Roche Louis


Louis Roche (1814 - 1898)
Président du conseil d’arrondissement
Conseiller d’arrondissement
Conseiller municipal
Doyen de la Démocratie lorientaise

« Sa vie bien accomplie a été celle d’un bon, d’un brave, d’un sincère républicain. La démocratie lorientaise perd en lui en même temps que son doyen, un de ses plus sympathiques et plus dévoués représentants. » L’Avenir du Morbihan. 12 octobre 1898.

Né le 19 septembre 1814, à Fougeray (Ille-et-Vilaine), de Julien Roche, tanneur, âgé de trente-six ans, et de Julienne Heuzé. En 1830, il commence sa vie active et laborieuse d’ouvrier et d’industriel. « Il appartenait à ces fortes sociétés de compagnonnage si célèbres et d’où sont sortis tant de ceux qui ont fait en notre siècle la gloire de l’industrie française, et ce fut là qu’il apprit, avec la pratique de son propre métier, l’amour de la patrie et de la liberté qui devait remplir son âme jusqu’au dernier jour. Les sociétés de compagnonnage, en pleine monarchie, étaient républicaines : Louis Roche adopta courageusement les idées de ses frères, à une époque où le rétablissement de la République paraissait encore une irréalisable utopie. [1]» C’est en 1835 qu’il arrive à Lorient et fonde un commerce de cuirs qui va prendre rapidement de l’importance. Le 9 août 1843, le corroyeur Louis Roche épouse à Lorient, Jeanne, Marie Vinet et de nombreux enfants rejoignent la cellule familiale. Il « fréquente » les républicains lorientais et se réjouit de l’abdication (février 1848), de Louis Philippe et de l’avènement de la Deuxième République. Hélas ! sa déception est grande car en quelques années le nouveau président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte confisque le pouvoir et rétablit le régime impérial.[2] Napoléon III s’applique alors à museler la presse, à arrêter et déporter les ennemis du gouvernement. Louis Roche voit partir avec tristesse en exil ses amis :  Gustave Ratier, Adolphe Rondeaux[3] et Edouard Beauvais. Par contre, le médecin Marius Villers (1807-1876) est placé sous la surveillance de la police générale. Le 16 août 1859, la plupart bénéficient de « l’amnistie[4] pleine et entière accordée à tous les individus qui ont été condamnés pour crimes et délits politiques, ou qui ont été l’objet de mesures de sûreté générale » et reviennent à Lorient. Ils vont attendre de nombreuses années avant de s’investir pleinement en politique. Le 2 septembre 1870, la défaite des armées françaises face aux troupes prussiennes à Sedan, provoque l’abdication de Napoléon III et la chute du Second Empire.  

La République
Le 4 septembre, la République est proclamée et un gouvernement de Défense nationale prend en charge la destinée du pays. Malgré les efforts de Gambetta, ministre de la Guerre et de l’Intérieur pour poursuivre la guerre et dégager Paris encerclé par les troupes prussiennes, un armistice est signé le 21 janvier 1871 avec le chancelier Otto von Bismarck. Les Français sont appelés aux urnes car l’ennemi exige de traiter avec les représentants incontestés du pays. Les élections du 8 février 1871 avec pour seul slogan la guerre ou la paix ramènent à l'Assemblée nationale une majorité de parlementaires monarchistes, désirant la paix. Le mécontentement des Parisiens est grand car à l'humiliation de la défaite, la capitulation est vécue comme une trahison. L'insurrection parisienne est inévitable « au nom du peuple, la Commune est proclamée. » Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif de la République, confie au maréchal de Mac­-Mahon, la reconquête de Paris. La lutte est sans pitié, la semaine sanglante du 21 au 28 mai 1871, fait de nombreuses victimes, mais l'émeute est écrasée et consolide le régime qui est capable de rétablir l'ordre. Pendant ce temps, à Lorient, la campagne des municipales se déroule dans une ambiance tendue et le 30 avril 1871, la liste du Comité républicain l’emporte. Le 30 mai 1871, Edouard Beauvais est nommé maire[5]  de la ville et Louis Roche retrouve son siège au conseil municipal (Il est conseiller municipal depuis le 7 août 1870) et s’investit tout particulièrement dans le domaine de l’instruction. Le 1er mars 1874, Edouard Beauvais est « remercié » et remplacé par Ludovic Paulinier nommé par le gouvernement de Mac-Mahon. Gustave Ratier et l’ensemble des élus républicains sont outrés, ils regrettent la révocation de l’ancien maire, le républicain sage et sincère et rejettent le rétablissement de l’ordre moral. Ils vont avoir leur « revanche » lors des élections législatives de février et mars 1876 remportées par Gustave Ratier. Désormais, les républicains sont majoritaires à l’Assemblée et le président de la République Mac-Mahon est contraint de nommer le Lorientais Jules Simon, leader des républicains modérés, chef du gouvernement. Le 8 août 1876, Edouard Beauvais retrouve son poste de maire pour peu de temps car il décède l’année suivante[6]. Lors des élections municipales du 13 janvier 1878, Louis Roche est réélu mais curieusement, il démissionne quelques jours plus tard et quitte après huit années de présence son mandat de conseiller municipal. La démission, le 30 janvier 1879, de Mac-Mahon et l’élection de Jules Grévy à la présidence de la République est un grand moment de joie pour tous les républicains.

Une élection stupéfiante
Lors des élections municipales du 4 mai 1884, Louis Roche est candidat sur la liste républicaine menée par le maire sortant Alfred Maignan. Cette dernière est entièrement élue et pour la première fois, le public est admis à assister à la séance du conseil municipal. Le 18 mai 1884, les Lorientais sont nombreux afin de « vivre » l’élection d’Alfred Maignan.  A la stupéfaction générale c‘est Eugène Charles qui est élu maire. La foule présente dans la salle du conseil crie son mécontentement : « C’est malheureux ! – Vive Maignan ! - Maignan est trahi ! Le suffrage universel ne compte plus ! Alfred Maignan quitte la salle sous les applaudissements du public pendant que le nouveau maire, prend la présidence de l’assemblée qu’il n’a « ni recherchée ni sollicitée » et affirme « sous les quolibets » son dévouement à la ville et à la République. Face aux divisions, Louis Roche tente de rassembler ses amis républicains mais les désaccords sont trop forts et les tentatives de conciliation échouent. Aussi,  lors des élections complémentaires du 31 janvier 1886, la liste de Protestation qui met en cause la gestion de la municipalité d’Eugène Charles qui a « gaspillé les finances de notre ville » est totalement élue et souhaite que « les faux républicains » se démettent. Désavoués par les électeurs et lassés des critiques incessantes, le mardi 2 février 1886, tous les conseillers municipaux de la ville de Lorient démissionnent.  Les électeurs sont convoqués le 21 mars 1886 et malgré les sollicitations, « le doyen de la démocratie lorientaise » Louis Roche se retire cultiver ses fleurs dans sa propriété du Blanc !  

Il ne reste pas très longtemps en dehors des joutes électorales car conseiller d’arrondissement du 2e canton de Lorient, il se représente en 1889 sous l’étiquette du Comité radical républicain. Le 4 août 1889, il est battu et pour son ami Paul Guieysse : « Il ne méritait pas tant d’ingratitude pour couronner sa carrière si honorable de républicain. » Certes, la déception est grande mais il a connu d’autres désillusions dans son engagement politique et s’apprête à repartir au combat. Il est réélu en 1892 comme conseiller d’arrondissement[7] dans le 1er canton de Lorient et conseiller municipal[8] à la suite des élections municipales du 1er mai 1892. Il rejoint la commission scolaire et demande quelques années plus tard « la création d’une école professionnelle de jeunes filles à Kerentrech pour faire concurrence à l’ouvroir des bonnes sœurs qui tiennent les enfants dans un état d’esclavage ! » Cet anticléricalisme est partagé par une grande partie de ses collègues au conseil municipal lesquels fustigent régulièrement l’envahissement des congrégations.   Pourtant, Louis Roche, est le seul élu du conseil municipal à assister le jeudi 6 août 1895 par respect et sympathie aux obsèques du curé-archiprêtre de Lorient, le chanoine Guennégo. Il entretenait également des relations amicales avec le recteur de la paroisse de Kerentrech, le chanoine Schliebusch et l’abbé Julien Le Guéhennec, son premier vicaire. C’était surtout un esprit libre !  Les élections municipales du 3 mai 1896, sont une nouvelle fois très disputées entre la liste des Comités républicains menée par le maire sortant Edouard Broni et une liste des Candidats républicains indépendants. Les électeurs plébiscitent la liste des Comités républicains et attribuent le plus de voix à Louis Roche.  Le Phare de Bretagne dans son édition du 6 mai, remarque : « L’hommage rendu à la République de nos pères dans la personne du doyen de la démocratie lorientaise : M. Roche, conseiller d’arrondissement. M. Roche est arrivé, en effet, en tête de la liste avec 2728 suffrages. Il se trouve être ainsi le premier élu de Lorient. Nul plus que lui n’était aussi digne d’être l’objet de cette manifestation de sympathie républicaine, il y a, au fond de l’âme populaire, un très grand sentiment de justice. L’hommage rendu, dimanche, au vieux républicain qu’est M. Roche en est une preuve de plus. Avec nous, tous les républicains de Lorient, ont battu des mains, en entendant les résultats du scrutin, proclamant M. Roche, le premier élu de Lorient. »  

Lors de l’installation du conseil municipal, le dimanche 10 mai 1896, le maire nouvellement élu Edouard Broni, lui rend hommage : « Très fier et heureux d’être installé dans ses fonctions de maire par le doyen d’âge du conseil et de la démocratie républicaine de Lorient. Interprète du conseil municipal tout entier, je suis certain d’interpréter également le sentiment général en disant combien nous avons été tous heureux de voir son nom en tête de notre liste. Les électeurs républicains lui ont donné là un témoignage éclatant de leur estime, de leur confiance et de leur reconnaissance :  ils ont rendu un hommage mérité à cette longue vie d’honneur et de fidélité invariables à des principes qui nous sont chers : Vive la République ! Vive M. Roche ![9] Il poursuit son engagement au sein de la commission scolaire et s’investit à titre personnel dans les sociétés de bienfaisance et à la ligue contre l’alcoolisme. Profondément respecté « le bon papa Roche » comme l’appelait les républicains « n’avait plus d’ennemis, les partis désarmaient devant lui » !

Il a été un drapeau, il demeure un exemple
Depuis le début de l’année 1898, Louis Roche, malade ne siège plus au conseil municipal. Son état de santé s’étant brusquement aggravé, il appelle à son chevet, le chanoine Schliebusch (1827-1904) recteur de la paroisse Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle de Kerentrech. Ce dernier administre « au vieux patriote, au républicain de la première heure les secours de la religion. » Le 7 octobre 1898, il décède à l’âge de 84 ans. Le dimanche 9 octobre, l’église Note-Dame-de-Bonne-Nouvelle l’accueille et accompagné d’une foule considérable le convoi mortuaire part au cimetière de Carnel où de nombreuses personnalités lui rendent hommage. M. Guieysse, député de la 1e circonscription souligne sa vie de travail et de labeur : « Il appartenait à cette forte génération du premier quart de ce siècle élevée dans les souvenirs de gloire et de désastres, qui laissèrent dans les cœurs virils comme le sien des souvenirs ineffaçables. Ardent ami de la liberté, vivant avec les hommes qui avaient connu notre grande Révolution, et en avaient conservé l’amour, il fut toujours mêlé aux grandes luttes contre la monarchie qui amenèrent la révolution de 1848. Saluant avec bonheur l’avènement de notre Seconde République, il avait pour idéal le triomphe des idées démocratiques et républicaines (…) il était de ceux qui ne désespèrent jamais (…) Il savait et répétait que ce n’est que par la lutte et la persévérance, que l’on peut arriver au but vers lequel tendent les efforts des républicains. Votre pensée ne nous quittera jamais. » Pour le sous-préfet de Lorient, « il a été un drapeau : il demeure un exemple » et pour le maire de Lorient Adolphe L’Helgouach : « Pendant de longues années, il s’est dévoué aux affaires publiques, luttant vaillamment pour la bonne cause, la cause républicaine. Dans toute sa vie politique, il resta inébranlablement attaché et sans la moindre défaillance aux vrais principes républicains, ne recherchant d’autre satisfaction que le devoir accompli, ni d’autre récompense que la paix de sa conscience, le respect et l’estime de ses chers concitoyens. » Pour conclure, c’est son vieil ami Le Frapper qui « rappelle le vieux républicain de 1848 et l’exil de ses amis Ratier, Villers et Rondeau. Il souligne avec émotion les réunions dans sa maison et « l’allée ombreuse qu’il appelait son salon d’été ou l’on discutait en plein air[10] » des prochaines joutes électorales.
« Une des plus curieuses et des plus sympathiques figures de Lorient vient de s’effacer. » Ces quelques lignes du journal La Vérité lorientaise résument parfaitement le défunt.  Il est inhumé au cimetière de Carnel. Carré 13 - Tombe n°12.

Recherches et texte de Patrick Bollet

[1] Le Nouvelliste du Morbihan. Le 13 octobre 1898. Discours du sous-préfet de Lorient, Jules d’Auriac.

[2] Elections des 20 et 21 novembre 1852. 

[3] Adolphe Rondeaux, est né, le 3 mai 1821 à Limoges et décède le 24 mai 1893 à Lorient. Sous-préfet de Pontivy (9 août 1848), de Lorient (5 octobre 1870), conseiller général du Morbihan (1892-1893). Après le Coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851, le républicain Auguste Rondeaux est proscrit et s’exile pendant dix-huit années à Jersey. De retour à Lorient, ce fidèle serviteur de la République s’implique totalement dans la vie de la cité dont il est le maire entre 1881 et 1883 et entre 1892 et 1893.

[4] Fort de sa popularité après les victoires de Magenta et de Solférino sur les Autrichiens (1859) Napoléon III, décide le 5 avril 1859, d’amnistier tous ceux qui ont été condamnés pour un motif politique. Les bannis peuvent rentrer en France.

[5] Par arrêté du Président du conseil des ministres, chef du pouvoir exécutif, en date du 14 mai 1871, rendu sur proposition du ministre de l’Intérieur, sont nommés : Maire de Lorient : M. Beauvais. Adjoints : Aubin Evariste, Fropier Ferdinand et adjoint pour Kerentrech, Jean Faure.

[6] Le 5 novembre 1877.

[7] Il est réélu en 1895.

[8] Le 1er mai 1892, les élections municipales consacrent le succès de la liste du Comité de concentration à laquelle participe Louis Roche. Le 15 mai, Adolphe Rondeaux est élu maire.

[9] Archives municipales de Lorient. 1D85

[10] Le Phare de Bretagne. Le 11 octobre 1898

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