Rosenbaum (famille)


Jéhuda Léopold Rosenbaum est né le 14 janvier 1908 à Sucha-Zablocie en Pologne. Son père est Wolf Elie Rosenbaum.

Vers l’âge de 14 ans, Léopold Rosenbaum rejoint son oncle à Brest, rue de Siam, pour devenir maître-fourreur. Il est naturalisé français à Brest en 1930. Le 27 juillet 1934, Léopold Rosenbaum épouse à Cracovie Gisèle Okrent née le 6 février 1910. Ses parents sont Leib Okrent et Chana Rachel Wendum. Les deux familles sont de confession juive.

L’année de leur mariage, Léopold Rosenbaum fait l’acquisition du pas de porte Au Bonheur des Enfants situé au 40 rue Maréchal Foch à Lorient. Le couple installe alors un commerce de fourrures sous le nom d’enseigne À L’Ours Polaire. Le 30 juillet 1935 naît leur première fille, Solange Aline.

À la fin des années 1930, la sœur de Gisèle s’installe également à Lorient. Sala Okrent est née à Cracovie le 1er septembre 1906. Elle se marie à Paris le 22 octobre 1931 avec Gilles Segal, commerçant. Le couple a une fille, Liliane, née le 1er août 1934. Suite à son mariage, Sala est naturalisée française et prend le prénom de Lucienne. Elle est a priori séparée de son mari quand Lucienne rejoint sa sœur à Lorient. Lucienne Segal tient alors Le Parisiana, un commerce de lingerie-bonneterie sis 21 rue des colonies à Lorient. C’est un commerce qui a été acheté en 1939 par le frère de Lucienne et de Gisèle, Daniel Okrent, qui réside à Paris. S’il en est le propriétaire, sa sœur exploite seule le magasin pour assurer sa subsistance.

Dès 1940, les premières mesures contre les familles juives sont mises en place. En novembre, les vitrines sont placardées par la mention Entreprise juive. Puis, les entreprises appartenant aux familles juives sont spoliées dans le cadre de la politique d’aryanisation des biens juifs. Le Parisiana à Lorient est fermé depuis le 17 février 1941 et le fonds est réquisitionné par l’autorité allemande pour une entreprise privée de blanchisserie et de repassage. Le 11 septembre 1941, la Préfecture du Morbihan écrit que l’entreprise Rosenbaum a été vendue en plusieurs blocs à trois acquéreurs différents, pour le pas-de-porte et la marchandise. A ce moment, Léopold Rosenbaum est encore en captivité : mobilisé en 1940 avec le grade de sergent dans l’armée française, il a été fait prisonnier sur la ligne Maginot.

Les arrestations de juifs dans le Morbihan s’accélèrent au cours de l’année 1942. En juin, Lucienne Segal se présente au Commissariat de Lorient pour recevoir l’insigne prévu par l’ordonnance allemande du 28 mai 1942 : elle et sa fillette, alors âgée de 7 ans, doivent porter l’étoile jaune. Leur logement étant réquisitionné, elles résident à Plouay à l’hôtel des Voyageurs. Lucienne continue de se déclarer régulièrement au commissariat. En revanche, la famille Rosenbaum n’apparaît plus dans les fichiers de la Préfecture du Morbihan. Le 19 août 1942, les autorités allemandes ordonnent à la sous-préfecture de Lorient d’effectuer des recherches sur six hommes juifs lorientais, dont Léopold Rosenbaum, qui résiderait à l’hôtel de Hollande à Paris, rue Cadet. A priori, à cette date, Léopold Rosenbaum a déjà passé la ligne de démarcation pour rejoindre la zone dite libre. Son épouse Gisèle qui se cache avec sa fille Solange Aline à Plouay, franchit également la ligne de démarcation. La famille Rosenbaum se réfugie alors dans la ville du Puy (Le Puy-en-Velay) en Haute-Loire, où ils vivent cachés, munis de faux-papiers.

Lucienne et Liliane Segal restent dans le Morbihan mais changent à nouveau de domicile et déménagent à Guémené-sur-Scorff. Dénoncée, Lucienne Ségal est appréhendée par des soldats allemands le 4 janvier 1944, lors de la grande rafle qui touche le Morbihan et une partie de l’ouest de la France. Un témoignage explique que la mère voulant dire au revoir à son enfant, Liliane est finalement arrêtée en classe le même jour. Elles sont détenues à la prison de Vannes puis transférées à Drancy le 3 février 1944. Toutes deux sont déportées le 10 février 1944 par le convoi n°68 partant de Drancy pour Auschwitz. A leur arrivée, elles sont immédiatement sélectionnées pour être assassinées dans une chambre à gaz d’Auschwitz-Birkenau le 13 février 1944.

Daniel Okrent, le frère de Gisèle et de Lucienne, qui s’est réfugié à Nice, est lui aussi dénoncé, arrêté puis déporté à Auschwitz à l’âge de 47 ans le 7 octobre 1943, par le convoi n°60 partant de Drancy. Lors de l’évacuation du camp d’Auschwitz en janvier 1945, il est transféré au camp de Buchenwald. Rescapé des camps de la mort, il retrouve sa femme et ses enfants cachés à Nice et part s’installer plus tard aux États-Unis. Quant aux parents de la fratrie, Leib Okrent et Chana Rachel Wendum, restés en Pologne, ils sont fusillés par les Nazis à Wieliczka près de Cracovie.

En 1946, Léopold, Gisèle et Solange Aline Rosenbaum sont recensés à Quimperlé (rue du Couëdic) et la spoliation de leur commerce est reconnue. Dans la ville de Lorient lourdement détruite, Léopold Rosenbaum réouvre l’entreprise de fourrures et de pelleterie À L’Ours Polaire dans les baraques de l’allée centrale. Puis, quand la ville se reconstruit, le couple revient s’installer à Lorient sur le Cours de la Bôve. La deuxième fille du couple, Hélène, naît en 1950.

Jéhuda Léopold Rosenbaum décède à Lorient le 14 octobre 1972. Gisèle Rosenbaum décède à Paris le 6 juillet 2002.

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Texte d'Hélène Gast (fille de Gisèle et Léopold Rosenbaum) et de Françoise Pédro (enseignante en histoire)

Sources :
Archives municipales de Lorient
Archives municipales de Paris
Archives municipales de Quimperlé
Archives départementales du Morbihan
Archives nationales
Mémorial de la Shoah à Paris
Mémorial de Yad Vashem
Arolsen Archives - International Center on Nazi Persecution

Pour le témoignage sur l’arrestation de Liliane Segal :
Les Cahiers du Fauëdic, n°12 septembre 1999. Edition de l’Université du Temps Libre du Pays de Lorient, Robert Le Roy : le Lycée Dupuy de Lôme pendant la guerre 1939-1945

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