Le Saint Félix


Félix Georges Marie Le Saint, architecte, naît le 4 juin 1913 à Cherbourg. Il est le fils d'Auguste Le Saint et d'Anna Ropers. Il épouse Lucienne Le Guern. il décède le 18 janvier 1975 à Lorient, à son domicile au 2 rue Dupleix.

L’apprentissage des formes et la révélation d’une vocation


Félix Le Saint suit l’essentiel de ses études à Paris. Du lycée Henri IV, il s’oriente vers l’école des Beaux-Arts en ayant une attirance déjà affirmée pour l’architecture. Outre cette passion naissante, le sentiment religieux est une composante majeure de son caractère. Il effectue son service militaire dans le 21e régiment d’artilleurs algériens en 1937.
Bien qu’habitant Paris, la famille est ancrée depuis toujours en Bretagne du côté de Trébeurden. Les années précédant la guerre, avec son ami d’enfance Georges Rondeau, il parcourt la Bretagne. Carnet de croquis à la main, sa leçon d’architecture,  il la puise dans les chapelles bretonnes.

Un prisonnier de guerre

Alors qu’il poursuit ses études, il est rappelé comme sous-officier sursitaire à la fin de l’année 1939. Comme tant d’autres, Félix Le Saint est fait prisonnier, il est envoyé en Allemagne et rejoint le Stalag XIIa de Limburg-sur-Lahn en 1941. L’expérience de la captivité aura une influence déterminante sur l’ensemble de sa vie et sa carrière professionnelle. Il y fait l’expérience forcée mais enrichissante de l’entraide entre prisonniers. Les fortes amitiés qui se lient dans cette période difficile confortent son caractère, empreint d’entraide et d’attention à l’autre sans autre frontière sociale, qui dessine sa vie. Se retrouvant dans un groupe d’artistes qui s’organise tant bien que mal, il tue le temps en dessinant ce qui l’entoure avec la double envie de témoigner pour les autres et aussi de s’échapper dans les couleurs de ses aquarelles.

Rapidement la pratique de l’art devient vitale. C’est pour lui le moyen de refuser le repli sur soi, la perte d’identité et la latence qui traînent alors dans chaque baraquement. En le forçant à ouvrir les yeux, le dessin lui permet de rester actif, et continuer ainsi à ne pas accepter sa condition. Pensant être repéré par ses gardiens comme élément rebelle, il craint un possible déplacement vers des camps plus durs de l’est de l’Allemagne. En juillet 1942, avec la complicité de camarades, Félix Le Saint s’évade dans des conditions autant épiques que critiques. Avec deux compagnons de fuite, ils restent enfermés dans un wagon durant vingt-huit jours, oscillant entre la peur d’être repérés et l’abattement physique. L’un d’eux sera sujet à des crises de démence et ils sont bien souvent contraints de l’assommer pour ne pas être découverts. Un premier contrôle en gare de Maastricht faillit leur être fatal. Grâce à la provision de poivre emportée, ils détournent l’attention des chiens. Le convoi arrive finalement en gare de Chartres, ville que Félix Le Saint connaît bien pour y avoir séjourné. De là, avec son compagnon de fuite Desautels, ils choisissent de rejoindre à pied Épernon où ils trouvent refuge dans une communauté religieuse. Ce parcours en territoire occupé les conduit ensuite à Paris où ils organisent leur transfert vers la zone non occupée. C’est à Montceau-les-Mines, où il trouve un emploi dans une charbonnerie, que Félix Le Saint se réfugie jusqu’en 1944. Durant ces années clandestines, il poursuit son apprentissage d’artiste en découvrant la puissance des formes de l’architecture romane bourguignonne, tout en ressassant l’épreuve qu’il vient de subir.

Enfin libre, Félix Le Saint choisit Lorient pour installer son bureau d’architecte. Il se met au service de la reconstruction de la ville et en devient l’un des plus talentueux concepteurs, et sans doute le plus respecté pour son intégrité. La captivité semble ancrée dans son caractère. La volonté de ne pas accepter l’évidence le pousse à toujours chercher et à prendre des options modernes. L’entraide des dures années l’amène à imaginer une ville où chacun puisse trouver sa place. Il travaille à réaliser une ville claire et compréhensible. Plus que d’autres, il laissera son empreinte sur Lorient. On lui doit les îlots les plus clairement modernes du centre-ville, quantité de logements collectifs et économiques, ainsi que des audaces architecturales telles que les halles de Merville ou l’église de Locmiquélic. Félix Le Saint est décédé en 1975. Comme bon nombre d’anciens prisonniers de guerre, il n’évoquait jamais cet épisode de sa vie et beaucoup de détails nous manquent aujourd’hui. En témoigne quelques croquis, dessins, aquarelles et une correspondance ou transparaît toujours à quel point cette captivité et cette douloureuse évasion ont pu le marquer. Peut-on y déceler son attachement à la forme principale plus qu’aux détails et à son goût pour la composition en trois dimensions ?

Architecte de la Reconstruction, l’expérience d’une ville
La guerre terminée, Félix Le Saint se retrouve à Paris avec sa mère et ses trois frères et sœurs. Son père est décédé durant sa captivité. Passant son diplôme en 1946 il se lance dans l’urgence à la recherche d’un travail. Il rencontre alors Georges Tourry, urbaniste chargé de la reconstruction de Lorient, qui pourrait lui servir d’intermédiaire pour reprendre l’agence de l’architecte Lorientais Nabat. Le Saint s’installe finalement à son compte, à Lorient, en compagnie de son frère Georges.
Félix Le Saint découvre à Lorient une ambiance de travail qui lui convient. Comme lui, de nombreux architectes sont venus aider à la reconstruction de la ville.
Travaillant en baraque, ensemble, dans l’émulation enthousiaste d’une mission à accomplir. Il y prendra le goût de travailler en équipe qui le tiendra toute sa carrière. En effet, rares sont les réalisations qu’il signe sous son seul nom, il partagera de nombreux projets avec ses amis Beauvir, Olivier, Bigio, Millot, et bien d’autres. De même, il fera débuter bon nombre de jeunes confrères.

Rapidement Le Saint acquiert une réputation d’honnêteté sans faille, et se révèle en homme de conviction sincère doublée d’un talent d’architecte ouvert à l’innovation. Car dans cette période d’incertitude il est avec Beauvir, Conan et Ouvré l’un des rares architectes à réclamer ouvertement un changement d’architecture à Lorient.

Le Corbusier, l’inspirateur
Dans une France en chantier, Le Corbusier paraît être le seul à produire un message tonique sur l’urbanisme à venir. La modernité de ses idées semble correspondre à l’attente des concepteurs lassés des modèles dépassés qui leur sont imposés. Le message résonne auprès des jeunes architectes. Félix Le Saint trouve dans les travaux de Le Corbusier les réponses et le support théorique qui lui permet d’aller plus loin dans sa volonté d’élaborer la ville qui permettrait d’aborder un futur “radieux”.

Dans les premiers temps, Le Corbusier sert de modèle appliqué à la lettre et à la mesure près. Comme le montrent les immeubles de L’Eau-Courante, la filiation est directe avec les œuvres du créateur du Modulor. Mais rapidement Le Saint pioche dans les pensées du maître la matière à une démarche personnelle qui l’amènera à reformuler à sa manière les îlots du centre-ville.
Sa capacité à “faire de la ville” et à composer avec l’existant le mènera également à travailler sur la ZUP de Kervénanec où on le charge de combler les manques et d’y créer un centre. C’est sans doute le désir d’aller plus loin dans ce qu’il pouvait offrir à la ville qui le conduira à accepter d’entrer au conseil municipal en 1970.

La ville en projet
La capacité à identifier les questions posées à un projet par le site, par le programme, par l’économie est une constante chez Félix Le Saint. Sa parfaite connaissance de l’élaboration de Lorient et la volonté désintéressée d’être utile à l’élaboration de la ville le pousse à toujours chercher la bonne architecture pour le bon endroit et le bien des habitants. Son travail de projet est continuel allant au bout de chaque variante possible. Dans son inlassable souhait de réajuster la ville pour qu’elle soit le mieux perçue possible, il propose de nombreux projets qui resteront souvent sans suite.

Une architecture de volume
Le changement souhaité par Félix Le Saint suscite un travail long et difficile. Inlassablement il propose de nouvelles variantes de ses îlots, remettant en cause certains tracés de rues et le plan de remembrement qui aurait été si simple d’appliquer. Pourtant il se joue des contraintes : là un bâtiment à conserver, ici un passage à préserver, un niveau à rajouter tout en conservant le volume initial ou encore une surface de commerce à augmenter. Malgré tout, par le jeu des volumes, il parvient à créer des éléments supplémentaires tels que les arcades des îlots du haut du cours de La Bôve. De plan en plan, il parvient à donner sa vision de la ville : une composition ou chaque volume bâti se répond, s’équilibre et se poursuit même de manière abstraite pour figurer un espace continu.

Les Halles de Merville
Réalisées en 1964, les halles de Merville font partie des bâtiments qui ont ponctué la fin de la Reconstruction de la ville. Placée dans un carrefour important de la ville, la forme circulaire semblait s’imposer à la fois pour accompagner les voies et aussi pour répondre aux parois pleines qui entourent le site. De même, l’utilisation du métal et d’un revêtement d’aluminium se mesure à la pierre de ces immeubles. Accompagné par Pierre Brunerie sur ce projet, Félix Le Saint voulut en faire un lieu reflétant la modernité de son époque, en dessinant les formes fluides d’un espace aéré et baigné de lumière et en insistant sur l’indépendance de chaque élément.

Au centre, une lentille capotée d’aluminium supportée par neuf poteaux d’une finesse extrême constitue la coupole. La forme des poteaux en V anéantissant toute pesanteur, elle semble flotter dans l’air à huit mètres du sol. Légèrement plus bas, un disque incliné vers le centre forme la couverture. Celle-ci est séparée du mur périphérique par une bande de vitrage montée sans ossature visible. Enfin venant se glisser entre mur et toiture, deux auvents signalent les deux entrées. On notera que le sol intérieur est réalisé en asphalte. L’occultation d’une partie des vitrages gomme aujourd’hui l’effet d’apesanteur du projet initial.
Pourtant ce bâtiment caractérise tout à fait l’esprit que Le Saint voulait pour ses bâtiments : être utile, aider à la compréhension du site, faire des lieux limpides qui ne gênent pas mais qui nous accompagnent.

L’apesanteur et l’irrésistible envie de faire passer l’air entre les formes

Cette apesanteur mise en évidence dans les halles de Merville, Félix Le Saint l’a toujours travaillée, son architecture étant foncièrement en trois dimensions et composée d’éléments autonomes.

Il a toujours cherché à les dissocier, à éclater les volumes. En séparant les étages d’un immeuble de son rez-de-chaussée par des pilotis, une bande de vitrage, de la céramique. S’aidant de la bande commerciale du rez-de-chaussée il semble vouloir donner l’impression de flottement à ses immeubles.

Les kiosques qu’il réalisa place Anatole Le Braz et place Aristide Briand avec leurs volumes vitrés inclus dans la céramique noire et leurs toits à peine portés, résultaient de cette démarche.

Un vocabulaire minimal
Souvent déçu par les coupures économiques faites à ses projets, Félix Le Saint se forge peu à peu un vocabulaire de façade qui lui est propre. Minimal, il permet d’accentuer les lignes de la forme générale. Les fenêtres sont liées par de la céramique ou du béton brut de coffrage. Les lignes horizontales courent le long des façades. Les balcons sont suspendus au volume principal sans le cacher. Les garde-corps sont en résille métallique s’il faut mettre en valeur le creux d’une loggia ou en béton plein si l’horizontal des étages sert à la lecture du volume.

Souvent la façade est tramée. Cette grille n’est pourtant pas rigide et permet à Le Saint d’y placer au mieux les ouvertures suivant les besoins intérieurs.

Se forger une méthode
Les références à l’architecture de Le Corbusier émaillent toute la carrière de Félix Le Saint. Les citations ne sont pas masquées et semblent être utilisées à des fins pédagogiques. Avec ses confrères de la mouvance moderne à Lorient de même qu’avec son ami Le Flanchec à Trébeurden, l’utilisation de standards participe à la tentative de faire accepter l’idée d’une nouvelle architecture et à stimuler les questionnements sur la ville à venir.

La reprise d’un calepinage de façade dans le Modulor, les lignes d’un balcon, les bandes de fenêtres, la forme d’un pilotis, un brise soleil en béton, l’usage du béton brut de décoffrage, sont autant de touches faites à la ville pour lui permettre d’amorcer un virage moderne.

Naturellement, il s’en détachera pour se former un propre langage qu’il puisera dans son expérience passée. Pour Félix Le Saint l’architecture est avant tout une histoire de volume et de dynamique. Chez lui, chaque projet se décompose en parties autonomes qui se juxtaposent, se croisent, s’emboîtent et se répondent l’une l’autre. La composition de ces volumes obéit à la fois au programme qui est demandé et à la nature de ce qui l’entoure.

De la légèreté d’un intérieur
Si l’extérieur prend autant d’importance dans l’architecture de Félix Le Saint, il n’en oublie naturellement pas l’espace habitable, travaillant les moindres détails, dessinant le mobilier, peaufinant la courbe d’un escalier, la matière d’un sol. Son talent d’architecte apparaît dans sa capacité à créer des espaces fluides et simples où la présence de l’extérieur est continuelle.

Les ouvertures sont larges et cadrent un paysage, urbain ou non, qui semble participer également à l’aménagement intérieur.

On peut être frappé de constater à quel point une ligne de vitrage dans la partie haute d’un mur donne de la légèreté à une pièce, ou bien qu’une fente horizontale, à hauteur de table, permet d’habiter pleinement les lieux.

La volonté de changer la ville

Sa maîtrise professionnelle et ses qualités humaines sont appréciées de tous. Et c’est naturellement que Jean Martel, alors représentant des architectes Lorientais, pense à lui confier la suite de son agence. Félix Le Saint est dorénavant chargé des îlots les plus problématiques du centre-ville.

Il va en bouleverser les règles et changer la physionomie de l’architecture lorientaise qui se  complaisait à reprendre des solutions toutes faites.

Que ce soit sur l’îlot du passage du Blavet proche de la place Aristide Briand ou ceux du haut du cours de La Bôve qui ouvrent sur la rue Foch, il s’appuie sur l’existant pour composer des ensembles qui donnent sens à la ville.

Mécontent des premiers îlots et de la tournure que prend le centre-ville jugé trop rigide et opaque, il compose des formes urbaines chargées de l’aérer et de lui donner de nouvelles lignes directrices.

Composer est le mot car pour lui les volumes se répondent de manière dynamique. Les volumes se prolongent même de manière abstraite pour figurer un espace continu. Le vide devient alors tout aussi important que le plein.

Le vocabulaire est naturellement moderne : les toits sont plats, habitables parfois, le plan est libre, les pilotis permettent de décaler les volumes de logements par rapport à un rez-de-chaussée commercial. Le retrait des façades hautes permet aux rues de gagner en luminosité et à la ville d’être moins oppressante, plus légère. Les commerces sont disposés suivant leurs propres géométries, leurs courbes accompagnants le piéton et se développent librement. Ils forment ainsi dans le projet d’origine une sorte de nappe d’apesanteur sur laquelle flotte la ville. Le tracé des façades tient plus de la composition de volumes, de pleins et de vides, du jeu des ombres portées, et est entièrement au service de la dynamique d’ensemble.

Ici, comme tout au long de sa carrière, transparaissent ses goûts artistiques et sa lecture de la peinture abstraite qu’il connaissait parfaitement.

Structurer la ville
À la fin des années 1950 les îlots du centre-ville sont reconstruits. Pourtant la ville est encore bancale et il reste un grand nombre de logements à construire dans une urgence toujours plus forte. C’est à Félix Le Saint que l’on confie le soin de mettre en forme la fin de la Reconstruction de la ville. L’échelle devient tout autre et le remaillage méticuleux qui était de mise dans les premiers îlots fait place alors à un travail de structure chargé de rehausser la silhouette de la ville. Le but est de formuler les jalons nécessaires pour que la vision du plan de la ville avec ses voies d’entrée, son axe central et les différentes parties de la ville puissent se comprendre.
Les immeubles de la place Jules Ferry sont chargés de signaler l’axe de la ville tout en laissant percevoir les liens entre les quartiers. L’utilisation de la forme en épi reliée par une ligne basse est d’une grande efficacité et permet de réaliser un volume général de grande ampleur tout en permettant une transparence et un ensoleillement par les vides entre immeubles. L’ensemble est d’envergure, pourtant il n’y a rien de monumental et aucune volonté de se distinguer. La répétition simple des immeubles ne s’explique pas seulement par la question du coût et de la maîtrise d’un chantier de cette taille mais participe à élaborer une forme unique dans laquelle les vides ont autant d’importance que les pleins et qui puisse servir de paroi d’appui à ce qui se déroule en face. Avec l’idée qu’un élément simple équilibrerait la complexité du centre-ville.
Le traitement des façades se veut extrêmement simple et ne vise qu’à mettre en valeur la volumétrie générale. D’un côté une résille de balcons de l’autre l’horizontalité accentuée des lignes de fenêtres.
Comme souvent, le projet a été amputé, le rez-de-chaussée commercial n’est pas aussi traversant qu’il ne l’aurait souhaité et surtout le parc jardin et les bâtiments annexes prévus côté cour n’ont jamais été réalisés.

La question du logement
Avoir un chez soi tout en participant à un espace d’ampleur. Même s’il réalise un grand nombre de maisons particulières, Félix Le Saint a une approche communautaire du logement. Pour lui la ville est le modèle de l’habitat humain, chacun ayant besoin des autres. C’est la juxtaposition des individualités qui permet de créer ensemble les plus grandes choses. Le logement collectif est la solution qui permet d’offrir un habitat décent pour chacun et de réaliser un espace qui sert à tous. Et comme pour appuyer cette idée, Félix Le Saint installe sa propre maison au dernier niveau de l’une des barres de l’ensemble Jules Ferry. Sa réponse pour l’habitat collectif n’est pas forcément un immeuble en hauteur. Le Saint tentera des lotissements de maisons en nappe dont celui remarquablement réussi de Saint-Bieuzy au centre de Ploemeur.

La passion de l’architecture au service des autres
C’est en parcourant l’ensemble des réalisations de Félix Le Saint que l’on réalise à quel point cet architecte a marqué de son empreinte l’aspect de la ville de Lorient. Chacun de ses bâtiments joue en effet un rôle décisif dans la forme générale de la ville.
Dès la fin de sa formation d’architecte, en 1946, Félix Le Saint s’attelle au chantier de la reconstruction de la ville. Dans une période pleine d’hésitation où pourtant tout était à faire, il affirme rapidement sa conviction que l’on peut changer la manière de concevoir la ville afin de mieux s’en servir. Un peu malgré lui, il prend auprès de ses confrères lorientais le rôle d’émulateur. Fasciné par les images et l’idée de progrès découvertes dans les travaux de Le Corbusier, il a la volonté de faire passer ici l’esprit de la modernité.

En remettant en cause les principes urbains mis en place, il prend alors à son compte une deuxième génération d’immeubles utilisant largement les standards d’une architecture clairement moderne. En s’insérant parmi les premiers îlots reconstruits, Félix Le Saint fait preuve d’un véritable talent dans l’art de composer les volumes. S’appuyant sur l’existant comme une toile de fond, il réajuste la ville, ouvrant, allégeant ; il crée des liens, de nouveaux rapports. Par ses touches urbaines il parvient ainsi à changer la physionomie du centre et offre une cohésion qui n’existait pas.
Cette puissante conviction dans l’architecture cache mal l’humilité et la discrétion qui pourtant caractérise sa vie. Ses réalisations sont avant tout une réponse à un problème et non une volonté de se mettre en avant. Et c’est bien là sa vision de l’architecte. Répondre au programme demandé de manière élégante est la première des politesses, mais l’architecture doit offrir bien plus : rendre claire une situation et révéler des possibilités urbaines pour le bien de tous, à la fois pour celui qui l’habite et pour celui qui la côtoie.
Son architecture est simple avant tout, évidente à comprendre par tous, s’inscrivant avec limpidité dans la ville. Tout en étant forte et puissante l’architecture doit parvenir à ne créer aucune gêne. Ici, nul effet virtuose captant toute l’attention mais un constant souci d’être agréable. La modernité est utilisée pour ses vertus de légèreté et sa capacité à formuler des espaces clairs.
Il eut souvent la charge de résoudre des problèmes difficiles, et malgré une économie stricte il tenait à aller au bout de sa mission. Si ses réalisations revêtent souvent une modestie d’aspect ce n’était pas là l’essentiel pour lui. C’est bien l’espace intérieur qui prime et la composition générale qui importe. La volonté de faire un logement décent pour le plus grand nombre et rendre la ville la plus facile pour tous, témoigne de son humilité et de sa constante attention à l’autre. Même si beaucoup de ses études resteront dans les cartons, son travail fait aujourd’hui figure de référence et si la ville de Lorient a aujourd’hui ce fond de caractère léger et agréable c’est bien à Félix Le Saint qu’on le doit.

À sa retraite, son cabinet est repris et devient l'Agence AIA.

L'église Saint-Michel de Locmiquélic
Accompagnant la vie de Félix Le Saint, le religieux est présent également dans sa carrière d’architecte. Son diplôme des Beaux-Arts déjà parlait d’un voyage parmi les lieux de cultes et il aura souvent l’occasion de traiter ce thème en réaménageant plusieurs chapelles, créant même du mobilier liturgique. En 1968 la possibilité de réaliser l’église de Locmiquélic le comble et ce sera le projet qui de tous lui tient le plus à cœur.
Il procède ici à sa manière : cherchant la forme adaptée au sujet et au site, en quêtant l’évidence et la simplicité.
Pas de geste prétentieux, le clocher se signale en dépassant à peine les maisons alentours, un mur de granit et de béton entoure le lieu sur lequel un toit d’ardoise semble juste posé.

C’est à l’intérieur que Le Saint décline tout son savoir dans l’art d’impliquer le visiteur par le choix des formes.
Dans cette église le message est clair et c’est la lumière qui sert de guide. Longeant un chemin de croix inscrit dans le mur épais par touches de couleurs, de l’ombre on est porté par la lumière descendant du toit vers les lieux importants. Une sombre chapelle éclairée d’un canon à lumière à la manière de Le Corbusier, un baptistère baigné de lumière bleue s’ouvre lui sur l’extérieur. Enfin, la pente du sol pousse le fidèle à faire partie de la liturgie, favorisant la participation de chacun.

Félix Le Saint déclare : l’essentiel est de favoriser l’exaltation des fidèles, de les aider à dépasser le stade d’une prière coutumière par l’atmosphère spirituelle du lieu.

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