Weber Baptiste


Baptiste Weber (1883-1937)
Officier mécanicien
Professeur à l'école de navigation de Lorient

Baptiste Weber est né à Lorient le 12 octobre 1883 au foyer de Louis Joseph Weber et Marie Françoise Eugénie, née Rouilloux. Sans remonter très loin dans les origines familiales de l’enfant, qui comme tout lorientais est descendant d’ « immigrés », on rappellera l’arrivée à Lorient, due à la conscription et aux campagnes napoléoniennes, vers 1810, de deux jeunes gens : Dominique Weber, son grand-père paternel lorrain, et Jean-Marie Rouilloux, son arrière grand-père maternel, venu du Brionnais (au sud de la Bourgogne).

Le couple Weber - Rouilloux s’est marié et installé à Lorient. Il va souvent déménager, mais toujours dans Lorient intra-muros.
Louis Weber, fils tardif de Dominique Weber (l'ancêtre lorrain, implanté en Bretagne aux alentours de 1815 après avoir fait les dernières campagnes de Napoléon) est ouvrier ébéniste. Son salaire est maigre : on a dit dans la famille que ce salaire était "d'un sou par jour" - ce qui en fait semble fort peu…, mais son salaire est de toute façon un peu étriqué pour élever les onze enfants que lui a donné son épouse Marie-Françoise Rouilloux.

 

Malgré des conditions de vie difficile, un seul des enfants, le premier-né, meurt en bas âge. Une telle famille est devenue rare à la fin du XIXe siècle et les parents recevront du maire une médaille honorifique.

Baptiste, huitième d'une famille de onze enfants, a dû sa carrière à ses instituteurs : ceux-ci remarquèrent cet élève sérieux, intelligent et travailleur, et pesèrent de toute leur autorité pour qu’il poursuive des études secondaires – à coup de bourses évidemment. De ce rôle éminent de ses instituteurs, Baptiste gardera toujours un attachement viscéral à l'école publique, et il ne sera jamais question que ses deux fils aillent dans un établissement privé.Sur les instances donc de ses instituteurs, Baptiste est au Lycée Dupuy de Lôme de Lorient de la cinquième à la seconde, puis il est reçu à l'école des Arts et Métiers d'Angers.

En septembre 1903, à vingt ans, il signe un engagement volontaire pour cinq ans et entre à l'école des mécaniciens de la Marine à Brest. Il en sort officier mécanicien.

« [...] les officiers mécaniciens étaient traités par les officiers de pont, sortis de l'École Navale, à la morgue bien connue, comme une classe à part, sinon inférieure. Inférieure, certes, car dans les fonds des bateaux, dans les salles des machines de l'époque, dans les poussières de charbon ou les vapeurs de fioul, dans la graisse, la tenue blanche n'avait pas sa place. C'était une époque de grande mutation technique, avec les débuts de la propulsion à vapeur, et croiseurs et cuirassés, au gré des avatars et accidents de machines, allaient de réparations en rénovations. [...] » Jean Randier - La Royale – L’éperon et la cuirasse, page 192.

Durant la Première Guerre mondiale, on trouve dans les états de service de Baptiste Weber, dans la rubrique « mer-guerre », un embarquement du 1er mars au 28 juin 1917 sur le cuirassé Charlemagne. À cette époque, le cuirassé est à Salonique, division d’Orient jusqu'en août 1917. Il va ensuite rentrer, par Bizerte, jusqu'à Toulon, pour être désarmé. Dans la même rubrique « mer guerre », du 12 janvier 1918 au 4 février 1920, Baptiste est embarqué sur le croiseur Jurien de La Gravière. À cette époque, ce bâtiment évolue en Méditerranée entre Corfou, Le Pirée, Salamine et Messine. Dans les premiers jours de 1919, il ramène dans son pays le régent Alexandre de Serbie. On se souvient que les troupes serbes, épuisées par des combats incessants contre les Bulgares, avaient d'abord retraité jusqu'à Corfou, puis, après avoir été reconstituée à Salonique, l'armée serbe avait remporté, à la fin de la guerre, une belle victoire sur ces mêmes Bulgares.

Tous les officiers du Jurien de La Gravière sont à cette occasion décorés de l'Aigle Blanc de Serbie (belle décoration qui est encore conservée dans la famille de Baptiste Weber).

Début 1919 également, ont lieu les événements de Syrie - Cilicie qui mettent aux prises, les Français et les Turcs de Mustapha Kemal. Le Jurien de La Gravière est engagé dans les bombardements de la côte pour soulager les troupes du général Gouraud, durement attaquées par les Turcs : le 3 avril 1919, intervention à Mézetli, au sud de Mersina en Cilicie et le 16 avril 1919, intervention à Babana au nord de Lataquié en Syrie. Cela vaut à Baptiste la médaille du Levant.

En février 1920, Baptiste est de retour à Lorient et le 8 avril 1920, alors mécanicien principal de 1ère classe et par autorisation du préfet maritime en date du 17 mars 1920, il épouse sa cousine issu-de germain Marie Stéphanie Rouilloux, fille d'Antoine Rouilloux, premier maître charpentier retraité (médaillé militaire et chevalier de la Légion d'honneur) et de Marie Louise Le Meur. À l'origine, elle est issue d'une famille de fermiers qui tenaient la ferme du château de Keroman. Propriété d'Ernest hello, elle y naît en 1889 le 16 mars 1889.

De juillet 1920 à août 1922, Baptiste est affecté à Paris, au Ministère. Une petite fille naît en 1921, mais meurt quelques jours après une naissance au forceps. André naît le 19 mai 1922. Après quelques mois passés à Lorient, il est affecté pour deux années, de janvier 1923 à février 1925, sur le Courbet, un vieux cuirassé stationné à Toulon. C'est là que Jean, leur second fils, naît.

En février 1925, la famille Weber rejoint – définitivement – Lorient. Elle habite rue de La Ville-en-Bois, un quartier calme au bord du Scorff. Baptiste y a fait construire une petite maison, agrandie ensuite en y juxtaposant une aile.

 

Retraité, Baptiste est professeur à l’école de navigation de Lorient et membre de la commission d’examens de la marine marchande. Sa santé se dégrade. Il maigrit beaucoup et ses jambes se gonflent d'œdème. De jour en jour, il ne va plus guère quitter sa chaise-longue et il va décliner régulièrement jusqu'à sa mort fin 1937, sans que le vieux médecin de famille y ait fait – ou pu faire – quelque chose. De quoi est-il mort ? La question est restée sans réponse. Il avait été souvent malade lors de ses embarquements pendant la guerre et dans son dossier militaire, il est réformé depuis 1929 pour pleurésie.

Baptiste Weber décède à Lorient le 29 décembre 1937, à l'âge de 54 ans. Sa veuve, Marie Rouilloux décède à Paris, 30 ans plus tard, en décembre 1967.

 

 

Sources : Mémoires et archives personnelles de Jean Weber ; dossier nominatif du Service historique de la défense (SHD)
Texte rédigé par Anne Weber, petite-fille de Baptiste Weber

En 2023, les Archives de Lorient reçoivent en don de la petite-fille de Baptiste Weber, un cahier d’école rédigé durant l’année scolaire 1895-1896, jusque-là précieusement conservé dans la famille. Ce cahier, rédigé durant l’année scolaire 1895-1896 par Baptiste Weber, entre alors dans les fonds des Archives municipales (5 Z 191).

Retour en haut