Touliou Jean-Marie


Jean-Marie Touliou est né à Ploemeur, le 23 février 1859 de Jean-Marie Touliou, âgé de trente-ans, chaudronnier au port, demeurant au village de Keryado et de Marie Perrine Horel, âgée de vingt-trois ans.  Charpentier, il épouse à Keryado, le 6 janvier 1884 : Jeanne, Louise Le Saux, âgée de 19 ans.  En 1912, il est candidat aux élections municipales de Keryado sur la liste du maire sortant Jean Stéphan et est élu le 5 mai 1912, conseiller municipal. Le 27 décembre 1916, le décès du maire de Keryado propulse Pierre Vince aux responsabilités pendant quelques mois. Le 2 janvier 1918, Jean-Marie Touliou prend en charge à son tour les destinées municipales en attendant les prochaines élections.  Devant la confiance des keryadins, il se représente l’année suivante à la tête d’une liste d’Union républicaine opposée à une liste Socialiste. La campagne électorale est un peu plus vive que d’habitude mais le 30 novembre 1919, la liste d’Union républicaine remporte l’élection et élit Jean-Marie Touliou, maire de Keryado. Ce dernier, soulage de nombreuses détresses car il connait la situation difficile de beaucoup de familles confrontées à la perte de l’être cher et à l’absence de travail pour les femmes qui après avoir admirablement servi le pays sont « ramenées » au foyer. Il n’oublie pas les valeureux keryadins tombés pour la défense de la Patrie et lance la construction d’un monument aux morts.

L’inauguration du monument aux morts
Le dimanche 31 juillet 1921, la journée de commémoration commence par la messe dominicale célébrée par le recteur de la paroisse, l’abbé Rio. Dans son homélie, il évoque avec grandiloquence l’héroïsme des enfants de Keryado « qui ont fait généreusement le sacrifice de leurs vies. » C’est ensuite l’accueil des personnalités à la mairie et dès l’arrivée d’Alphonse Rio, sous-secrétaire d’État à la Marine Marchande, les invités se dirigent en cortège vers le cimetière précédés par « les enfants des écoles, des délégations de l’U.N.C. de Keryado, de Quéven et de Lorient avec drapeau, les porteurs de couronnes » et la clique des Enfants de Lorient qui rythme la marche des participants. À la nécropole, la population encadre le monument « entouré d’obus reliés par des chaînes, au pied duquel deux crapouillots pointent leur gueule vers le ciel. » Des couronnes sont alors « déposées par la section d’U.N.C. de Keryado et la municipalité et une gerbe envoyée par l’U.N.C. de Lorient » pendant que les enfants des écoles exécutent la cantate : « Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie. » Ensuite, le maire de Keryado prend la parole et remercie le gouvernement d’avoir « délégué l’un de ses membres » pour assister à cette manifestation car « ceux qui se sont sacrifiés pour la France ne méritaient pas moins. Au jour du danger, la Patrie menacée, ils ont tout quitté, leur foyer, leur atelier, leur champ. Laissant derrière eux leurs plus chères affections, ils ont fait à leur terre natale un rempart de leurs poitrines. Beaucoup ont fait le sacrifice suprême : les uns sont tombés dès le début, en essayant d’arrêter le flot envahisseur des barbares ; d’autres sont tombés sur la Marne, en Champagne, sur la Somme, à Verdun ; d’autres faisant partie de ces équipages héroïques que vous connaissez si bien, Monsieur le Ministre, à bord des croiseurs qui surveillaient les ports ennemis, des torpilleurs, des chalutiers qui patrouillaient inlassablement pour déjouer la menace constante des sous-marins allemands, ont été engloutis dans les flots et leur mort obscures n’est pas moins glorieuse que celle des autres. La commune de Keryado a été particulièrement éprouvée par ces héroïques sacrifices ; les longues listes qui s’inscrivent dans le marbre sur les côtés de cette stèle en sont la preuve. Que les familles qui ont donné quelques-uns des leurs à la Patrie trouvent une consolation et une fierté dans ces inscriptions qui montrent que notre commune n’oublie pas. Chacun pourra se dire que ce monument est le monument du fils, de l’époux, du père qu’il pleure toujours et que ce monument est le témoignage de sa vaillance. Il est en granit extrait du sol de la Bretagne et dur comme la volonté et la résistance des enfants de Bretagne ; il est surmonté du buste d’un poilu au regard fier, à l’attitude mâle ; le Drapeau qu’il a bravement défendu l’ombrage de ses plis ; la couronne de chêne symbolise sa victoire ; la croix de guerre et la palme de laurier sur le socle récompensent sa vaillance. Simple et sobre, ce monument est indestructible comme notre souvenir. Oui, conservons pieusement la mémoire de ceux qui sont morts pour la Patrie. Nous y puiserons la conscience des devoirs que nous avons envers ceux qu’ils ont laissés et dont ils étaient souvent les uniques soutiens ; nous y trouverons le courage de défendre notre Patrie dans la paix comme ils l’ont sauvée dans la guerre ; nous y lirons la nécessité de demeurer unis malgré des divergences passagères, unis dans la volonté de refaire une France grande et prospère, comme nos morts l’ont voulu. » À la fin de cette intervention le maire fait l’appel des 148 morts au champ d’honneur et cède la parole à Joseph Bouligand, député du Morbihan. Ce dernier qui a perdu son fils unique sur le champ de bataille évoque avec émotion : Toutes ces existences si précieuses, brisées à la fleur de l’âge inclinent nos pensées à de biens amères réflexions, en nous laissant entrevoir des souffrances sans nom, stoïquement supportées, des deuils, des tombeaux, des berceaux près desquels les mères se sont demandées si c’était vraiment la peine de vivre la vie, des angoisses, des anxiétés que nos cœurs partagent. Et tout à l’heure, quand j’entendais l’appel de ces preux, dignes de leurs ancêtres à n’importe quelle époque de notre histoire nationale, mes yeux se remplissaient de larmes car, beaucoup d’entre eux m’étaient particulièrement connus. Je me représentais tout naturellement leurs figures éveillées et attentives. Leur regard déjà sérieux, quand nous parlions en classe de notre douce France et quand j’évoquais devant leurs jeunes imaginations si impressionnables la série des malheurs et des grandeurs du pays.  Monsieur Rio termine les discours en souhaitant qu’au cours des années à venir, le monument de Keryado perpétuera les noms de ses enfants et restera le fidèle témoin de leur sacrifice.

Une ville bouleversée
Après des années de dévouement au service de la population, Jean-Marie Touliou décède le 16 mai 1924. Le lendemain, Le Nouvelliste du Morbihan lui rend hommage : Très serviable, estimé de tous, M. Jean Touliou qui meurt à 65 ans, avait après qu’il eut pris sa retraite d’agent technique du port, été désigné par ses compatriotes pour les représenter au conseil municipal. Réélu en 1919, il acceptait de prendre à la tête de la municipalité la place de M. Stéphan, décédé pendant la guerre, et du jour, où il fut nommé maire, il se consacra tout entier aux fonctions qu’il avait acceptées : il sera regretté de tous ses administrés. » Le 18 mai, ses obsèques se déroulent au milieu d’une très nombreuse affluence, auxquelles assistent M. Duran, sous-préfet de Lorient, Pierre Bouligand, conseiller général du canton, député du Morbihan, Edouard Labes, conseiller général, maire de Lorient, député du Morbihan, Paul Corbierre, conseiller général, les adjoints et conseillers municipaux de Keryado et de plusieurs personnalités politiques locales.  Sur sa tombe, le sous-préfet rappelle en quelques mots la vie du disparu et souligne surtout la bonté, la bienveillance, l’affabilité et le dévouement aux intérêts de sa commune qu’il sut si sagement administrer.  Il est inhumé au cimetière de Keryado. Le 29 décembre 1931, le conseil municipal de Keryado attribue son nom à une rue de Keryado en récompense de ses bienfaits.

Recherches et texte de Patrick Bollet.

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