Szczinkewitch Maurice (1909-1986)
Commerçant
Maurice Szczinkewitch est né le 27 janvier 1909 à Paris rue du Prévôt dans le 4e arrondissement. Son père, Israël Leib Szczinkewitch est né le 5 janvier 1883 à Varsovie. La mère de Maurice Szczinkewitch s’appelle Léa Simerine et est née le 11 juillet 1883 à Varsovie.
Israël Leib Szczinkewitch et Léa Simerine, tous deux issus de la Pologne tsariste ont quatre enfants : Rosa et Hélène sont nées respectivement en 1903 et 1904 à Varsovie. Le père, pour éviter l’enrôlement dans la guerre de Mandchourie, s’installe à Paris avant d’être rejoint par sa femme et ses deux filles : naissent à Paris Odette en 1906 et Maurice en 1909. Le père reprend sa profession de casquettier.
Israël Leib Szczinkewitch est naturalisé français par décret du 8 décembre 1926, tout comme sa femme, Léa Simerine et leur fille, Hélène.
Maurice et ses parents s’installent à Lorient au début des années 1930. Maurice Szczinkewitch ouvre un magasin de confection de vêtement au 18 rue Maréchal Foch, La Belle Fermière, aidé par son beau-frère qui réside à Nantes. Le bail du magasin est signé en 1931. Maurice et ses parents figurent dans le registre de recensement de Lorient de 1936. Le neveu de Maurice, Serge Rosencveig, alors âgé d’un an, vit avec eux : ses parents, Simon Rosencveig et Odette née Szczinkewitch vivent à Paris, 20 rue du Chaudron et sont respectivement ajusteur et employée. A priori, les grands-parents s’occupent de l’enfant.
Maurice Szczinkewitch se marie le 9 février 1938 avec Marcelle Mlamid à Les Pavillons-sous-Bois. Née le 26 avril 1915 à Paris dans le 4e arrondissement, elle est la fille de Joseph Chaïm Mlamid, fourreur de profession, et de Pessia Galanter, tous deux nés sur le territoire du gouvernement russe de Bessarabie (territoire annexé par l’empire russe en 1812). Le couple vient s’installer à Lorient. Le 23 avril 1939, naît à Lorient le premier enfant du couple, Hélène,
Quand la guerre éclate, Maurice est mobilisé le 7 septembre 1939 et obtient une permission le 1er mai 1940 pour aller voir sa famille à Paris. Il est démobilisé en juillet 1940 et obtient encore des autorisations de circuler pour son commerce.
Mais dès octobre 1940, Maurice Szczinkewitch subit le processus d’exclusion des Juifs : le 17 avril 1941, le commissariat de Lorient établit pour la sous-préfecture la liste des Israélites qui ont fait leur déclaration. Il apparaît sur la fiche de recensement avec sa femme, Marcelle, sa fille Hélène et sa mère, Léa. Son père, Israël, est décédé en novembre 1940. À ce moment-là, ses neveux (les enfants de la sœur de Marcelle, Rachel décédée en 1942), Rachel et Michel Szyr, habiteraient avec eux. Maurice Szczinkewitch se présente à la sous-préfecture du Morbihan pour faire porter la mention Juif sur sa carte d’identité (mention qu’il déchirera par la suite).
Pour le commerce, La Belle Fermière, on impose à Maurice Szczinkewitch d’afficher la mention Entreprise juive sur la devanture. L’entreprise de Maurice Szczinkewitch fait ensuite l’objet de la politique d’aryanisation économique mise en place par le commissariat général aux questions juives : entre 1941 et 1942, le magasin passe sous la tutelle d’administrateurs provisoires, les commissaires-gérants de Blignières et Guyonvarch, puis l’administrateur Janvier. L’inventaire fait état de marchandises évaluées à 22 605 francs en octobre 1942. La marchandise est vendue et on verse à l’administrateur provisoire des indemnités.
Les locaux commerciaux et le logement de la famille Szczinkewitch sis 18 rue Maréchal Foch (rue du Morbihan) à Lorient sont réquisitionnés par les autorités allemandes. Ils sont alors occupés par la délégation de Lorient de la Légion des Volontaires Français contre le Bolchévisme, dont le délégué est Gabriel Brazier jusqu’à fin 1942. C’est dans cet immeuble que l’organisation français pro-allemande qui prend ensuite le nom de Légion tricolore, organise l’engagement de volontaires français dans les armées de l’Axe. Mais cet immeuble fait l’objet d’un attentat, sans doute provenant de la Résistance : la nuit du 9 au 10 septembre 1942, une explosion endommage le local.
La famille se réfugie à Guémené-sur-Scorff, où naît Alain Szczinkewitch le 18 février 1942. Elle bénéficie du soutien de certaines personnes de cette commune : la famille Elouet qui leur loue le 2e étage de l’immeuble Place du Château, et aussi les familles Guillemot, Montmayeur et Le Carff.
Mais les persécutions contre les Juifs s’intensifient. En juin 1942, Maurice et Marcelle Szczinkewitch se présentent au commissariat de Lorient pour retirer l’étoile jaune, suite à l’ordonnance du 25 mai 1942. Ils doivent effectuer un pointage au commissariat chaque semaine.
Entre août et novembre 1942, la famille quitte progressivement Gueméné-sur-Scorff : d’abord Maurice, qui est recherché en août 1942 par les services de la Kommandantur de Lorient avec cinq autres hommes lorientais. Marcelle Szczinkewitch continue de se présenter au commissariat pour le pointage hebdomadaire. Puis les services de police signalent le départ de Marcelle et des enfants : ils auraient quitté Guémené-sur-Scorff le 14 novembre 1942.
Ce sont les témoignages du fils de Maurice Szczinkewitch, Alain, et de sa sœur Hélène, qui permettent de confirmer que la famille s’est réfugiée dans une ferme, à Lescar, près de Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques (Basses-Pyrénées à l’époque).
Maurice Szczinkewitch a, en premier, passé la ligne de démarcation avec des faux papiers, probablement en juillet ou août 1942, au moment où les Allemands demandent aux services de police de Lorient d’effectuer des recherches. Il a pris le train de Pontivy pour aller jusqu’à Pau.
Marcelle Szczinkewitch et sa fille ont fait le même voyage en novembre 1942. Mais, pour ne pas se faire repérer, elles sont séparées. Ensuite, c’est Alain, qui a alors à peine un an, qui voyage avec sa nourrice. Sa mère et sa sœur le récupèrent dès son arrivée à Pau.
Marcelle, Hélène et Alain auraient été avec plusieurs femmes réfugiées à Lescar près de Pau et vivent dans des conditions difficiles dans une ferme. Mais les fermes permettaient à ce moment de nourrir une population de réfugiés.
Pourquoi Pau ? La sœur de Maurice, Rosa, mariée à Maurice Roizes, s’est réfugiée pendant l’exode dans cette ville avec son mari et ses quatre enfants. Quand les Allemands envahissent à la zone libre, les quatre enfants sont placés chez les sœurs. Il est possible que Maurice Szczinkewitch ait souhaité rejoindre sa sœur.
La famille Szczinkewitch a réussi à se cacher près de Pau sans être inquiétée. Elle revient à Guémené-sur-Scorff à la Libération, fin de l’année 1944 ou début 1945. C’est lors de ce retour que Monsieur Le Carff aurait confié la moitié de son magasin à Maurice Szczinkewitch. Monsieur Le Carff vend des chapeaux et Maurice Szczinkewitch peut utiliser la moitié de son comptoir. Il y reste jusqu’en 1946, avant de retourner vivre à Lorient.
Ses sœurs, Odette Rosenczweig et Rosa Roizès, ont survécu à la guerre ainsi que leur famille. La mère de Maurice, Léa, meurt en 1947. En revanche, son beau-frère, Joseph Lacheter, commerçant qui résidait à Nantes avant la guerre, a été déporté par le convoi n°51 parti de Drancy le 6 mars 1943 et assassiné à Sobibor.
Quand la famille Szczinkewitch revient à Lorient, la ville est lourdement détruite. Maurice Szczinkewitch exerce de nouveau sa profession de commerçant en habillement dans les baraques de l’Allée centrale place Jules Ferry jusqu’en 1954. Il y retrouve ses amis commerçants, notamment Léopold Rosenbaum et André Marx. Puis il réinstalle son commerce A la Belle Fermière en 1955, au 16 rue du Maréchal Foch après la reconstruction de l’immeuble.
Maurice Szczinkewitch décède le 18 février 1986 et réside alors à Larmor-Plage. Sa veuve, Marcelle Mlamid, décède le 11 février 2003 à Kfar-Saba près de Tel-Aviv, en Israël.
Sources :
Archives municipales de Lorient
Archives municipales de Paris
Archives départementales du Morbihan
Archives départementales d’Ille et Vilaine
Archives nationales
Mémorial de la Shoah
Fonds privés Alain Szczinkewitch
Notice rédigée par Alain Szczinkewitch et Françoise Pédro enseignante en histoire-géographie.