterie. Aspirant, il est promu sous-lieutenant le 4 octobre 1916. Cette promotion récompense la bravoure au combat du jeune officier lors des différents combats qui jalonnent le parcours du régiment dans la Somme.  Il se met une nouvelle fois en évidence dans la forêt de Pinon (Aisne) lors de l’ultime offensive allemande des 27 et 28 mai 1918. Alors que les soldats se battent à un contre cinq, sans dormir pendant trois ou quatre jours, le sous-lieutenant Le Cam qui résiste héroïquement et tient la position au milieu des lignes ennemies avec ses hommes,  rend compte de la situation par pigeon-voyageur à l’état-major. Le 4 juin 1918, à la Chambre des députés, le président du Conseil, Georges Clemenceau leur rend hommage : « Je connais le fait d'un groupement d'hommes perdus, de Bretons, attardés dans un bois, qui ont été cernés toute une journée. Le lendemain, résistant encore, ils ont envoyé un pigeon-voyageur à leur Corps pour leur dire : Nous sommes là. Nous avons promis de ne pas céder. Nous, nous battrons jusqu'à la fin. Si vous pouvez venir nous chercher, venez. Nous pouvons encore, tenir une demi-journée. Ces hommes-là, ils vous font, ils vous continuent la patrie française dont vous êtes fiers, en dehors de laquelle aucune de vos réformes ne pourrait s'accomplir. Ils meurent pour le plus grand idéal, le plus beau, pour la continuation d'une histoire qui sera la première entre les histoires des peuples civilisés. »  Le sous-lieutenant est cité à l’ordre de l’armée : « Officier d’une grande bravoure et adoré de ses hommes, qu’il entraînait par son exemple. Toujours volontaire pour les missions périlleuses. Commandant provisoirement sa compagnie, a lutté pied à pied, toute la journée du 27 mai 1918, contre un ennemi très supérieur en nombre. » Lors de cette journée, il est fait prisonnier et interné à Rastatt en Allemagne. Il ne reste pas longtemps aux mains de ses geôliers car il s’évade et réussit à regagner la France (20 décembre 1918) en passant par la Pologne, l’Autriche et l’Italie ! Le 23 janvier 1919, il rejoint le dépôt du 19e d’infanterie et est promu lieutenant. Le 22 mars 1919, il est démobilisé et retrouve le Morbihan. Pour répondre au souhait du Pape qui demande aux évêques de procurer à tous leurs prêtres soldats le bienfait d’une retraite qui les aide à secouer « la poussière du monde, au sortir d’une vie peu compatible avec leur vocation et la discipline ecclésiastique[1] » il est convié comme tous les prêtres démobilisés à participer à deux retraites de huit jours à Vannes avant de retrouver la vie paroissiale.

Le vicaire de Kerentrech
Le 12 avril 1919, il est nommé vicaire à la paroisse Saint-Christophe et vient renforcer l’équipe du chanoine Julien Le Guéhennec (1853-1928), recteur depuis le 5 avril 1902 de cet important quartier de Lorient. Bien entouré, il retrouve la sérénité après les années éprouvantes qu’il vient de vivre. C’est toujours l’Union sacrée qui se prolonge et qui met entre parenthèses pour encore quelques temps les clivages du passé. Le clergé de Kerentrech profite de cette accalmie pour œuvrer au relèvement chrétien de la famille et « ranimer » les mouvements catholiques en direction de la jeunesse. Il confie cette mission au nouvel arrivant car depuis la fin de la guerre l’irréligion menace les fondements de la société.  La Semaine religieuse du diocèse de Vannes, énumère les principaux manquements qui sont : « la diminution de l’autorité dans la famille, la recherche de la jouissance, les divertissements immoraux, le luxe, l’immodestie des vêtements chez les femmes et les enfants…[2] » L’abbé Le Cam s’investit pleinement face « aux milieux corrupteurs » en développant l’enseignement du catéchisme, en relançant l’Action catholique des jeunes, le patronage des jeunes gens de Saint-Christophe et en visitant régulièrement les écoles religieuses de la paroisse : l’école Saint-Christophe et l’école Notre-Dame de Bonne Nouvelle (filles). Mais il ne « sauve » pas seulement les âmes car le 21 mai 1923, il se signale par le sauvetage du côtre « Adolphe » échoué au Fort-Bloqué sur un fond rocheux. La presse locale raconte : « L’abbé Le Cam, vicaire à Saint-Christophe, prit un canot et accompagné de trois hommes vint au secours de l’équipage dont tous les efforts étaient jusque-là demeurés vains. Les sauveteurs réussirent non sans peine à retirer le côtre de sa fâcheuse position. Notons que l’abbé qui dirigeait les opérations de sauvetage est le fils d’un marin. » Il se distingue également par son inlassable activité en faveur des jeunes du Patronage qu’il conduit d’une main ferme lors des compétitions sportives de la F.G.S.P.F. (Fédération gymnastique et sportive des patronages de France.)  Cette période d’intense activité se traduit le dimanche 29 janvier 1928, par une église paroissiale « pleine à craquer » à l’occasion des noces d’or sacerdotales du chanoine Le Guéhennec. Une grande partie de la population de ce faubourg populeux est venue fêter le bon chanoine qui depuis cinquante ans partage leurs peines et leurs joies. Mgr Duparc (1857-1946), l’évêque de Quimper est également de la fête, heureux de retrouver ses anciens paroissiens et sa ville natale. Hélas, quelques mois plus tard (le 1er novembre 1928), le décès de l’abbé Le Guéhennec attriste les habitants et « casse » la dynamique de la paroisse. Le temps est venu pour l’abbé Le Cam d’envisager d’autres horizons et le 17 février 1929, Le Nouvelliste du Morbihan fait part de son départ et « félicite le celtisant et le chroniqueur érudit « pour lequel l’histoire n’avait pas de secret, le prêtre si sympathique qui va aller administrer la colonie de pécheurs de Houat. »

Le recteur de l’île de Houat
C’est le paradis qui l’attend ! Un ilot de 4 km de long et d’1,5 km de large, sans voitures, sans électricité, couvert de landes et avec la mer comme seul horizon. C’est pour l’historien qui vient de publier : « L’île Saint-Michel et le Prieuré Saint-Michel des Montagnes » un lieu rêvé pour de nouvelles recherches ! La charge sacerdotale n’est pas trop « violente » 346 habitants, qui sont pour la presse locale « dignes du plus grand intérêt » et qui attendent avec impatience leur nouveau recteur. « Il est essentiel qu’il soit bon » car il est l’homme à tout faire étant à la fois secrétaire de mairie, percepteur, payeur, juge de Paix, gendarme, syndic des gens de mer, épicier en gros (avec les sœurs de Kermaria[3]) pour la coopérative et recteur de la belle église Saint-Gildas. Le nouveau venu fait rapidement l’unanimité avec sa soutane bardée des rubans « qu’il a rapportés des tempêtes du Front de guerre[4] » et dont la salle à manger au presbytère est ornée de la photo dédicacée de Clémenceau qui l’avait remarqué et salué dans une tranchée du Bois des Caures (Meuse) : « À Monsieur Le Cam, recteur de l’île d’Houat, bon compagnon de bombardement à Pinon, avec une bonne poignée de main.[5] » Le presbytère est le lieu incontournable de l’île et Madeleine Desroseaux (1873-1939) dans les « Heures Bretonnes » décrit parfaitement l’ambiance de la maison du recteur :
Le bon curé sourit et bénit le Seigneur
Pour les fruits du verger, pour la feuille et la fleur.
Il connait le pays toit par toit, pierre par pierre ;
Et, marin à son heure, il a, comme saint Pierre,
Sa barque que la mer chaque jour met à flots …
Au milieu de ses choux on le trouve en sabots,
L’arrosoir penché pour un copieux baptême ;
Sa maison est ouverte et son âme de même ;
Il partage son cidre et son pain et son lard… »

En quelques années, il s’est fondu dans le paysage et comme les îliens, pêche, jardine, chasse et cueille. Cette vie toute simple est bien évidemment rythmée par les célébrations et fêtes religieuses et M. le Recteur est très attentif à la présence de ses ouailles et à leur participation active aux cérémonies. Le 15 septembre 1933, La Croix du Morbihan titre : « Le recteur de l’île de Houat vient d’être nommé gardien du Phare. » C’est une excellente nouvelle pour les navigateurs car « L’île de Houat, au large de Quiberon, qui, jusqu’ici, ne possédait ni phare ni sémaphore, et souvent pendant les mauvais temps d’hiver, se trouvait séparée du reste du continent, vient d’être doté d’un phare appelé à rendre de grands services aux navigateurs, et dont la portée est de 2 milles ». Pour veiller à ce poste de confiance, on a choisi M. L’abbé Louis Le Cam, recteur de Houat. Désormais, il cumule presque toutes les fonctions et publie en 1932 un nouvel ouvrage consacré à son île : « Houat et Hoëdic – Histoire – Charte – Récits de voyage. » C’est une magnifique conclusion à une belle aventure qu’il poursuit encore quelques années avant de quitter pour des raisons de santé, le cœur gros, ses chers houatais et revenir à la fin de l’année 1937 sur le continent. Surnommé par ses confrères « Le Cam-Océan » le capitaine de réserve d’infanterie coloniale et héros de la Grande Guerre prend la mer pour d’autres rivages.

Le curé de Brandérion
Le 12 décembre 1937, il est nommé curé de Brandérion. C’est un changement brutal et une nouvelle aventure qui commence bien loin des grèves qu’il parcourait avec un plaisir immense. Mais c’est avec la même vigueur qu’il administre sa nouvelle paroisse et délivre les sacrements. Il est très vite accepté par la population locale qui connait sa réputation et ses talents d’écrivain et d’historien. Malgré sa foi en l’avenir, il est inquiet devant les velléités de l’Allemagne nazie et comme dans de nombreuses églises en France, à Brandérion, les fidèles prient pour la Paix !  En pleine tension internationale, l’abbé Le Cam participe, en compagnie d’un nombreux clergé, le dimanche 25 septembre 1938 au 25e anniversaire de l’érection en Basilique de l’église Notre-Dame de Paradis à Hennebont. La cérémonie religieuse est présidée par Mgr Duparc et à la fin de la célébration, les fidèles entonnent avec émotion et espoir le cantique du Vœu :
« Nous sommes tes fils, nous sommes ta ville
Tu nous a conquis, mère, garde nous ! »

Cette supplication est « entendue » par la France et l’Angleterre qui sacrifient la Tchécoslovaquie sur l’autel de la Paix ! Mais cette politique d’apaisement à l’égard de l’Allemagne est rapidement vouée à l’échec. La guerre est inévitable ! Le 1er septembre 1939 l’ordre de mobilisation générale est décrété et Mgr Tréhiou, l’évêque de Vannes « demande aux prêtres du diocèse d’ajouter à l’office de la messe une oraison pour la paix. Il recommande également l’organisation de prières publiques et des cérémonies spéciales pour obtenir du ciel qu’il libère la famille des lourdes inquiétudes de l’heure présente. » C’est une louable intention mais il est trop tard pour enrayer l’engrenage du conflit. Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne et une fois encore les Français mobilisés rejoignent les casernes. Le capitaine Louis Le Cam est mobilisé depuis le 25 août 1939 et affecté au 112e régiment régional à Nantes. Le 1er janvier 1940, il prend le commandement de la 4e compagnie de défense passive. Quelques mois plus tard, il est fait prisonnier et emmené en captivité. L’année suivante, il est libéré et le 15 août 1941 la population de Brandérion l’accueille avec ferveur. « Vers 8 heures les cloches se mirent à sonner pour avertir la campagne environnante de l’arrivée du pasteur. Il fallait voir les paroissiens se presser aux portes et aux fenêtres pour voir passer leur recteur. Plusieurs accouraient vers lui pour lui serrer la main, à tous il adressait une parole réconfortante. Tous les visages exprimaient la joie. En ce jour la population branderionnaise a su rendre à son recteur l’hommage de reconnaissance qui lui était dû. » Il est heureux de retrouver ses paroissiens et reprend sa place au milieu d’eux. Il est attentif à tous, encourage et soulage les détresses les plus fortes mais en même temps, il fait face à l’occupation ennemie avec ses restrictions, ses brimades, ses interdits, ses arrestations et ses exécutions d’autant que le territoire de Brandérion est propice aux incursions des résistants lesquels sabotent la voie ferrée, les lignes électriques. Il est vrai que la proximité de Lorient repaire des sous-marins de l’amiral Dönitz (1891-1980) est une cible de premier choix. Elle l’est également pour les bombardiers de la R.A.F. qui la nuit déversent leur chargement sur la cité morbihannaise. Cette dernière depuis 1943 n’est plus qu’un amas de ruines ! Malgré le débarquement des forces Alliées le 6 juin 1944 et la formidable avancée des blindés américains, il faut attendre le 10 mai 1945 pour célébrer la Libération de la ville de Lorient. C’est pour le pays de Lorient, la fin de cinq années de malheur, de misère et d’humiliation.

Le retour à la Paix
Après des années difficiles c’est pour le pays de Brandérion qui panse ses plaies le retour à une vie paisible. Il reste à se débarrasser des traces de l’occupation ennemie et à se souvenir de ceux qui sont partis. Quelques noms sur le monument aux morts rappellent leur sacrifice pour la Patrie. Le 8 août 1948, l’abbé Le Cam décède à Brandérion à l’âge de 63 ans. Tout le bourg « le pleure » car il avait par sa simplicité, sa bonté et son dévouement gagné les cœurs. Il laisse de nombreux ouvrages historiques : « Saint-Maurice, abbé de Langonnet, fondateur de Notre-Dame de Carnoët », « le Siège de Lorient par les Anglais en 1746 », « l’île Saint-Michel et le Prieuré Saint-Michel des Montagnes », « Houat et Hoëdic – Histoire - Charte- Récits de Voyage. » Très attaché à ses racines, il avait collecté auprès des anciens de nombreuses chansons et complaintes en breton afin de les sauvegarder de l‘oubli. Le patrimoine religieux était également au centre de ses engagements et la commune de Brandérion lui doit la croix de la chapelle Sainte-Anne, sauvée de la démolition. Pour toutes ces raisons et pour une vie d’engagement et de partage, le nom de l’humble prêtre est donné à un boulevard de Brandérion et à une rue de Plouharnel, son village natal. La ville de Lorient ne l’oublie pas et le 11 juin 1949, le conseil municipal (maire Julien Le Pan) attribue le nom de Louis Le Cam à une rue de la ville. L’année suivante (20 juillet 1950) la rue Abbé Le Cam est transformée en boulevard.

Texte de Patrick Bollet


[1] La Semaine religieuse du diocèse de Vannes. Le 4 janvier 1919.

[2] La Semaine religieuse du diocèse de Vannes. Le 25 janvier 1919.

[3] Les Filles de Jésus de Kermaria sont épicières, infirmières et pharmaciennes. La Mère Zéphyrin depuis 48 ans au service des îliens seconde efficacement l’abbé Le Cam. 

[4] Claude Dervenn. Le Morbihan.

[5]  Pierre Cressard. Le Paradis tranquille des Petites îles. Imprimerie Bretonne, Rennes 1952.

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