Les principales opérations militaires pendant la poche de Lorient.
Durant les mois que dure le siège de la Poche de Lorient, la plupart des activités se cantonne à des patrouilles dans la zone entre les deux lignes de front, pour tester les positions adverses. Ces patrouilles peuvent donner lieu à quelques échauffourée ou parfois des combats un peu plus violents.
Le 6 août 1944, la RAF (Royal Air Force) bombarde la base de sous-marins de Keroman, causant des dizaines de morts côté allemand. Toutefois, l’édifice n’est pas inquiété et seule une bombe endommage le toit du bloc K3. Par la suite, les attaques aériennes, menées par l’aviation britannique et l’aviation américaine qui profite des missions pour effectuer de nombreuses photographies aériennes de repérage, ralentissent pour finir par cesser.
L’aviation alliés est stationnée au camp de Meucon.
Le 26 août, alors qu’il bombarde la zone allant de Kervignac à Port-Louis, un appareil est touché par un tir de la Flak (DCA) et s’écrase dans une exploitation située à Kérastel (Riantec) faisant outre le pilote, une victime civile.
Le 21 septembre, se succédant par vagues de quatre ou cinq, pendant près d’une demi-heure, des avions bombardent le pont du Bonhomme enjambant le Blavet et reliant Kervignac à Lanester. Bien que suffisamment endommagé pour rendre la traversée impossible, les Allemands ne mettent que quelques semaines pour le remettre en état de circulation. De son côté, l’aviation française, composée de Douglas A-24 du groupe 1/18 Vendée, est principalement chargée de repérer les installations ennemies. Toutefois, ses avions effectuent parfois le pilonnage de positions ou navires allemands comme le 12 avril 1945 où ils bombardent une pinasse.
Les tirs d’artillerie visent principalement les observatoires comme les clochers d’église où sont postés les observateurs allemands (Guidel, Merlevenez, Plouhinec…). L’armée américaine va mettre près de quatre mois pour détruire le clocher de Guidel le 3 février 1945 et tuant ainsi près de 27 civils au cours de cette période.
Les batteries allemandes sont également des cibles privilégiées notamment la plus puissante, celle du Bégo (Plouharnel). Entre septembre et novembre 1944, plusieurs tentatives pour la rendre non opérationnelle, se soldent par des échecs.
Les infrastructures, les dépôts de munitions et de carburant sont aussi des cibles de choix. À l’automne 1944, l’arsenal maritime de Lorient subit des dégâts considérables. Le 27 janvier 1945 à Kermalo (Guidel), il s’agit des dépôts de munitions de mitrailleuses et fusils, le 9 mars à Merlevenez, c’est au tour d’un dépôt de munitions, le 13 avril à Kerloeïz (Riantec) les dépôts de carburant sont visés.
Quant aux Allemands, ils pilonnent les positions des FFI et des Alliés, notamment sur les communes de Landévant, Brandérion, Languidic, Inzinzac et Cléguer. Six membres de la famille Le Roux sont ainsi tués à Languidic. Entre le 24 et le 26 avril 1945, ils ne tirent pas moins de 250 obus.
Des missions sont assignées à l’artillerie lourde américaine dont la destruction des trois canons de 340 mm de la batterie du Bégo à Plouharnel. Le 15 avril 1945, depuis le secteur est de Lorient, la Task Force[1] de Quiberon, détruit un des canons, avant d’être rejointe par une section de huit obusiers et de canons de 155 mm à partir du 24 avril. Le lendemain, la batterie est rendue inutilisable. Le 30 avril, la force d’intervention de la batterie B du 540e bataillon d’artillerie de campagne, basé à l’Ouest de la Laïta avec ses canons de 155 mm, détruit les canons de 203 mm installés sur l’île de Groix.
Le 4 mai 1945, Kernevel, Keroman et Gâvres essuient les derniers bombardements alliés.
Sur 144 civils tués par des tirs d’obus dans la Poche de Lorient, 90 seraient victimes des bombardements et tirs de l’artillerie des Alliés alors que 54 serraient dus aux tirs de l’artillerie allemande.
Source :
Leroux Roger, Le Morbihan en Guerre
Le Guen, 277 jours dans la Poche de Lorient
Rondel Éric, Les Poches de l’Atlantique Lorient - Saint Nazaire
[1] Task Force = force d’intervention : organisation temporaire d’une force opérationnelle créée pour exécuter une tâche donnée
Texte et recherches de Romain Bodiou-Biglietto