Roux Jeanne


Louise « Jeanne » Aglaé Passot-Roux (1875 - 1957)
Chevalier des Palmes Académiques
Chevalier du Mérite Social
Conseillère Municipale 1951-1957

Jeanne Passot est née le 20 décembre 1875 dans le 5e arrondissement à Lyon de Joseph, Eusèbe Passot, âgé de trente-quatre ans, ferblantier et de Marie, Sophie, Hermance Michaud, âgée de vingt-quatre ans, couturière. Le couple à dix enfants, Jeanne (1875), Paul (1876), Victor (1878), Hermance (1879), Julie (1881), Rose (1882), Edouard (1884), Emmanuel (1886), Clémence (1887), Marc (1888).  Jeanne épouse[1] en troisièmes noces le 27 août 1924 à Lorient : Joseph, Marie, Pierre, Séraphin Roux, docteur en médecine, chevalier de la Légion d’honneur, croix de guerre, âgé de soixante ans[2]. Ce dernier est une personnalité locale bien connue pour ses positions politiques intransigeantes et siège au conseil municipal sous la municipalité de Louis Nail avec qui il fonde « la Goutte de lait et la crèche de la ville. » Il est également administrateur de l’hôpital Bodélio et crée l’école des infirmières. Mais il est avant tout le médecin des pauvres et des déshérités de la vie, celui des écoles, du bureau de bienfaisance, de la crèche municipale, des sapeurs-pompiers et de la Goutte de lait. Son épouse s’investit totalement à ses côtés à la commission administrative des hôpitaux et à celle du bureau de bienfaisance. Le 3 avril 1941, le décès de son mari l’attriste profondément mais elle n’a pas le temps de « s’apitoyer » car la ville de Lorient est confrontée depuis le 21 juin 1940 à l’occupation allemande, aux restrictions alimentaires et aux bombardements de la RAF qui font de nombreuses victimes civiles et meurtrissent la cité.

L'action municipale
Au lendemain de la Libération (10 mai 1945), elle poursuit inlassablement son activité de bienfaisance et devient la présidente du Comité des œuvres municipales de l’enfance. En quelques années, elle est devenue un symbole, et forte de sa popularité indissociable de celle de son défunt mari, elle entre en politique sur la liste du parti communiste. La situation municipale est très compliquée car depuis la disparition du maire Emmanuel Svob (1946), les dissensions au sein du conseil - depuis les élections municipales du 19 octobre 1947 - entre le maire Julien Le Pan, les socialistes et les communistes alimentent la presse locale. Le rejet du budget primitif par les élus provoque le 2 octobre 1951, la dissolution du conseil municipal. En attendant de nouvelles élections, le préfet du Morbihan installe une délégation spéciale. Le scrutin à un seul tour avec représentation proportionnelle, panachage et vote préférentiel est fixé au dimanche 25 novembre. Cinq listes se disputent les suffrages des électeurs : Joseph Périgault mène la liste RPF, Joseph Yvon celle des Indépendants, Jean Le Coutaller est la tête de liste de la SFIO, Louis Guigen forme un tandem avec Roger Le Hyaric pour le Parti communiste et Eugène Brochard dirige une liste de défense des Intérêts lorientais.  Aucune majorité ne sort des urnes et les nouveaux conseillers attendent fébrilement la séance d’installation du conseil municipal pour choisir le maire. Le 2 décembre 1951, le Président de la délégation spéciale ouvre la séance et demande à madame Roux[3], la doyenne d’âge et seule femme élue au conseil municipal de bien vouloir le remplacer. Mais avant de se retirer, il lui rend hommage : « Madame la Présidente, depuis des années, n’a cessé de se pencher sur toutes les misères qui l’entourent, en s’efforçant d’apporter à tous les déshérités un peu plus de bien être ou un peu moins de misère, et un peu de réconfort moral. » Archives de Lorient. 1D173.  Après trois tours de scrutin, le communiste Charles Le Samedy est élu maire de Lorient et Roger Le Hyaric[4], premier adjoint. Lors de la répartition des conseillers dans les commissions, Jeanne Roux siège à l’Hôpital-Hospice, aux Affaires diverses - Fêtes et Assistance et Œuvres Sociales. Elle commence son mandat d’élue locale dans une période difficile car le maire et la majorité dont elle fait partie se heurtent au fil des mois à l’opposition qui dénigre sans cesse l’incapacité des communistes à gérer la ville. Ils sont effectivement confrontés aux innombrables problèmes que posent le retour des réfugiés et la reconstruction de la ville. Après dix-huit mois de gestion communiste, les électeurs sont appelés aux urnes.

Les élections municipales du 26 avril 1953
La campagne électorale s’avère difficile car les adversaires du parti communiste sont nombreux et déterminés. Quatre listes se disputent les suffrages des électeurs :
- La liste Communiste d’Union ouvrière et démocratique du maire sortant Charles Le Samedy,
- La liste Socialiste de défense des intérêts de Lorient et de sa reconstruction de Jean Le Coutaller, député du Morbihan et conseiller municipal sortant,
- La liste d’Union pour la défense des intérêts communaux de Joseph Périgault, conseiller général et conseiller municipal sortant,
- La liste d’Entente démocratique et sociale pour la défense et la reconstruction de Lorient de Roger Leroux, professeur au lycée de Lorient et de Julien Le Pan, ancien maire de la ville.

Jeanne Roux est en quatrième position sur la liste du Parti communiste et défend avec ses collègues le bilan de l’équipe sortante « qui a été un exemple de sagesse et de dévouement à la cause de tous les Lorientais. Malgré des difficultés inouïes, consécutives à la gabegie laissée comme seul héritage par la municipalité socialo-fasciste de LE PAN, un redressement étonnant de rapidité a été opéré. Jamais LORIENT n’avait connu de telles réalisations pour les quartiers, les cités, les vieux, les jeunes, les patronages laïques, la caisse des écoles, les œuvres sociales etc.  Jamais les locataires en baraques, les sinistrés, les travailleurs, les chômeurs n’avaient été défendus avec une telle fermeté. Jamais autant de crédits n’avaient été réalisés avec une telle ampleur en un si court laps de temps. »

Les autres listes contestent ce bilan et estiment que « le parti de l’étranger » est incapable d’administrer correctement la ville. Une nouvelle fois le scrutin ne dégage aucune majorité et il faut attendre la séance d’installation du conseil municipal pour assister à l’élection du maire. Le 3 mai 1953, Mme Roux est une nouvelle fois présidente de séance et toujours la seule femme au conseil municipal. Au deuxième tour et à la stupéfaction des communistes, Jean Le Coutaller est élu maire de Lorient grâce aux suffrages de la liste d’Union pour la défense des intérêts communaux. Pour les communistes c’est une coalition honteuse et une collusion inadmissible. Le socialiste Étienne Pennober, est élu premier adjoint et Joseph Périgault, deuxième adjoint[5].  Comme au mandat précédent, Jeanne Roux est élue à la commission administrative de l’Hôpital-Hospice et à la commission Assistance et Œuvres sociales. Les besoins sont nombreux et l’activité inlassable de cette femme est très appréciée par ses collègues du conseil municipal.

Une femme de cœur
Le 17 décembre 1957 à l’âge de 81 ans, elle décède à Mennetou-sur-Cher dans le Loir-et-Cher. Elle est inhumée le 20 décembre 1957, au cimetière de Carnel[6] à Lorient et repose auprès de son mari « le grandiose docteur à la barbe d’Abraham. » Quelques jours plus tard, le maire de Lorient, Jean Le Coutaller lui rend hommage : « Messieurs, Mme Roux n'est plus. Vous comprendrez que je dois, à cette première séance à laquelle elle n'assiste pas, et alors qu'hier nous venons de la conduire à sa dernière demeure, rendre hommage à son activité pendant tout le temps qu'elle a appartenu à notre Assemblée Municipale. Malgré son âge, et grâce à son courage et à son grand cœur, Mme Roux a donné une part active de son temps à la défense des intérêts publics et à la défense des humbles et de l'enfance. Elle a été la représentante du Conseil municipal dans différentes œuvres, différents organismes tels que le Bureau d'Aide Sociale, la Commission administrative du Bureau de Bienfaisance, la Caisse des Écoles. Elle présidait l'Œuvre Municipale de l'enfance et s'occupait activement des cantines scolaires. Aussi je pense être votre interprète à tous en disant nos regrets de sa disparition et en rendant hommage à la tâche qu'elle a accomplie. » Archives de Lorient 1D179.

Le 25 octobre 1958, le conseil municipal donne le nom de Jeanne-Roux à un square situé dans le quartier de Kerentrech à Lorient et à une crèche municipale dénommée aujourd’hui : « Crèche Jeanne Roux-Bouvet. »
____________________________________________________________________________________________________________

[1] Le 22 juillet 1909, elle épouse à Eaubonne en Seine-et-Oise : Edouard, Désiré Passot.  Veuve, elle se remarie à Eaubonne, le 15 juin 1922 avec Louis, Albert, Edouard Legent qui décède le 2 novembre 1923 à Eaubonne.

[2] Le 26 décembre 1923, il divorce de Jeanne, Louise, Amélie Quettier.

[3] Elle est élue en 30e position sur 33 conseillers municipaux.

[4] Roger Le Hyaric (1920-2010). Secrétaire fédéral du parti communiste - Commandant Pierre dans la Résistance - Chevalier de la Légion d’honneur - Médaille de la Résistance - Croix de guerre.

[5] Il décède le 14 janvier 1957 et est remplacé par Paul Bollet.

[6] Carré 17 - Tombe n° 36.

Recherches et texte de Patrick Bollet

© 2018 - Site officiel des Archives et du patrimoine de la Ville de Lorient

Retour en haut