Martin Germaine


Germaine Martin (1893-1919)
Infirmière

Lors de la Première Guerre mondiale, de nombreuses jeunes femmes infirmières se mettent à la disposition des hôpitaux afin de soigner et entourer les soldats grièvement blessés à l’ennemi. Les « Anges blancs » font face avec un courage exceptionnel et se dévouent sans compter. Elles sont un rayon de soleil pour ces hommes qui ont connu l’enfer. À Lorient, le premier train sanitaire arrive à la gare le 27 août 1914 et est surtout suivi le 30 août, d’un important convoi de 500 militaires blessés qui rejoignent les hôpitaux lorientais et sont « immédiatement entourés des soins les plus empressés.[1] » Dès la déclaration de guerre, Germaine Martin - en robe et cornette blanche - est en poste à l’hôpital auxiliaire n° 2 de la Croix-Rouge à la salle des fêtes et soigne pendant tout le conflit les corps et les âmes sans jamais se plaindre et ménager sa santé. Après la grande joie de l’Armistice marquant la fin de la guerre, elle perd son père[2]  le 31 décembre 1918 à l’âge de 56 ans. Épuisée et malade, elle est admise à l’hôpital des Diaconnesses de Reuilly dans le 12e arrondissement de Paris, où elle décède le 22 avril 1919 à l’âge de 25 ans. Elle part sans bruit presque dans l’indifférence générale ! Deux de ses collègues infirmières ont eu plus de « chances » et ont rencontré la reconnaissance de leur ville natale : Lucie Ollichon, infirmière militaire (1873-1917) est inscrite dans le Livre d’Or de Lorient et figure en compagnie d’Adèle Etiennot (1888-1919) dans l’ouvrage « Au cœur de La Grande Guerre avec les Lorientais Morts pour la France. » La guerre n’est pas que l’histoire des hommes et Germaine Martin en est l’illustration. Alors qu’au fil du temps les souvenirs s’estompent, elle mérite de retrouver la lumière et de prendre place dans la mémoire locale.

Un ange blanc
Elle est née le 22 novembre 1893 à Vincennes (Seine) de Dulcide, Armand, Frédéric Martin, âgé de trente-et-un ans, maître-tailleur au 28e régiment de dragons et de Fernande, Marie Rey, âgée de vingt-huit ans. Quelques années plus tard, son père est muté au 1er régiment d’artillerie coloniale à Lorient. La famille habite à quelques rues de l’imposante église de Sainte-Anne d’Arvor qui reçoit fréquemment la visite de la famille Martin, profondément chrétienne. Dès la déclaration de guerre, Germaine n’hésite pas malgré son jeune âge et répond présent. Elle rejoint les équipes de la Croix-Rouge sous l’autorité du docteur Louis Waquet (1851-1935). Pendant quatre longues et terribles années, elle assume les tâches les plus difficiles avec discrétion et efficacité. Son décès le 22 avril 1919 plonge dans la tristesse le corps médical tout entier et lorsque la nouvelle est connue, Le Nouvelliste du Morbihan du 29 avril 1919 titre : « La Croix-Rouge vient d’avoir la douleur de perdre une de ses plus dévouées infirmières Mademoiselle Germaine Martin, décédée à Paris, à la suite d’une longue et cruelle maladie. Depuis le début de la guerre et pendant près de quatre ans, Mademoiselle Martin a prodigué à nos blessés, les soins les plus intelligents et les plus affectueux. Elle emporte avec elle nos regrets émus et profonds. » Lors de ses obsèques et après la cérémonie religieuse en l’église Sainte-Anne d’Arvor à Lorient, c’est le docteur Waquet qui prononce au cimetière de Carnel au nom de la Croix-Rouge, au nom de l’administration, des médecins et des infirmières de l’Hôpital, de la Société de Secours aux blessés militaires « à une de nos plus admirables infirmières » l’éloge funèbre : « Il y a des heures où les âmes d’élite sortent de leur douce et calme existence et se manifeste dans toute leur valeur.  Une de ces heures a sonné avec le tocsin du 3 août 1914 et pendant que les jeunes hommes partaient pour la frontière, des femmes pieuses, ardentes, généreuses préparaient, pour ceux qui allaient souffrir, des soins intelligents et maternels. À l’appel de la Croix-Rouge, une des premières, parmi nos nombreuses infirmières, Melle Martin répondit. Elle nous apportait son intelligence alerte, une solide instruction générale, un cœur débordant de pitié et de patriotisme, et une générosité d’autant plus méritoire qu’elle était plus discrète. Assimiler par une étude sérieuse, par une attention constante, les procédés de stérilisation, d’asepsie, d’assistance aux opérations chirurgicales, d’anesthésie même, ce fut, pour cette jeune fille qui aimait passionnément  la science, l’œuvre de quelques semaines et ensuite, la nuit bien souvent et tous les jours, sans arrêts, exceptés ceux que lui imposait sa santé déjà menacée. Pendant ces longues années terribles, Melle Martin abandonna tout pour rester au service des blessés de la guerre. Sa jeunesse aurait pu, sa santé aurait dû, peut-être, l’éloigner de ces durs travaux. Elle aurait pu rechercher des occupations moins austères. Notre hôpital, où tant de douleurs imméritées avaient le droit de recevoir les adoucissements les plus empressés, où il fallait non seulement panser délicatement des plaies, mais aussi sécher bien des larmes, notre hôpital n’était pas un séjour bien adapté aux pensées de la jeunesse. Mais l’infirmière de la Croix-Rouge pouvait se dire comme le poète : « Sur des fronts abattus, mon aspect dans ces lieux - Ranime presque de la joie. » André Chénier

Et malgré ses propres souffrances, elle est restée sur la brèche, fidèle jusqu’au dernier jour ! Avec un courage stoïque, elle a supporté l’inévitable sort.

Était-ce donc à elle de mourir ?                                                                                                                                                            

Elle a surtout souffert pour les siens. Combien a-t-elle été consolée par la Victoire de notre douce France qu’elle aimait tant ! Elle n’était qu’au printemps, mais elle a vu la moisson. Elle a vu que toutes les douleurs auxquelles elle avait si doucement compati n’avaient pas été vaines puisqu’elles avaient assuré à la France le triomphe de sa juste cause. Cette suprême consolation a dû adoucir les derniers jours de l’ardente patriote que fut Melle Martin, et elle a quitté la terre, drapée dans sa noble joie de Française et dans son espoir invincible de Chrétienne, pour aller recevoir la récompense de ceux qui, comme elle, ont choisi Dieu pour leur lumière et leur salut et qui n’ont plus rien à craindre, mais tout à espérer. » Quelques jours plus tard, lors de l’Assemblée générale de la Croix-Rouge ; l’amiral Laporte exalte le rôle de la Croix-Rouge pendant le conflit et rend hommage à Melle Martin, morte à 25 ans, succombant à sa tâche généreuse. Il veut espérer qu’à défaut d’autres récompenses, la reconnaissance des blessés sera pour les dames infirmières la plus intime et la plus grande des satisfactions. [3]» Elle habitait avec sa mère 14 rue Dupuy-de-Lôme à Lorient.


[1] Le Nouvelliste du Morbihan. Le 1er septembre 1914.

[2] Maître-tailleur au 1er régiment d’artillerie coloniale. Il était membre fondateur de la Société des maîtres- tailleurs, bottiers et cordonniers des armées de terre et de mer à Lorient en 1907.

[3] Le Nouvelliste du Morbihan. Le 6 mai 1919.

Recherches et texte de Patrick Bollet

© 2018 - Site officiel des Archives et du patrimoine de la Ville de Lorient

Retour en haut