Sévène Alphonse


Alphonse Sévène (1853 – 1928)
Officier de marine
Député du Morbihan 1919-1928
Conseiller municipal de Lorient 1901-1919
Chevalier de la Légion d'honneur

Alphonse, Maurice Sévène est né à Quimper (Finistère), le 6 juillet 1853 de Louis, Charles Sévène, âgé de vingt-neuf ans, ingénieur des Ponts et Chaussées et de Sophie, Louise Boistard, âgée de vingt-sept ans. Il intègre l’Ecole navale en 1869 et lors d’une affectation à Lorient (1881), il épouse le 13 novembre 1882 dans cette ville : Sophie, Marie Gaultier de La Richerie, âgée de vingt-deux ans. Après une carrière militaire, il quitte la Marine nationale (1899) avec le grade de capitaine de frégate et s'établit à Lorient.

Le conseiller municipal
Il s’engage résolument en politique et est élu le 3 février 1901, conseiller municipal de Lorient. Pendant de nombreuses années, il est la voix de l'opposition au sein de l'assemblée communale et dénonce avec vigueur les mesures anticléricales votées par ses collègues. Il s’oppose fermement aux différents maires : Adolphe L’Helgouach, Joseph Talvas et Louis Nail. En quelques années, il devient avec le chanoine Duparc, curé-archiprêtre de la paroisse Saint-Louis, la figure emblématique des catholiques de la ville. Il est de tous les combats afin de soutenir les congrégations religieuses injustement persécutées.

Le 18 mai 1903, il manifeste avec le député du Morbihan Régis de L'Estourbeillon (1858-1946) et le chanoine Duparc (1857-1946) contre l’expulsion des pères capucins du couvent de Carnel.
Le 19 mai 1905, il conteste la fermeture intra-muros de l’établissement des frères des écoles chrétiennes.
Le 1er mars 1906, il réprouve l’inventaire des églises.

Le 4 septembre 1906, il condamne la démolition des calvaires des cimetières de la ville et blâme des mesures abjectes : « Nous sommes des partisans convaincus de la liberté de conscience, nous respectons toutes les opinions ; mais nous nous opposerons toujours à des mesures telles que la démolition des croix et du calvaire du cimetière qui sans aucune utilité publique pour le bien général, n'ont d'autre but que de molester dans leurs convictions les plus respectables, la majorité de nos concitoyens. » 

Les élections municipales et législatives
Les 3 et 10 mai 1908, les électeurs sont appelés aux urnes. Quatre listes se disputent les faveurs des citoyens : une liste Socialiste, une liste Radicale-socialiste, la liste du maire sortant, Louis Nail appelée perfidement l’Alliance démocratique et la liste Libérale menée par Alphonse Sévène. Le 10 mai 1908, Louis Nail triomphe avec 23 sièges. Les radicaux-socialistes remportent 8 sièges et Adolphe Sévène est le seul élu de la liste libérale. Bien évidemment, Louis Nail est réélu maire de Lorient et se prépare à défier le député radical-socialiste Paul Guieysse. L’affrontement attendu depuis plusieurs années entre ces deux personnalités lorientaises se déroulent lors des élections législatives du 24 avril et 8 mai 1910. Dans ces conditions, la candidature d’Alphonse Sévène passe au second plan car la campagne électorale mobilise essentiellement les partisans du député sortant et du maire. Après un premier tour très disputé, Paul Guieysse largement en tête attend le retrait de son adversaire. À la surprise générale, Louis Nail maintient sa candidature et l’emporte. Quant à Alphonse Sévène, il remercie ses électeurs : « Ne désespérons pas de l’avenir. Restons fermes dans nos convictions et nos principes et travaillons à reconquérir le terrain que nous avons perdu. » C’est un message encourageant malgré les défaites successives mais il compte sur la force de son message de tolérance pour - un jour - l’emporter. Il va devoir attendre, car le samedi 1er août 1914, des affiches placardées sur les murs de la cité annoncent la levée en masse : « Par décret du Président de la République, la mobilisation des armées de terre et de mer est ordonnée, ainsi que la réquisition des animaux, voitures et harnais nécessaires au complément de ces armées. Le premier jour de la mobilisation est le dimanche 2 août 1914. »  Désormais, toutes les énergies sont mobilisées au service de la Patrie. C’est l’Union Sacrée ! Après des années éprouvantes, la signature de l’Armistice, le 11 novembre 1918, met fin à la guerre.

L’Assemblée nationale
La vie petit à petit reprend son cours et après le retour des régiments emblématiques de la ville, les électeurs sont appelés aux urnes. Tout d’abord, ils votent le 16 novembre 1919 pour élire leurs députés. Alphonse Sévène, candidat sur la liste départementale d'Union nationale des républicains indépendants et des conservateurs est élu et rejoint à l’Assemblée nationale Louis Nail et Pierre Bouligand. C’est un grand moment d’émotion après dix-neuf années dans l’opposition et malgré les sollicitations, il refuse de se présenter aux élections municipales du 30 novembre 1919 « car un conseiller municipal qui ne peut siéger aux séances du Conseil, n’est pas d’une grande utilité pour la direction des affaires de la ville. ». Cependant, il soutient avec force la liste Républicaine indépendante menée par son ami et conseiller sortant le docteur Georges Méheut (1873-1944). Ce dernier comprend cette décision et rappelle son inlassable activité et « son labeur assidu dont la récompense est le mandat de député qui vient de lui être confié par ses fidèles électeurs.[1] » Pour une fois, la campagne électorale est paisible, la lutte anti-religieuse est oubliée et les horreurs de la guerre sont encore dans les mémoires. Il faut un second tour pour départager les candidats et le 7 décembre 1919, la liste d’Union Républicaine de la guerre d’Edouard Labes (1881-1959), remporte 14 sièges et devance la liste Socialiste d’Emmanuel Svob, 9 sièges, celle du docteur Méheut, 7 sièges et celle de la défense des   Intérêts de Lorient, 2 sièges. Quelques jours plus tard, Edouard Labes[2], est élu maire de Lorient mais malgré son désir d’union, il se heurte - déjà - au leader des socialistes Emmanuel Svob qui se place résolument dans l’opposition.  Les clivages d’antan[3] vont très vite se dessiner et Edouard Labes qui a voté à la Chambre le rétablissement des relations diplomatiques avec le Saint-Siège (1921) est en position délicate face au Bloc des Gauches qui dénonce ce vote et se regroupe autour d’Emmanuel Svob, afin de l’affronter lors des prochaines échéances municipales. Loin de ces préoccupations locales, Alphonse Sévène s’implique totalement dans ses nouvelles fonctions au sein de la commission de la marine de guerre et prête une grande attention aux Associations des Anciens combattants. Il participe assidument aux manifestations locales et assiste à l’inauguration des monuments aux morts qui prennent place au cœur des villages morbihannais afin de perpétuer le souvenir des glorieux combattants de 1914-1918. Cet engagement au quotidien est apprécié de la population et c’est avec confiance qu’il se représente en 1924 à la tête de la liste morbihannaise de la Fédération républicaine indépendante aux élections législatives. Cette dernière se prononce pour l’ordre, la paix sociale et religieuse et ces thèmes sont très « appréciés » dans le département. Aussi, le 11 mai 1924, c’est un éclatant triomphe pour les colistiers d’Alphonse Sévène qui remercient les électeurs : « Continuons à défendre ensemble les idées de Justice et de Liberté, d’Ordre et de Patriotisme qui feront chaque jour la France plus grande et plus belle. » Quelques jours plus tard, les députés morbihannais Alphonse Sévène, Victor Robic (1875-1941) et Pierre Le Moyne (1881-1932) sont reçus par le comité de la Fédération républicaine indépendante de l’intra-muros de Lorient présidé par Louis Glotin. C’est son dernier mandat car au retour du scrutin d'arrondissement des 22 et 29 avril1928, Alphonse Sévène, âgé de 75 ans, décide de ne pas se représenter et se retire dans sa maison du 20, rue Carnot à Lorient. Il ne profite pas très longtemps de son retrait de la vie politique car il décède le 24 mai 1928.

Des obsèques dignes
Le 30 mai 1928, Le nouvelliste du Morbihan écrit : « la ville de Lorient a fait à M. Alphonse Sévène, encore député du Morbihan, des obsèques dignes. »  Il souhaitait des obsèques toutes simples, sans discours et témoignages officiels. Ce vœu est exaucé mais une foule impressionnante et de nombreuses personnalités assistent le dimanche 27 mai à ses funérailles. « Des jeunes orphelines de la Providence tenaient les cordons du poële, et les Fusiliers-marins, l’arme basse entouraient le corbillard » avançant lentement au rythme de la Marche funèbre de Chopin entre une double haie de personnes massées sur les trottoirs de la rue Carnot. À l’église Sainte-Anne d’Arvor, toute tendue de noir, le défunt est accueilli par l’ensemble du clergé de la ville[4] » et à l’issue de la cérémonie religieuse le cortège se dirige vers le cimetière de Carnel. A la porte de la nécropole, les troupes présentent les armes au député du Morbihan[5]. La cérémonie s'achève par les dernières prières récitées par le chanoine Corric, recteur de la paroisse. Quelques jours plus tard, La Semaine Religieuse du diocèse de Vannes rend hommage « à la conviction des sentiments religieux que manifesta, au cours de sa vie politique autant que dans sa vie privée, le député du Morbihan. » Après de longues années d’oubli, la municipalité de Louis Glotin, donne le 12 juillet 1962, le nom d’Alphonse Sévène à une rue de la ville. Il est inhumé au Carré 63 - Tombe n° 48 bis.

Recherches et texte de Patrick Bollet


[1] Le Nouvelliste du Morbihan. Le 27 novembre 1919.

[2] Édouard Labes est professeur au lycée de Lorient puis avocat. Il est conseiller municipal en 1912 et maire en 1919. Conseiller général en 1920 et député du Morbihan en 1924.

[3] Le 3 mai 1925, Édouard Labes, qui mène avec Pierre Bouligand une liste républicaine radicale et radicale-socialiste est battu aux élections municipales par le Bloc des Gauches d’Emmanuel Svob dont la liste est entièrement élue. 

[4] Le Nouvelliste du Morbihan. Le 30 mai 1928.

[5] Il est toujours député du Morbihan, car les nouveaux parlementaires prennent leurs fonctions le 1er juin 1928.

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