Purchot Jean


Jean Michel Purchot (1767 - 1803)
Lieutenant de vaisseau

Il est né le 9 février 1767 à Lorient, de Michel, Thomas Purchot et de Jacquette Bourvellec et baptisé le lendemain par le curé de L’Orient. Son père est canonnier à bord du vaisseau de la Compagnie des Indes le Marquis de Sancé et notre jeune garçon vibre aux récits de ses voyages. C’est tout naturellement qu’il envisage de naviguer et s’engage comme timonier dans la marine royale. Il monte rapidement les échelons et au fil des embarquements est nommé lieutenant de vaisseau. Désormais officier, « le citoyen Jean, Michel Purchot, lieutenant des vaisseaux de la République, âgé de vingt-sept ans et quatre mois, originaire de Lorient[1] », épouse le 2 juillet 1794 à Lorient, Marie, Josèphe Mayer,[2] âgée de vingt ans. Ce jeune officier talentueux et courageux reçoit en janvier 1797, le commandement de La Constance, corvette de 22 canons qu’il prépare tout en attendant sa prochaine mission. Il ne va pas rester très longtemps à terre car le 16 février, il appareille du port de Brest dans le Finistère.

La bataille de Fishguard
Le Directoire souhaite aider Théobald Wolfe Tone (1763-1798), chef des patriotes irlandais unis, en rébellion contre les Britanniques qui occupent l’île. À cet effet, le général Hoche prévoit un plan d’attaque décliné en plusieurs épisodes en Irlande et en Grande-Bretagne. Le 16 décembre 1796, le vice-amiral Morard de Galles (1741-1809) quitte Brest à la tête d’une flotte imposante pour la baie de Bantry dans le comté de Cork en Irlande afin de débarquer des troupes et chasser les Britanniques d’Irlande. Une violente tempête disperse et malmène les navires arrivés dans la baie de Bantry empêchant le débarquement des soldats. La première partie du plan Hoche est désastreuse et les « débris » de l’expédition regagnent piteusement Brest. Malgré l’échec irlandais, la France révolutionnaire maintient le débarquement de troupes sur les côtes anglaises. Le 16 février 1797, le commandant Castagnier (1753-1807) appareille de Brest, à la tête de quatre navires : deux frégates La Vengeance et La Résistance, une corvette La Constance et un petit voilier Le Vautour. Le capitaine Purchot fait partie du voyage et commande La Constance mais une nouvelle fois, les mauvaises conditions atmosphériques modifient le plan initial et le commandant Castagnier donne l’ordre de débarquer le corps expéditionnaire de 1 400 soldats (commandé par le colonel irlando-américain William Tate) dans la nuit du 22 au 23 février 1797 à Fishguard sur les côtes anglaises. Estimant sa mission terminée, le commandant de l’escadre lève l’ancre et donne le signal du retour « abandonnant » les hommes sur le territoire ennemi ! Le capitaine Purchot est chargé de prendre en remorque la frégate La Résistance en panne de gouvernail. En vue des côtes bretonnes, les deux vaisseaux sont attaqués par des frégates anglaises et après un combat inégal les navires sont capturés par l’ennemi malgré la résistance héroïque du capitaine Purchot. À l’issue du combat « le capitaine anglais honora sa défense, en lui rendant son sabre, et en lui donnant son bâtiment comme prison. [3]» Les officiers et l’ensemble des équipages sont alors emprisonnés en Angleterre.

Une mort héroïque
De retour de captivité et sans emploi dans la marine napoléonienne, le capitaine Purchot embarque en tant que capitaine en second sur le corsaire la Bellone commandé par le capitaine Jacques Perroud. Le 13 août 1803, la Bellone attaque un navire anglais ainsi que le relate dans son rapport le Ministre de la Marine et des Colonies, Decrès :  « Bonaparte, Premier consul de la République, d'après le compte qui lui a été rendu de la conduite distinguée et de la bravoure éclatante du Capitaine Jacques Perroud, âgé de 31 ans, natif de Bordeaux, département de la Gironde, capitaine du corsaire la Bellone de Bordeaux, portant 28 canons de 8, qui, - ayant engagé un combat le 25 thermidor an XI, à l'ouvert de la Baye de Bantry contre un bâtiment de la Compagnie anglaise nommé Lord-Nelson, percé pour 50 canons, armé de 20 canons de 18, de 6 de 12, et ayant environ 150 hommes d’équipage et ayant reconnu pendant l’action la supériorité du calibre du Bâtiment  ennemi, quoique privé d’une partie de son équipage  réparti sur les prises qu’il avait faites antérieurement et ayant à son bord 56 prisonniers à contenir, - se détermina à l’abordage  et se rendit maître du Bâtiment malgré la vive résistance des Anglais. Lui décerne à titre de récompense nationale une hache d'abordage d'honneur.[4] » Le capitaine Purchot n’est pas mentionné dans le compte rendu de cette prise mais il n’est pas oublié car son intrépidité est louée et racontée dans plusieurs ouvrages[5]. En effet, il est le premier à se lancer à l’abordage du bâtiment anglais Lord-Nelson en criant avec enthousiasme à l’équipage : « Au plus brave la gloire ! » Alors que les marins du Bellone galvanisés par leur officier se rendent maître du navire ennemi, le valeureux capitaine Purchot est mortellement blessé en arrivant sur le gaillard arrière du bâtiment. Il avait seulement 36 ans et était à l’aube d’une belle carrière.

Une rue Jean Purchot
Sa ville natale met beaucoup de temps avant de se souvenir de l’héroïque lieutenant de vaisseau. Le 9 novembre 1963, le conseil municipal de Lorient (maire Louis Glotin) attribue le nom de Jean Purchot à une rue de la ville.  


[1] Archives de Lorient. 2E1.

[2] Elle est née le 3 décembre 1773 à Lorient, de Sébastien Mayer, lieutenant des troupes de la Marine, préposé à la garde du port de L’Orient et de Anne, Marie Bruns.  Elle accouche le 23 brumaire an VII (11 novembre 1798) à Brest (Finistère) d’un fils prénommé Victor, Joseph, Marie.  Ce dernier entre en 1814 à l’École royale militaire de Saint-Cyr et effectue une grande partie de sa carrière au 18e régiment de ligne. Victor Purchot-Desaunay épouse à Givet dans les Ardennes, le 27 avril 1833 : Adèle Sophie Thiry, âgée de vingt-et-un ans. (Le 27 juin 1821, le tribunal civil de Brest fait ajouter à l’acte de naissance à la suite du nom patronymique Purchot, le nom Desaunay, utilisé « déjà » par son père lors de ses différents commandements et par son grand-père Michel, Thomas Purchot-Desaunay, canonnier sur le Marquis de Sancé en 1766.). Marie, Josèphe Mayer, épouse de Jean, Michel Purchot-Desaunay décède le 3 septembre 1807 à Lorient.

[3] Biographie nouvelle des contemporains ou Dictionnaire historique et raisonné de tous les hommes qui, depuis la Révolution française, ont acquis de la célébrité pour leurs actions, leurs écrits, leurs erreurs ou leurs crimes, soit en France, soit dans les pays étrangers.

[4] Bernard Combeaud.  Bordeaux Corsaire - Mollat Editeur, 1993.

[5] Biographie Bretonne, recueil de notices sur tous les Bretons qui se sont fait un nom soit par leurs vertus ou leurs crimes, soit dans les arts, dans les sciences, dans les lettres, dans la magistrature, dans la politique, dans la guerre, etc., depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours. Prosper, Jean Levot.  Vannes, Cauderan, Libraire-Éditeur, 1852.

Recherches et texte : Patrick Bollet

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