Robin François


Agent administratif de la Marine
Conseiller municipal de Lorient
Maire-adjoint de Lorient
1880-1952

Jean François Robin est né le 21 mai 1880 à Inzinzac dans le Morbihan, de Guillaume Robin âgé de trente ans, cultivateur et de Marie Jeanne Royer âgée de vingt-deux ans, cultivatrice. Le 27 juin 1898, il s’engage au 3e dépôt des équipages de la flotte à Lorient. Après une période de formation, l’ouvrier mécanicien Robin embarque sur le croiseur Descartes (1899-1902) et sur le cuirassé Gueydon (1902-1909), comme quartier-maitre mécanicien de 1e classe et fait campagne en Extrême-Orient. A l’issue de ces différentes affectations à la mer, il entre dans le corps des Commis de marine au port de Lorient et à Bizerte en Tunisie (1911-1912). Commis de 3e classe des Directions de travaux de la marine, il épouse le 18 novembre 1911 à Maubeuge dans le Nord : Fernande, Louise, Jeanne Dienne, âgée de vingt ans. Par la suite, il revient au port de Lorient et ne tarde pas à s’engager en politique. (Le couple divorce le 28 juillet 1925).
C'est un ardent militant socialiste qui décède le 7 mars 1952 à Lorient. Il est de tous les combats politiques au côté d’Emmanuel Svob. Devant la montée des périls et sensible au manifeste pacifiste de la SFIO « A bas la guerre ! Vive la république sociale ! Vive le socialisme international » il adhère au parti. Il n’a pas le temps de mettre en pratique le manifeste car le 1er août 1914, des affiches placardées sur les murs de la ville annoncent la levée en masse : « Par décret du Président de la République, la mobilisation des armées de terre et de mer est ordonnée, ainsi que la réquisition des animaux, voitures et harnais nécessaires au complément de ces armées. Le premier jour de la mobilisation est le dimanche 2 août 1914. » François Robin est mobilisé pendant la durée du conflit aux établissements du port de Lorient. Le 11 novembre 1918, le dernier bulletin des armées « au cinquante-deuxième mois d’une guerre sans précédent dans l’Histoire, l’armée française, avec l’aide de ses alliés, a consommé la défaite de l’ennemi » remplit la population lorientaise d’une joie incommensurable. Le   maire de la ville, Pierre-Louis Esvelin, lui demande « de s’associer aux manifestations d’enthousiasme engendrées par ces circonstances triomphales. Pavoisez, illuminez vos demeures, arborez vos drapeaux, et que leurs plis frémissants flottent au souffle de la paix imminente. Vivent la France et ses Alliés, Vive l’Alsace-Lorraine revenue à la Mère-Patrie ! Vive la République ! » La guerre est finie et après le temps du souvenir, la vie reprend son cours.

Les élections municipales
C’est également le cas pour François Robin qui s’implique totalement au sein du syndicat national des commis « du personnel administratif de gestion et d’exécution de la Marine et de l’Inscription maritime » dont il devient rapidement le secrétaire général.  Fort de cet engagement, il se présente aux élections municipales de mai 1925, sur la liste du Bloc des Gauches menée par Emmanuel Svob. Le 10 mai 1925, Le Nouvelliste du Morbihan titre : « C’est le triomphe du Bloc des Gauches » En effet, les 32 candidats sont tous élus et 18 socialistes et 14 radicaux-socialistes forment le nouveau conseil municipal. L’élection du maire (17 mai) est une formalité et Emmanuel Svob prend en mains les destinées de la ville. François Robin s’implique spécialement dans l’office municipal d’Habitations à bon marché et se signale par des interventions étayées.  Il a pour habitude d’illustrer ses propos de la phrase « cela ne sert à rien de discuter avec des chiffres. » Très rapidement l’ambiance au sein de l’équipe municipale devient délétère et les relations entre le maire et certains adjoints et conseillers municipaux se tendent avant d’aboutir à une scission au sein du conseil. Le 14 octobre 1928, François Robin se présente - sans succès - au conseil d’arrondissement dans le deuxième canton de Lorient. Mais pour la première fois dans le département du Morbihan, un candidat socialiste (Louis L’Hévéder) est élu. Il est rejoint, la semaine suivante, par Léo Le Bourgo, du parti socialiste unifié, élu dans le 1er canton de Lorient. Désormais, il reste à préparer les élections municipales de 1929. Les nombreux opposants au maire sortant sollicitent Jules Le Grand, personnalité emblématique de la ville. Ce dernier accepte d’engager le combat ! La campagne électorale est rude et les adversaires ne se ménagent pas. Le conseiller municipal socialiste François Robin, secrétaire du syndicat national des Commis de marine, est à nouveau candidat au sein de la liste d’Union des Gauches menée par Emmanuel Svob. Malgré le départ des radicaux-socialistes sur la liste de Jules Le Grand, il est confiant et fier du bilan de l’équipe sortante et espère poursuivre son engagement au service de la cité. Le 5 mai 1929, le premier tour ne dégage aucune majorité et Emmanuel Svob, refuse tout « arrangement » avec les autres listes. Le dimanche 12 mai 1929, la liste de Concentration Républicaine menée par Jules Le Grand est entièrement élue.

Un militant zélé
La déception des socialistes est grande et François Robin peut alors se consacrer pleinement au syndicat des commis de Marine. Mais, n’étant pas homme à accepter la défaite, le secrétaire de la section socialiste de Lorient, prépare à ce poste stratégique, la reconquête du pouvoir. Il est bien aidé par le journal socialiste, Le Rappel du Morbihan qui n’épargne pas l’équipe municipale au pouvoir fustigeant l’alliance immorale des radicaux et des cléricaux en 1929 et en rappelant : « Monsieur Jules Le Grand a de l’estomac, mais les Lorientais digèrent difficilement certaines mesures prises par lui et ses amis Radical-Réactionnaires. » Les séances du « guignol » municipal sont « disséquées » et le maire et les adjoints stigmatisés ! Libéré de l’action municipale, il épouse le 28 octobre 1929 à Lorient : Alphonsine, Mathurine Mogan, âgée de quarante-trois ans, maîtresse primaire au collège de jeunes filles.  Mais, au-delà des joutes électorales à venir, le parti socialiste invite les syndicalistes, les sympathisants républicains, les Pacifistes de toutes opinions à les rejoindre le lundi 11 janvier 1932, pour un grand meeting « Pour la Paix contre la Guerre » à la salle des fêtes de Lorient. Toutes les organisations de gauche sont présentes mais Le Rappel du Morbihan signale l’absence des radicaux-socialistes de Lorient à cette manifestation !  Le 1er mai 1932, la réélection facile du député socialiste Louis L’Hévéder dope les militants à tel point qu’Emmanuel Svob demande au maire de Lorient de démissionner ! Les socialistes sont patients et attendent beaucoup des élections municipales complémentaires de 1934, pour infiltrer le conseil municipal avant le grand nettoyage de 1935.  Ils présentent une liste de choc de huit candidats menée par Emmanuel Svob dont le conseiller général Raymond Moysan, l’instituteur Louis Cren, l’ancien adjoint au maire Jean Baco, les anciens conseillers municipaux Louis Humery, Adolphe Pierre, Joseph Brangoulo et François Robin. Le dimanche 27 janvier 1934, la liste socialiste SFIO est triomphalement élue au premier tour, écrasant la liste des Intérêts Lorientais, patronnée par la municipalité Jules Le Grand. C’est un indéniable succès célébré par le parti qui remercie chaleureusement les vrais républicains : « Cette victoire condamne une fois de plus la politique de régression laïque et sociale qui triompha par surprise en mai 1929 (…) Merci à tous   pour ce nouveau vote de redressement, avant-coureur du coup de balai final de 1935, auquel, nous sommes certains, nul ne faillira. »

La victoire
Les élections municipales des 5 et 12 mai 1935 consacrent la liste de l’Union des Gauches menée par Emmanuel Svob.  C’est enfin le coup de balai final ! C’est enfin la victoire et le retour aux affaires !  Le 19 mai 1935, l’élection du maire est une formalité et François Robin est nommé 3e adjoint.  La nouvelle équipe municipale se met au travail et de nombreuses réalisations sont programmées. C’est le 17 mai 1936, l’inauguration du nouvel Hôpital-Hospice, le 15 novembre 1936, c’est la pose de la première pierre du Patronage Laïque. Le dimanche 2 juillet 1939, c’est l’inauguration de la Cité des Œuvres Sociales. Il s’agit de la dernière réalisation d’envergure de la municipalité car le mois suivant, la mobilisation générale est décrétée et le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne.

La Seconde Guerre mondiale
Après de longs mois d’attente, les troupes de la Wehrmacht passent à l’attaque (10 mai 1940) et en quelques semaines « culbutent » les forces françaises. Le 14 juin, l’ennemi est à Paris et le 17 juin, le maréchal Pétain, nouveau chef du gouvernement demande l’armistice et le signe le 22 juin 1940 à Rethondes. Pendant ce temps, les forces allemandes progressent rapidement en Bretagne et occupent Lorient le lundi 21 juin 1940.  La ville s’installe dans la guerre et la décision de l’amiral Dönitz d’y implanter le repaire de ses « loups gris » scelle le destin de la cité. Refusant de cautionner le régime de Vichy et la politique de collaboration, le maire Emmanuel Svob démissionne de ses fonctions.   La population confrontée à l’occupation, aux bombardements, aux deuils et aux restrictions alimentaires fait face avec courage. La 317e alerte, sonne le glas de Lorient. Le 14 et le 15 janvier 1943, les forteresses volantes alliées achèvent la destruction de la ville : le théâtre, la poste, l’hôpital Bodélio, la mairie et de nombreux immeubles sont les proies des flammes. Lorient n’existe plus ! Face à la situation dramatique de nombreux foyers, François Robin s’investit tout particulièrement au sein de l’Union des Réfugiés et Sinistrés du Morbihan afin de leur venir en aide.  Le 6 juin 1944, le débarquement des forces Alliés et l’arrivée des forces américaines en août 1944 dans le Morbihan provoquent l’enthousiasme de la population. Hélas, le pays de Lorient doit encore attendre mais en prévision de la Libération et de la reconstruction, Emmanuel Svob reprend du service et s’entoure d’anciens conseillers municipaux rétablis dans leurs fonctions (élus avant le 1er janvier 1939) et de personnalités compétentes. François Robin, retrouve son siège et assiste le samedi 14 octobre 1944, à la première séance du conseil municipal à la salle des fêtes de la mairie d’Auray. Il profite de cette séance pour accuser Emmanuel Svob d’immobilisme et de silence pendant ces années de guerre : « Vous, résistant, 100% ? M. Svob ! - Allons donc ! » Le maire calmement souligne « des paroles parfois déplacées et malveillantes (…) Mais il est trop habitué au caractère et aux écrits de M. Robin pour y prêter attention » et poursuit l’ordre du jour.

Le retour à Lorient
Malgré la mise en cause du maire, il est candidat aux élections municipales du 30 septembre 1945 sur la liste SFIO pour la Défense des sinistrés, la reconstruction et le développement de Lorient et quelques jours plus tard, il est élu 3e adjoint d’Emmanuel Svob. Malade, ce dernier démissionne le 30 avril 1946 et désigne son successeur : Julien Le Pan. Il décède le 27 mai 1946. Le 19 octobre 1947, les élections municipales opposent la liste Socialiste et républicaine de Julien Le Pan à celles du Parti communiste et du Rassemblement des républicains (MRP et RPF). Les opérations électorales ne permettent pas de dégager une majorité et il faut attendre le conseil municipal du 26 octobre, pour connaître le nom du prochain maire. Julien Le Pan, est réélu grâce à l’appui des conseillers municipaux du Rassemblement. Membre du conseil municipal, François Robin « perd » son poste d’adjoint et continue de siéger jusqu’à son décès le 7 mars 1952 à l’âge de 72 ans. Le 22 mars 1952, le conseil municipal lui rend hommage en observant une minute de silence et le 22 septembre 1988, attribue son nom à une rue de la ville.  Il habitait 23, rue Bayard à Lorient. Il rejoint au cimetière de Kerentrech, son épouse décédée le 17 septembre 1951 à Lorient à l’âge de 65 ans. Carré 25 - Tombe n° 4.

Texte de Patrick Bollet

Une ville de bonne compagnie

Le 1er juin 1831, Frédéric Reech nouvellement chargé des études à l’Ecole d’application du génie maritime sous la responsabilité du Directeur des constructions navales M. Chaumont, prend ses nouvelles fonctions. Quelques années plus tard, ne supportant plus cette tutelle, il demande sa mutation. Cette dernière est refusée mais en contre partie, il est nommé directeur de l’Ecole d’application. Désormais, il s’attache à développer l’audience de cet établissement dont les effectifs sont fragiles. En effet, lorsque le jeune polytechnicien Henri Dupuy de Lôme (1) opte pour le génie maritime en 1837 et suit à Lorient les cours de l’école d’application, il y a seulement cinq élèves ! Mais, c’est un début car Frédéric Reech se démène pour faire de l’école un pôle d’excellence. Il est omniprésent et enseigne : la géométrie, la théorie des vaisseaux, les questions nautiques, la stabilité du navire, et la résistance des matériaux. Il a l’art de susciter éveil et curiosité chez les élèves qui sont rapidement conquis par son accent alsacien et la fulgurante intelligence de cet enseignant incomparable. Le « bon père Reech » comme l’appelle affectueusement ses étudiants et « ses p’tits thiorèms (2)» est déjà connu par ses travaux sur la vapeur et la conception de machines.  Homme de passion à l’esprit novateur il poursuit ses recherches par de nombreux voyages d’études lui permettant d’enrichir son enseignement. Cet homme « exceptionnel » est  rapidement reçu par la bourgeoisie locale laquelle mène « grand train » et a des filles à marier. Le 5 juillet 1837, il épouse à Lorient : Bonne, Marie Buret.(3)Elle est la fille d’un riche négociant, propriétaire du château du Lain à Gestel. Désormais, il sait sa carrière ancrée « principalement » au pays de Lorient, ville qu’il affectionne particulièrement. Pendant vingt-trois ans, il assure la direction de l’Ecole d’application du génie maritime et y dispense un enseignement de haut niveau scientifique qui attire les meilleurs élèves de Polytechnique.   

Une belle carrière

Le 11 avril 1854, l’école est transférée à Paris et dans le même temps, un décret impérial (4) élève l’ingénieur de 1e classe du génie maritime, Fréderic Reech au grade de Directeur des constructions navales. Sa valeur et son dévouement sont reconnus et c’est tout naturellement qu’il est reconduit à la tête de l’école où il poursuit ses recherches et son enseignement. Par manque de temps et négligence, ce grand scientifique rédige rarement ses cours car dit-il : « Ils sont inscrits dans la mémoire de mes élèves. » Malgré l’éloignement de Lorient, Frédéric Reech reste proche du maire de la ville, Joseph Le Mélorel de La Haichois et l’encourage dans son action en faveur de l’instruction qui est la clé du développement de la cité. En 1869, le décès du député-maire de Lorient l’attriste profondément mais il est heureux de la candidature et de l’élection comme député du Morbihan de son ancien élève Henri Dupuy de Lôme, directeur du matériel au ministère de la Marine lequel reste « profondément » attaché à son ancien professeur. Le 1er octobre 1870, l’amiral Frédéric Reech quitte le service actif. Cet « officier d’un haut mérite scientifique » pense se retirer dans sa ville natale de Lampertsloch mais l’annexion de son cher « pays » le navre et il déclare à sa famille restée là bas : « Je ne reviendrai plus tant que l’Alsace sera Allemande. »

Une disparition paisible

 Profondément affecté par la disparition de son épouse et sans enfant, il se retire à Lorient, sa ville d’adoption. Commandeur de la Légion d’honneur, il décède le 6 mai 1884, 10, rue de Pont-Carré dans l’indifférence générale. Cet homme bon et généreux qui souhaitait reposer auprès des siens dans le paisible cimetière de sa commune natale au pied du premier contrefort des Vosges, entre les champs de bataille de Wissembourg et de Reichshoffen effectue son dernier voyage à travers la France et retrouve le 12 mai 1884, son cher pays et sa terre natale. Il repose désormais à côté de son père dans une humble tombe bien loin des rivages et des embruns du pays de Lorient.

Pour le 30e anniversaire de sa disparition, Le Nouvelliste du Morbihan, se souvient enfin de la disparition de l’éminent ingénieur « dont le nom mérite d’être conservé dans la marine et dans notre ville » et de son esprit novateur « qui sut donner à son enseignement une haute valeur scientifique. » Rappelant que ce mathématicien distingué a été le professeur de Dupuy de Lôme, il ajoute : « On ne peut oublier, à Lorient, le maître qui a formé un tel élève. » Pourtant, aujourd’hui, l’amiral Frédéric Reech est totalement oublié de la population lorientaise.

Texte de Patrick Bollet

1/ Henri Dupuy de Lôme 1816-1885. Après Polytechnique et l’Ecole d’application du génie maritime à Lorient, le jeune Dupuy de Lôme est affecté à Toulon, le 9 novembre 1839. C’est le début d’une brillante carrière au service de la France. En quelques années il révolutionne l’architecture navale. Tout d’abord par la conception du Napoléon, navire à vapeur à grande vitesse qui bat le 25 septembre 1852 des records de vitesse entre Marseille et Toulon, avec Napoléon III à son bord. Il est récompensé en 1855 : « Devançant les conceptions des genres les plus hardis, alors que l’hélice ne fait encore dans la marine qu’une entrée timide, M. Dupuy de Lôme a conçu et construit le premier vaisseau à hélice « grande vitesse ». » Puis, il construit le premier cuirassé de guerre  La Gloire  qui donne à la  flotte française une avance technique considérable. Après de nombreuses réalisations, il met ses talents au service de la marine privée au sein de la « Compagnie des Messageries Maritimes. » En 1860,  il est nommé au Conseil d’Etat puis est élu député du  Morbihan en 1869 et sénateur inamovible en 1877. Il décède à Paris, le 1er février 1885.
2/ Souvenirs de famille sur le célèbre ingénieur Henri Dupuy de Lôme
3/ Elle est née, le 9 novembre 1810 de François Buret et de Perrine, Françoise Le Cuir
4/ 12 avril 1854

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