Lote René


Professeur d'université, germaniste français, linguiste et écrivain.
Mort pour la France, fusillé le 18 août 1944 à Quéven.
René Albert Marie Lote était le deuxième enfant de Marthe Simonet et d’Ernest Lote. Ce dernier, maitre-tailleur « civil et militaire », avait pris la suite du commerce où il avait été placé en 1861 à l’âge de quatorze ans. La boutique à l’enseigne de la « Belle Jardinière » était située 91 rue du Port. C’est là que naquit René Lote le 16 avril 1883. Dans son roman « Les esclaves de la mort » paru en 1935, il décrivait ainsi cette rue : elle « n’est jamais triste. Du moins entre la sortie de l’Arsenal et les bancs-canapés de la chère Bôve toute plaisante, ce promenoir des familles… mon domaine d’enfant, ma maison natale - un peu en saillie sur d’autres maisons basses qui furent blanches - ses doubles fenêtres, son petit air confortable de nid discret pour jeune ménage… ».
René et son frère, de trois ans son aîné, firent leurs études au lycée Dupuy-de-Lôme jusqu’en 1892 puis à Brest où leur père partit diriger « sa grande succursale ». René avait neuf ans. Son arrivée à Brest lui fit l’effet d’une « grande nuit qui commençait ». Lorsque son père se retira des affaires, la famille quitta Brest pour Paris à l’été 1900 afin de permettre aux deux fils de poursuivre leurs études. René venait d’obtenir le baccalauréat et le prix d’honneur. L’année suivante, il suivit à Rennes, où on lui offrait une bourse, le cours de « rhétorique supérieure » puis fut élève à la faculté de lettres à la Sorbonne à Paris.
Licencié ès lettres (1902), licencié d’allemand (1904), il fut reçu à l’agrégation d’allemand en 1906, puis entra comme pensionnaire à la fondation Thiers  (promotion 1908-1910). En 1913, René Lote, alors professeur agrégé d’allemand au lycée de Troyes (Aube), présenta avec succès devant la faculté de lettres de l’Université de Paris sa soutenance de thèse de doctorat « Les Origines mystiques de la science allemande ». Il étudia également un temps à l’Université d’Heidelberg en Allemagne.
Depuis leur départ de Brest, ses parents avaient choisi, pour leur villégiature d’été, une maison à Quimperlé. Située « hors de la ville, sur une éminence à la hauteur du viaduc, d’où notre vue rayonnait dans l’espace… nous avions de la distance et de l’air, notre bourgeoise « Chaise-à-l’Évêque » en prenait un petit aspect de manoir… » écrivait-il. Il y demeura lors de la Grande Guerre durant laquelle il fut affecté en service auxiliaire en raison de son importante myopie.
La paix revenue, René étant toujours célibataire, ses parents lui firent rencontrer une jeune veuve, dont la belle-mère, propriétaire d’une maison dans le quartier de Kerentrech, amie de la famille, dirigeait une fabrique de conserves alimentaires à Pont-l’Abbé. Le mariage eut lieu à Pont-l’Abbé à l’été 1919. Il était entendu que René prendrait la suite de l’affaire. Le couple eut trois enfants.
Après le décès de son père en 1923, René vécut quelques mois avec sa mère à Lorient, dans la nouvelle demeure familiale 5 rue Jules Simon. Il redemanda un poste dans l’enseignement et fut nommé maître de conférences à l’Université de Grenoble. Durant les grandes vacances, il aimait revenir dans sa ville natale dans cet « ermitage à l’aspect de presbytère ».
Son poste d’enseignant lui laissant un peu de temps libre, il effectuait chaque année un séjour d’une ou deux semaines en Allemagne. Déjà auteur de nombreux ouvrages, il se remit à écrire.
Son œuvre  comporte une vingtaine d’ouvrages sur l’Allemagne : enquêtes littéraires, artistiques, philosophiques, sociales et historiques. Il participa à la rédaction de « L’histoire de la Nation française » de Gabriel Hanotaux, ministre des Affaires étrangères, membre de l’Académie française et consacra plusieurs de ses livres à des études sur la France, la littérature et la philosophie.
Dans ses romans autobiographiques, écrits à partir de 1929, il commente de façon pittoresque, à travers les villes où il a vécu, « les leçons douloureuses et savoureuses de sa vie ». Dans son roman « Paysannerie et province, roman de la bonne petite vie et des incompatibilités d’humeur », il dresse un portrait plein d’ironie des sociétés bourgeoises, rurales et universitaires qu’il a côtoyées Ses descriptions, dont certaines datent de son enfance à Lorient, font revivre un monde disparu.
En mars 1933, répondant à un journaliste du Nouvelliste du Morbihan (article paru le 11 mars 1933) René Lote fit part de son opinion sur la situation en Allemagne et sur ce qu’il pensait de la personnalité d’Hitler.
« […] La situation est plus grave qu’elle ne l’a été depuis la guerre… Les républicains ont manqué d’énergie, de courage ; ils ont été surtout désorientés, submergés. Parmi eux, il ne s’est trouvé aucun conducteur d’hommes […] ou plutôt, ceux qui étaient placés pour l’être, se sont trompés grossièrement… Hindenburg ne voulait pas d’Hitler et puis, il a écouté von Pappen. Von Pappen a cru que le meilleur moyen d’avoir raison de lui, c’était de le faire entrer au pouvoir. Il n’avait pas tout à fait tort, mais les évènements ont marché plus vite qu’il ne l’avait prévu et quand il s’est aperçu du danger, ni Hindenburg trop vieux, ni lui, trop mou n’ont eu le courage de réagir par un coup de force ».
En raison des bombardements de 1943, contraint de quitter sa coquette maison en bas de Kerentrech, il partit se réfugier à Quéven où, dans sa jeunesse, il allait en famille en calèche ou par le train, rendre visite à sa grand-mère paternelle et à sa tante Anne-Marie, institutrice publique. Il y vécut seul, son ancienne épouse étant retournée à Pont-l’Abbé.
René Lote était un homme « grand, maigre, discret, courtois et toujours élégant, il avait sa chambre jouxtant le restaurant du centre bourg où il prenait ses repas, séparé par une simple cloison de la grande salle où cantonnaient par contrainte des Allemands dont il parlait la langue et les dialectes à la perfection, mais qu’il n’aimait pas. Pas plus ceux et celles qui leur rendaient visite ».
Il se mit à traduire bénévolement, au profit de la mairie, des documents rédigés en langue allemande. Il se lia d’amitié avec le docteur Yves Diény venu également se réfugier à Quéven avec sa famille. Le médecin, président du Football Club Lorientais, exerçait à Lorient 123 rue Paul Guieysse.
Début août 1944, à Quéven les évènements se précipitèrent. Malgré l’ordre d’évacuation donné par le maire aux habitants de la commune, des Quévenois attachés à leur terre et croyant une libération imminente choisirent de rester chez eux. Le lundi 7 août, les premiers éléments alliés entraient à Quéven. Mais au lieu de cette libération tant attendue et tant souhaitée, la ville fut le siège d’affrontements des armées adverses. Le bourg fut pilonné par les Allemands. Des combats de rues firent de nombreux tués. La population trouva refuge dans les tranchées-abris et à la Brasserie où, avec d’autres personnes, le docteur et le professeur se dévouaient, l’un visitant les abris, prodiguant les soins aux blessés, l’autre réconfortant les habitants en attente d’une évacuation qui s’effectua sous la mitraille.
Redevenus les maîtres des lieux, les Allemands découvrant les corps de deux de leurs officiers et ayant observé la joie de la population à l’arrivée des Américains, mirent le feu aux maisons de Quéven puis se lancèrent à la recherche des « terroristes ».
René Lote et Yves Diény avaient pour ami commun le capitaine Barbotin, chargé de mission par le général Guillaudot, l’un des chefs de la Résistance morbihannaise. Est-ce pour cette raison que l’ordre fut donné de les arrêter ?
Le jeudi 17 août, Yves Diény accompagné de René Lote regagnait son domicile de Mané-Rivalain. Le lendemain vers 10 heures, les deux amis s’en allaient à pied vers le bourg. Ils marchaient sur la route de Gestel quant aux environs de dix heures quinze, ils furent interpellés par deux soldats en armes. Leurs gardes les conduisirent jusqu’au Haut-Kerzec où se trouvait le poste de commandement du lieutenant Muller qui avait donné l’ordre de les arrêter. Pour celui-ci, il ne faisait aucun doute que le docteur Yves Diény, resté sur place dans le seul but de prodiguer ses soins aux cultivateurs demeurés dans leurs villages, était un terroriste.
Les deux hommes furent transférés au poste de commandement de Kerletu et interrogés. Ramenés au bourg en fin de soirée, on les aperçut vers vingt et une heure quarante-cinq, toujours encadrés de sentinelles, venant de l’église et se dirigeant vers Pont-Scorff. Après avoir dépassé le cimetière, le groupe s’arrêta. L’un des deux gardiens partit s’entretenir, un peu plus loin, avec des soldats en position sur la seconde ligne des défenses allemandes. À son retour, il informa son camarade qu’ils allaient conduire leurs prisonniers de manière à ce qu’ils puissent atteindre les lignes américaines. Les quatre hommes reprirent leur marche. À hauteur de la seconde ligne de défense, les deux Allemands abandonnèrent leurs prisonniers qui franchirent la ligne poursuivant leur marche vers Pont-Scorff.
À hauteur d’une maison sur la gauche au lieudit « Men Cam » à environ 200 mètres du calvaire de Croizamus, les deux hommes furent touchés par plusieurs rafales d’armes automatiques et achevés par un des soldats.
La ville, englobée dans le dispositif de la forteresse de Lorient, ne fut libérée qu’en mai 1945. Les recherches engagées, pour retrouver les corps des deux hommes, permirent de découvrir le casque à Croix-Rouge et la trousse de médecin du docteur Diény qui avaient été enterrés et, par la suite, la tombe commune du docteur et du professeur le 22 août 1945. Les obsèques solennelles furent célébrées le lundi 3 septembre en présence d’une très nombreuse assistance.
L’acte de décès de René Lote fut transcrit à Lorient le 6 septembre 1945. Il avait 51 ans. 
Le 9 mai 2005, à l’occasion de la célébration du soixantième anniversaire de la libération de la ville, une stèle a été érigée près du lieu où Yves Diény et René Lote furent fusillés.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Quéven. La route partant de Keryado jusqu’à Quéven perpétue son souvenir.

Texte extrait de l'ouvrage paru dans la collection Histoire&Mémoire des Archives municipales "Le Lycée Dupuy-de-Lôme de Lorient : mémoire de guerre 1939-1945

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