Hôtel Gabriel


En 1731, décision capitale : Lorient devient, à la place de Nantes, le siège des ventes de la Compagnie des Indes. Alors commence l’ère des grands travaux et de la pierre de taille. Réputée richissime, la Compagnie voulait avoir, dans l’Enclos, des édifices dignes d’elle. Elle s’adresse au maître architecte Jacques V Gabriel pour dessiner le plan d’embellissement de l’Enclos. Gabriel dirige dans le même temps la reconstruction de Rennes et délègue à Louis de Saint Pierre, ingénieur de talent qui a déjà travaillé sous ses ordres à Versailles. L’entrepreneur et architecte Gervais Guillois, déjà coutumier des chantiers royaux, rejoint l’équipe de concepteurs. De cette association naît le projet d’une grande cité entièrement vouée au négoce maritime. Les premières constructions débutent en 1733.

Jacques V Gabriel est chargé d’établir un programme architectural cohérent comprenant un hôtel destiné à accueillir la salle des ventes de la Compagnie des Indes. À partir de 1734, les ventes s'effectuent à Lorient, on y vient en octobre des quatre coins de l’Europe.

L’Hôtel s’inscrit dans un ensemble de style classique avec les bâtiments au sud, la place d’armes et la balustrade frontale de l’enclos des quinconces au nord. L’Hôtel des ventes conjugue des fonctions commerciales, de représentation et de résidence. À l’origine, il devait comprendre un grand corps de logis central relié à deux pavillons par deux galeries surmontées d’une balustrade, nettement en retrait. Le corps de logis ne fut jamais exécuté. Seuls les deux pavillons furent édifiés par Gervais Guillois et Louis de Saint Pierre dans la continuité de Jacques V Gabriel.

Suite à sa suppression en 1769, la Compagnie des Indes cède l’ensemble de ses propriétés à la Marine Royale qui hérite donc des deux pavillons. Ils accueillent entre 1783 et 1784 le Conseil de Guerre qui fait suite à la défaite des français contre les anglais lors de la bataille navale des Saintes aux Antilles (1782) pendant la guerre d’indépendance des États-Unis. Le bâtiment est délaissé pendant la période révolutionnaire. En 1808, il devient le siège de la Préfecture maritime et de la Majorité générale (commissariat de la Marine).

 Le 22 septembre 1930, il est classé Monument historique, plus précisément les façades, la salle du conseil (salle publique d'adjudication) et la toiture des deux Pavillons.

Durant la seconde guerre mondiale, les bâtiments, occupés par les Allemands, accueillent le poste de commandement de la Marine allemande et la direction vichyssoise du port. Un blockhaus et une cave sont aménagés en sous-sol, sous la cour centrale. En 1943, l'Hôtel Gabriel est très endommagé par les bombardements, la salle du conseil est totalement détruite. Seul les façades sont encore pour partie debouts.

On retrouve la symétrie du style classique. L’élévation développe une rythmique harmonieuse et originale des groupes de travées, obtenue par la succession des avant-corps et par l’alternance des baies (fenêtres de lucarnes, oculi). Les ouvertures donnant sur la place s’élèvent sur deux niveaux et se prolongent en lucarnes de différents modèles afin de faire jouer la perspective.

Les pavillons ont un plan en forme de U et sont constitués d’un soubassement en pierre de taille de granit et de tuffeau. Les toits sont recouverts d’ardoises. Cette alternance de matériaux contribue à donner à l’ensemble rigueur et majesté. Du côté de la place d’Armes, les avant-corps ont une élévation à trois niveaux, comprenant cinq travées formées par les ouvertures sur la hauteur. Des chaînes d’angle et des jambes encadrent l’entrée et rythment verticalement la façade. Des éléments végétaux et floraux viennent orner lucarnes et oculi. Les baies sont surmontées de rinceaux.

Les autres façades des avant-corps sont organisées en quatre travées. Les élévations des pavillons côté jardin et côté cour sont identiques. Elles offrent une décoration plus simple, sans ornementation.

Dans le pavillon ouest, la baie de la travée centrale est animée dans la partie haute par un mascaron représentant Athéna, figure de la mythologie grecque. Déesse de la guerre et de la sagesse, patronne des artisans et des techniques, Athéna symbolise le savoir-faire particulier de la construction navale. Elle est ici représentée avec ses principaux attributs : le casque et l’armature, la lance, la flûte et la partition, la chouette, les instruments de navigation : compas, équerre, longue-vue.

Dans le pavillon est, Hermès, dieu du commerce, gardien des routes, des carrefours et des voyageurs est à l’honneur. Ses principaux attributs sont représentés : le pétase ailé (chapeau rond) et le caducée composé d’un bâton surmonté de deux ailes autour duquel s’enroulent deux serpents qui se font face à son sommet.

La rigueur et la symétrie sont d’avantage accentuées par l’ordonnance du jardin à la française. Il montre une ambition à la fois esthétique et symbolique. Ici, la nature est corrigée pour imposer des effets de symétrie. Traversé d’un axe perspectif, le jardin est harmonieusement rythmé par l’alternance de parterres géométriques, l’alignement des arbres et des allées et la présence d’un plan d’eau au centre. Au sud, une terrasse surélevée permet de saisir l’agencement du théâtre de verdure. Un portail de sobre stature ferme la cour intérieure.

Après la guerre, la reconstruction est compromise du fait des projets de ceinture verte devant séparer la Ville de l'Arsenal dont les limites ont varié dans le temps (bande de 300 m puis de 100 m). Les travaux qui démarrent en 1956 s'échelonnent jusqu'en 1959. Il s'agit d'une reconstruction à l'identique pour ce qui concerne l'extérieur du bâtiment, l'intérieur étant complètement réaménagé en fonction des besoins en bureaux de la Marine. En 1959, l'État-Major de la Marine s'installe dans l'aile la plus proche (aile Ouest) de la Tour de la Découverte ainsi que les services techniques, tandis que l'autre aile est dévolue à la Direction du Commissariat de la Marine, aux services de surveillance des opérations, au service de la Santé et divers services administratifs.

Enfin, il existe deux abris en sous-sol pouvant servir de postes de commandement (une cave et un blockhaus datant de la Seconde Guerre mondiale). Aujourd'hui donc, la dimension originale du bâtiment a complètement disparu. En juillet 2000, la Marine quitte l’Hôtel Gabriel.

Les Archives municipales de Lorient présentent dans l’aile Est, l’exposition « 1 ville, 1000 visages, 100 ans de photographies à Lorient » du 16 juin au 20 décembre 2001. Depuis, plusieurs expositions sont ainsi présentées chaque année. Le service de l’Animation de l’Architecture et du Patrimoine s’installe dans l’aile Est en janvier 2007. La fin de l’année 2009, marque l’arrivée des Archives dans l’aile Ouest.

© 2018 - Site officiel des Archives et du patrimoine de la Ville de Lorient

Retour en haut