Suc Nicolas


Étienne-Nicolas Suc (1802 - 1855)
Sculpteur-Statuaire

Étienne, Nicolas, Édouard Suc est né le 10 messidor an X (29 juin 1802) à Lorient de Nicolas, Honoré Suc, âgé de trente-huit ans, employé au port et de Félicité, Rosalie Breton, âgée de trente-cinq ans. Devant les dispositions artistiques de leur fils, son père l’inscrit tout d’abord aux cours de dessin et à l’âge de 14 ans à l’école de peinture et de sculpture de Joseph-Louis Hubac (1776-1830) à Lorient. Suite au décès de son père (12 décembre 1820), il part à la recherche d’un travail à Nantes afin de pouvoir financièrement subvenir à ses besoins et poursuivre sa formation de sculpteur.  Le 29 juillet 1826, il épouse à Nantes : Mélanie, Véronique Taboureux. Cette dernière encourage la vocation de son époux et lui permet de se perfectionner à l’école des Beaux-Arts et dans l’atelier d’Henri Lemaire (1798-1880) à Paris. Ce dernier, grand prix de Rome en sculpture en 1821 est un artiste réputé et de nombreux jeunes suivent son enseignement. Quelques années plus tard (1828), Nicolas[1] Suc installe définitivement son atelier à Nantes et « débute » en envoyant au Salon de 1834 « un Jeune pécheur breton agaçant un crabe au bord de la mer » et un buste en plâtre du général « Pierre Dumoustier » (1771-1831). Pour le sculpteur David d'Angers (1786-1856) : « Il est comme l'enfant qui fait son premier pas, cette œuvre est d'un bon augure. » En effet, ses réalisations sont remarquées et de nombreuses commandes affluent dont celle du Ministère qui lui accorde un bloc de marbre pour la réalisation du buste du général. C’est le début d’une brillante carrière et fort de cette reconnaissance, il s’adonne à son art avec passion et réalise de nombreuses sculptures. Il expose à nouveau au Salon de 1838 et tout particulièrement : « l’Enfant prodigue » et « la Petite mendiante au pied d’une croix. » Cette dernière réalisation, médaille d’or du salon enflamme la critique qui loue le talent de l’artiste : « Petit chef-d'œuvre de sentiment naïf, de grâce et de mélancolie. » Désormais c’est un sculpteur réputé qui poursuit tranquillement son œuvre et réalise de nombreux médaillons et bustes d’une qualité exceptionnelle dont celle du docteur Ange Guépin (1805-1873), du général Augustin-Daniel Belliard (1769-1832), du maréchal de France Jean-Baptiste Drouet d’Erlon (1765-1844), de John Herschel Bart (1792-1871), de l’acteur Pierre-Mathieu Ligier (1796-1872), du romancier Ernest Ménard (1810-1888), de l’actrice lorientaise Marie Dorval (1798-1849), du comédien Hugues Bouffé (1800-1888), du maire de Nantes entre 1720 et 1729, Gérard Mellier, de sa fille Mélanie Suc (1827-1908) etc.

Il excelle également - ou se perd d’après certains détracteurs - dans l’ornementation publique et est chargé de réaliser : la statue de Louis-René Caradeuc de La Chalotais (1701-1785) pour le palais de justice de Rennes, le groupe monumental du palais de justice de Nantes, la Vierge qui surmonte la façade de la chapelle des Minimes à Nantes, le bas-relief du mausolée au cimetière La Bouteillerie à Nantes du journaliste et homme de lettres Camille Mellinet (1795-1843), le monument commémoratif élevé à la mémoire des victimes du 30 juillet 1830 au cimetière de la miséricorde à Nantes. Ce n’est qu’une petite partie de ses réalisations car Nicolas Suc produit également de nombreux médaillons, des esquisses et des ébauches qui révèlent un artiste fécond s’adonnant totalement à son art et ne perdant pas de temps en mondanités. Il travaille et reconnait se satisfaire d’une vie sage : « Vivant loin du monde, n’appartenant à aucune camaraderie, je suis resté jeune de cœur, simple, franc, sans fierté, je n’ai jamais sollicité les honneurs, mais j’ai le désir de les mériter.  J'en suis encore à rêver des plaisirs simples et tranquilles.  Un rien me cause une grande joie, comme la moindre pensée triste m'accable. Je crois tout le monde sincère comme moi, et j’ai souvent été trompé dans mes affections. » Cette sensibilité confère à son travail une touche inégalable. Le 16 mars 1855, il décède à Nantes à l’âge de cinquante-deux ans. Il part en laissant une gracieuse statue « d’Ève inachevée ». Son décès attriste ses nombreux amis et plonge son épouse et ses quatre enfants dans la peine et la ville de Nantes perd un grand artiste.

La Bretagne perd un artiste attachant
Après la cérémonie religieuse en la cathédrale de Nantes, un long cortège accompagne le convoi mortuaire au cimetière Le Grand brigandin (La Bouteillerie). Plusieurs discours prononcés devant sa tombe rappellent la vie toute simple de l’homme et de l’artiste trop tôt disparu : « Il a eu de grandes idées qu’il a rendues avec sentiment ; et sa vie, en a été abrégée. » Travaillant sans relâche à son œuvre, il répétait souvent : « C’est chose terrible d’être artiste ; cela tue. »  Son art, en effet, l’a tué !  Chacune de ses grandes œuvres lui coûta la santé. Les deux dernières, sur lesquelles il avait concentré toutes ses forces, lui les ont prises tout entières : la vie qu’il leur donnait, il se l’arrachait à lui-même. Et voilà pourquoi il a été sitôt enlevé à sa famille dont il était l’honneur et l’exemple, à ses amis dont il n’a jamais trahi ni perdu l’affection, à cette ville dont il était l’orgueil.[2] » De nombreuses années plus tard, la ville de Lorient se souvient de l’exceptionnel et attachant artiste et le 23 décembre 1925, le conseil municipal (maire Emmanuel Svob) honore sa mémoire en attribuant son nom à une rue de la ville. Le 22 mars 1961, le conseil municipal (maire Louis Glotin) réattribue son nom « à l’ancienne rue de Ploemeur » car la destruction de la ville en 1943 et les impératifs de la reconstruction avaient effacé l’ancienne rue.  Aujourd’hui de nombreux musées exposent ses œuvres comme les villes de Saumur, Besançon, La Rochelle et quelques statues de l’artiste garnissent le parc de Procé à Nantes.


[1] Prénom usuel utilisé par l’artiste par « dévotion » pour son père.

[2] Courrier de Nantes politique commercial et littéraire. Le 19 février 1855

Texte et recherches de Patrick Bollet.

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