Péron Pierre


Prisonnier de guerre

Il naît en 1905 à Brest. Sa vocation s’impose d’évidence : il sera peintre et Breton. Son talent précoce semble multiple tant sa curiosité graphique parait inépuisable. Dans le bouillonnement des années 1920, il désire se sentir à la fois moderne tout en ancrant son inspiration dans l’héritage de son thème favori : la Bretagne sous tous ses aspects. Ses envies de peintre le poussent à témoigner d’un monde en évolution. En cela, Brest est pour lui une fantastique vigie d’observation. Ami de Mathurin Méheut, membre des Seiz Breur, il effectue un joli parcours artistique : de nombreuses parutions, des expositions, des décors de théâtre,... et son travail est déjà riche de facettes diverses. Son art est donc déjà bien affirmé lorsqu’il est mobilisé en 1939. Partant vers l’est, il laisse son épouse et ses deux enfants à son cher Finistère. Pierre Péron fait partie des 35 000 soldats piégés à Dunkerque. Il est fait prisonnier sur la plage de Malo-lesbains en juin 1940. Après un long et pénible transfert, il entre au Stalag XVIIa à Kaisersteinbrück dans les environs de Vienne en Autriche. Sur les 25 mois de captivité, il passe un an en kommando de travail à Brück sur Leitha. Pierre Péron est nommé interprète et “homme de confiance” par les autorités du camp. Il se retrouve entouré d’un grand nombre de Bretons avec qui il partage la difficile adaptation à la vie de prisonnier de guerre. Il travaille successivement dans une scierie, une auberge et pendant plusieurs mois, dans une usine fabriquant du pain. Pour combattre le lancinant cafard qui règne en camp, le crayon est un puissant allié. Son humour ne l’abandonne pas, il le met au service de ses compagnons de pauvre vie. A partir de 1941, il dessine pour le journal du stalag de nombreux dessins ironiques. Mais cela ne s’arrête pas là, Pierre Péron offre tous ses talents afin d’apporter un peu de distraction au camp, par ses dessins, ses peintures, ses textes et surtout son sens de la fête, allant jusqu’à organiser un orchestre : le “Klumpett jazz”. Malgré la dureté de la situation et le manque de moyens matériels, sa boulimie créative le reprend. Il décrit avec ferveur et invention le quotidien des prisonniers tout comme la pesante lassitude qui règne sur le camp. En pensant à ses enfants, il rédige également des contes illustrés, dont les fameux “bonshommes de neige” évoquant à traits cachés le souhait d’une armée allemande en déroute. Parfois même, il s’embarque en dessinant de mémoire les rivages de Ouessant ou les toitures de Brest. La captivité lui pèse de plus en plus. En 1942, il apprend dans son baraquement de P.G. qu’il est nommé peintre agréé de la Marine. N’en pouvant plus, il organise avec la complicité d’un médecin français son rapatriement. Feignant une maladie contagieuse (néphrite chronique et malaria), il quitte le camp en juin 1942. Il est démobilisé en août à Quimper. Pierre Péron se consacre ensuite pleinement à être l’artiste que l’on connaît. Son sens de l’observation lui permet de capter l’humour d’une situation, les composants d’une atmosphère. L’élégance naturelle dicte la composition. Le geste est sûr, le trait toujours évident. Son oeuvre est celle du plaisir graphique sous toutes les formes. Il ne se refuse aucune limite, aucun frein doctrinaire. Croquis d’humour, livre pour enfants, affiche, gravure, huile sur toile, fresque,... la liste semble inutile. L’ensemble des oeuvres de Pierre Péron constitue un monde à lui tout seul, dont chaque élément est une découverte. Le 27 mars 1988, Pierre Péron décède à Brest, après un ultime coup de crayon : la caricature de son chirurgien.

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