Pfister Marie


Pfister Marie (1903-1988)
Résistante déportée
Officier de la Légion d’honneur

Marie Francine Degoul (épouse Pfister) née le 13 septembre 1903 à Lorient au 3 rue des Colonies (rue Georges Gaigneux), est la fille de Jules Degoul, rentier et d’Alexandrine Cadic, mariés à Lorient le 29 septembre 1902.
Le 7 mai 1923, Marie se marie à Lorient avec Georges Jean Eugène Pfister, alors capitaine de l’état-major au groupe de subdivision n°1, chevalier de la Légion d’honneur et Croix de guerre. Le couple donne rapidement naissance à une première fille, Odile Pfister, née le 25 juin 1924 à Châlons-sur-Marne où son mari est affecté. Le couple donne naissance à quatre autres enfants dont un garçon qui décède très jeune de maladie.

À la fin mars 1944, elle est domiciliée sous son nom de jeune fille, là où personne ne les connaît, à Bellerive-sur-Allier (Allier) dans la banlieue de Vichy. Leur précédent logement a brûlé deux mois auparavant. Marie Degoul obtient le nouveau logement en location, par l’intermédiaire du service du logement [...] où [elle a] quelques connaissances utiles et discrètes. Son mari, Georges Pfister, est le chef de l'ORA (Organisation de Résistance de l'Armée) pour la région Sud-Est. Quant à elle, sous le pseudonyme de Fanny, elle est agent de liaison au sein de l’organisation. À partir de juin 1943, elle a directement sous son contrôle, sept agents de liaisons de l’ORA de Vichy.
Le 29 mars 1944, résidente de Bellerive depuis trois jours, elle se rend à vélo au Pavillon Sévigné à Vichy. Elle y a rendez-vous à 19H00 avec un agent de liaison dit Georges pour lui remettre trois télégrammes transmis par son mari pour Londres. Elle ignore que l’agent a été démasqué et elle tombe dans un piège. Elle est arrêtée sur-le-champs.

Elle se rappelle de ce qu’elle fait alors pour éviter le conseil de guerre : Les télégrammes sont dans la poche de mon chemisier, il s’agit de s’en débarrasser. Dans ce cas-là c’est extraordinaire ce que l’esprit travaille vite. En faisant des gestes naturels, et toujours sur les talons des miliciens, je saisis les télégrammes et les balance dans une entrée de maison, enveloppés dans un billet de cinq mille francs que je devais remettre à l’agent de liaison pour les frais du voyage.

Elle est conduite à une voiture stationnée de l’autre côté de l’avenue, encadrée de Jean Vernière, un agent de la Gestapo française de Clermont-Ferrand et d’un allemand dénommé Seth. Un chauffeur allemand, revolver au poing, y est déjà. Cinq minutes plus tard, elle est rejointe dans la voiture par deux autres de ses agents : Nicolas et Forry (Marcel Peltier, Jacques Fayard). Le Georges les rejoint également ainsi qu’un deuxième agent de la gestapo, Georges Mathieu.

Ils sont conduits à l'Hôtel du Portugal, siège de la Gestapo de Vichy. Eu bout d’une heure, ils sont transférés au siège de la Gestapo de Royat (Puy-de-Dôme). Voyage sinistre dans la nuit. Je pense à ma mère et à mes enfants qui doivent attendre mon retour […]. Internée comme ses deux camarades à la prison du 92e à Clermont-Ferrand, elle y subit dès le lendemain un violent passage à tabac. Le 30 avril 1944, elle est transférée avec d'autres femmes au fort de Romainville (Seine-Saint-Denis). Marie Pfister se souvient de son arrivée au fort : Nous arrivons par la porte des Lilas au Fort de Romainville, devenu prison civile. Après la mise en écrou, où chacune défile pour donner son nom et son sac, nous sommes dirigées sur les casemates. Quelle horreur ! Un trou sombre, très grand, avec une petite fenêtre à barreaux, des paillasses infectes pleines de bêtes et un trou au milieu comme WC. Le tout dégage une odeur effroyable. Nous sommes atterrées.

Le 13 mai 1944, elle est déportée avec 566 femmes dans le convoi ferroviaire n°I.212 au départ de la gare de l'Est pour Ravensbrück, à environ 90 kilomètres de Berlin.

Arrivée à destination le 18 mai, elle raconte son arrivée : Dans la nuit du 18, réveil en sursaut. Cris, rugissements, aboiements. Les portes des deux côtés roulent sur leurs gonds, nous sommes jetées hors de nos wagons, dans une frayeur sans nom, une pagaille affolante. À coups de trique, de cravache, sous la menace des chiens, le tout éclairé par des torches. Et pour la première fois nous sommes rangées cinq par cinq.
Il nous faut marcher dans le noir pendant plusieurs kilomètres, encadrées par des SS en armes, qui battent sans pitié celles qui trébuchent. Nos vieilles suivent avec peine. Nous les tirons pour leur éviter les coups. (…) Brusquement, à un détour, nous voyons au bout de la route des lumières éblouissantes. Des projecteurs nous font passer sans transition des ténèbres à une intense clarté.

Comme toutes les déportées, elle perd l'usage de son nom et est dorénavant identifiée sous le matricule 38971. Sa quarantaine se déroule au block 15, surpeuplé, avec des appels sans fin, des visites médicales humiliantes : Le troisième jour on nous annonce une inspection des dents au Revier. On nous fait mettre nues dans une cour où, pendant des heures, nous attendrons le moment d'aller ouvrir la bouche devant un médecin allemand entouré d'un état-major de blouses blanches. […] Le lendemain nous passons une visite vaginale tout habillées où le même doigt, jamais désinfecté nous examinera. Il paraît que l'on a découvert à cet endroit des bijoux cachés.

Épouse d’officier, elle ne souhaite pas travailler dans une usine d’armement. Elle est affectée au Schneiderei I à une table de boutons. Marie Pfister se rappelle qu’il faut coudre 750 boutons sur douze heures (de nuit ou de jour selon) si la personne ne veut être battue. Elle est ensuite exploitée à un deuxième poste : un atelier de réparation de chaussettes neuves ayant des défauts de fabrication.
Dans ce camp où les conditions de vie sont déplorables, elle n’échappe pas à la maladie et le 13 septembre 1944, atteinte de dysenterie, elle intègre le revier du camp (infirmerie). Des squelettes râlent sur des lits. Des morts sont empilés sous une table et semblent garder une rangée de seaux dits hygiéniques, et qui sont en réalité des espèces de lessiveuses sans couvercle, et pleines pour la plupart. […] Toute la nuit, des moribondes de tous les pays appellent à l'aide dans leur langue. D'étranges glouglous nous apprennent qu'à côté de nous, au-dessus ou au-dessous, une d'entre nous se sera enfin …évadée. La mort ne fait pas beaucoup de bruit à Ravensbrück, seuls les bourreaux ont le droit de crier.
À sa sortie, elle est réaffectée au Betriebe III pour travailler sur une chaîne de vestes rayées destinées aux déportés. Son dernier poste de travail forcé à Ravensbrück sera au camp de triage des objets hétéroclites (Bekleidung).

Le 20 mars 1945, avec des camarades, environ 300, elle est envoyée à la gare de Fürstenberg. Le train va passer par plusieurs villes, Berlin, Stettin (Pologne), Leipzig, Dresde, avant d'être dirigé sur camp de travail de Leitmeritz (république tchèque). Marie y arrive le 6 avril 1945. Ce camp (SS Kommando B5) est devenu la destination de nombreux convois d’évacuation des autres camps. À son arrivée dans ce camp qui est un détachement extérieur du camp de Flossenbürg, une nouvelle fois malade, elle entre au Revier. Une fois guérie, elle y est affectée en tant que femme de ménage pour effectuer toutes les corvées.

Au court du mois d’avril 1945, 43 déportés sont libérés grâce aux interventions de la Croix Rouge internationale. Parmi elle, il y aurait Marie Pfister. Sur le camp Leitmeritz, l’après-midi du 5 mai 1945, au cours d’un appel spécial, les détenus restant sont informés que la guerre est terminée. Entre le 6 et le 8 mai, commence la libération des premiers groupes. Il ne reste plus qu’environ 1 200 déportés, pour la majorité malade, quand le 31 mai 1945, les unités russes délivrent le camp. Les derniers détenus ne sont rapatriés qu’à la fin juillet 1945.

De son côté, Marie Pfister, rentre en France, par ses propres moyens, accompagnée d’une amie d’internement nommée Marie-Rose : Le dimanche 5 juin, à cinq heures du matin, nous débarquons à Saint-Avold, où j'apprends enfin que les miens au grand complet m'attendent.

Elle décède le 25 mai 1988 à Saint-Raphaël (Var). Son époux, né le 9 août 1893 à Paris, décède le 17 mai 1964 à Perpignan.

Marie Pfister a couché sur papier (56 pages manuscrites) cet épisode tragique de sa vie. Ce manuscrit qu’elle a intitulé Matricule 38971, reste assez secrètement dans la famille, durant soixante années. Son petit-fils Patrick Raynal, auteur de romans policiers, n'apprend l’existence du manuscrit qu’en 2003. Ce manuscrit était conservé par sa mère, Odile, qui décède à Saint-Raphaël, le 30 décembre 1988. En 2008, il publie alors l'ouvrage Lettre à ma grand-mère qui rend hommage à sa grand-mère maternelle. Il y alterne ses souvenirs personnels et les extraits du manuscrit Matricule 38971 qu’il commente. Le livre est publié chez Flammarion en février 2008 et le récit complet de Marie Pfister est publié en annexe.

Sources :
- Notice biographique de l’Association des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (section du département de l’Allier) : http://www.afmd-allier.com/PBCPPlayer.asp?ID=1233937
- Lettre à ma grand-mère, Patrick Raynal, Flammarion, février 2008
- Archives municipales de Lorient, registres d’état-civil

 

 

 

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