Son entourage lui demande de relater ses conditions de déportation pour qu'elles soient entendues par les Keryadins et les membres du parti communiste local. Il écrit alors son histoire dans un simple cahier d’écolier :
Chers camarades, ce n’est pas sans émotion que je vais revivre, avec vous ce soir, les 2 années ½ que j’ai passé en captivité. Je ne suis pas orateur mais je tâcherai, puisque de nombreux camarades me l’ont demandé, de vous faire sentir pourquoi nous avons luttés et contre les boches et contre les Vichyssois. Avant tout, je voudrais que nous observions 1 minute de silence à la mémoire et en l’honneur des 51 000 camarades de nations diverses, morts et martyrisés au camp de Buchenwald, victimes de la sauvage répression nazie doublée des collaborateurs en pays occupés… et maintenant camarades, en route pour les prisons et le bagne.
11 octobre 1942. Depuis 3 mois, les camarades avec qui j’étais en liaison étaient arrêtés, pas un ne m’avait vendu et pourtant je sais qu’ils ont été maltraités par la Police spéciale politique française ce qui équivaut à la Gestapo.
Malgré tout, depuis plus d’un que nous travaillions à former la résistance, ce 11 octobre devait m’être fatal. L’inspecteur Poirier natif de Keryado, dont peut-être quelques camarades ont entendu parler ou connaissent même. Ce dit inspecteur procéda à mon arrestation.
Évidemment, il n’était pas seul. Pour un bandit comme moi, il a fallu 5 inspecteurs et le commissaire. Cette arrestation subite, 3 mois après les camarades, m’a bien surpris ; enfin passons. Je fus amené chez mes parents en voiture et bien gardé, là, ces messieurs procédèrent à une perquisition en règle où, d’ailleurs, ils en furent pour leurs frais, je connaissais les mots d’ordre du parti. Jusqu’à cet instant, je ne savais ou tout au moins n’étais pas sensé [de] savoir pourquoi l’on m’arrêtait. En cours de route avant d’arriver au commissariat, les inspecteurs et le commissaire commencèrent leur petit travail de curieux, pendant lequel j’observais le plus grand silence. Enfin l’on m’amena en cellule où je restais 4 h avant d’être à nouveau interrogé, là, je commençai à penser et à préparer un plan défensif, car je savais pertinemment bien, que je n’étais pas ici pour 5 minutes ni pour un renseignement comme ils voulaient me faire croire.
Bref, vers 4 heures, l’on me fit sortir et passer devant mes premiers gardiens. Là encore je n’ai avoué appartenir à un mouvement quelconque de résistance. Seulement, il y avait une preuve flagrante de mon activité, un camarade qui, quelques mois avant ceci, m’avait apporté du matériel. Ce fis prendre à Quimper la veille de mon arrestation et, parla, je n’anticipa pas, puisque n’ayant jamais su comment il fut amené à parler, est-ce sous les coups, est-ce avec l’espoir de s’en tirer, je l’ignore encore. Seulement ceci suffit à me faire écrouer, le lendemain à la prison de Lorient, sous inculpation d’activité communiste. Ici va se dérouler 3 semaines de mon existence de détenu, 3 semaines avec de tristes individus au casier judiciaire plus ou moins chargé, 3 semaines avec le sang sucé nuits et jours par les puces et les punaises, 3 semaines dans la crasse et l’humidité d’une petite cellule où nous étions de 5 à vingt. Puis le 4 novembre à 7h00, c’est le départ pour Rennes, où paraît-il, je dois passer au tribunal spécial. Ici nouvelle prison aussi infecte que la première et pourtant plus sympathique ? Là au moins j’étais avec des camarades arrêtés pour le même délit ? Les jours s’écoulent, puis arrive le 10 nov. C’est aujourd’hui que je dois paraître devant la fameuse cour spéciale. Jusqu’à maintenant, physiquement je n’ai pas souffert. En route pour la sentence. Belle salle, pleine de dorures où, menottes aux mains je fais irruption.
Quelques minutes de discussion avec mon avocat, l’huissier annonce « La cour » avec le président en robe rouge, vieille baderne de la bourgeoisie décrépie, accompagné de 6 autres plus jeunes. Quelques minutes d’interrogatoire d’identité, quelques autres sur mon activité. Puis délibération et retour avec la sentence. Pour avoir reçu et exécuté les ordres de la 3ème Internationale, pour avoir surtout combattu pour mon idéal et ma patrie, je suis condamné à 1 an de prison, 1 200 Fr. d’amende et frais de justice ? C’est fini, à nouveau menottes aux mains, retour à la prison. Comment ma famille va-t-elle prendre ce nouveau coup ?
Dans ma cellule, je réfléchis sur mon sort, un an de prison, la peine est relativement légère.
Combien de camarades en outre des pères de familles sont victimes de 3 à 5 années de centrale même de travaux forcés, combien déjà sont morts et combien encore dans la lutte tomberont victimes de la terreur fasciste et des uniques cours spéciales crées à cet effet. Le sénile Maréchal Pétain qui, provisoirement préside aux destinées de notre patrie excelle dans l’exécution des ordres donnés par Hitler, son maître de Berlin, contre les patriotes, contre notre parti, contre tous ceux qui luttent pour la bonne cause : une justice d’exception, pas de la vraie Justice, a été instaurée pour frapper plus fort et plus sauvagement.
Également des bandes de matraqueurs à solde racolés parmi des individus de basse moralité, ont été organisées. La force sauvage s’opposant à la raison, la barbarie fasciste oppressant tout un peuple qui refuse la collaboration et répondant à la voix et aux mots d’ordres de notre parti, s’organise pour la résistance, contre l’envahisseur et la conquête de sa liberté.
Non ! La terreur de la répression n’étouffera pas notre volonté de lutte, le sang de nos martyres ne coulera pas en vain. La victoire finale sera notre, le fascisme sera vaincu.
À l’heure où je vous parle, chers camarades, j’ai la joie immense de constater que mes pensées du moment se réalisent largement. La France est libérée, le nazisme hitlérien expire sous les coups victorieux de l’armée rouge et de ses alliés. Une ère nouvelle s’ouvre ; également les bases d’une société nouvelle sont jetées dans les nations libérées, le socialisme s’édifie. Par leur travail : des hommes vivant égaux, honorablement dans la paix et la liberté ?
Je passe maintenant mes derniers jours à Rennes. Puis le 14 novembre départ pour Fougères ; cette fois habillés de bure, costume pénitentiaire, cheveux coupés à ras, pieds et poings liés, avec un condamné du droit commun. Quelques heures en chemin de fer départemental. A Fougères, nous sommes enfermés dans un monastère affecté en prison, dans une cave où, nous sommes entre 30 et 40. Ici hélas ! Je n’ai pour compagnons que des bandits, des repris de justice, voire même des assassins. Je reste seul, comme détenu politique, pendant 6 mois, avec un régime inférieur au droit commun. Avec un directeur de prison qui ne peut me souffrir, en butte continuelle avec les droits communs, inutile de chercher à faire de la morale à ses individus tarés. Enfin, je supporte cela pendant onze mois. Puis vient le jour de ma libération, ma peine de prison est finie. Nous sommes le 11 octobre 1943.
Le surveillant chef m’appelle, et c’est pour m’apprendre que je suis maintenu jusqu’à nouvel ordre. Pourquoi ? Comment ? Il ne juge pas nécessaire de m’avertir, malgré tout, j’ai compris maintenant, je vais passer aux Allemands. Résultat de la bonne collaboration.
Le 23 oct., les gendarmes m’amènent à la prison allemande de Rennes. Ici, je suis tenu au secret pendant une dizaine de jours, pas le droit d’écrire, de recevoir de colis, de chanter, de siffler, épié nuits et jours. Enfin un soir on nous appelle car je ne suis pas seul à partir, je retrouve avec une joie, mêlée d’amertume deux de mes anciens camarades de cellules de Rennes d’il y a plus d’1 an. Et c’est le départ pour Compiègne où nous faisons connaissance avec le premier camp de concentration allemand. Il y règne un esprit de camaraderie, de communauté malgré la direction détenue bourgeoise, ici pour des motifs plus ou moins variables, de cette direction qui n’hésitait pas à vous vendre si vous tentiez de vous évader, ils avaient peur des représailles. Ici nous formons des popotes collectives. Nos modestes ressources sont mises en communs, nous partageons nos peines, nos joies, nous constituons une petite famille. L’homme isolé est faible.
Enfin nous passons ainsi 2 mois, puis un beau jour, appel général, nous savons ce que cela veut dire, c’est le départ pour l’Allemagne pour de nouvelles et pires souffrances. Nous partons, 2 000 dans des wagons à bestiaux, 100, 120, 130 par wagon. Nous sommes entassés pire que des bêtes et nous roulons lentement. Pendant combien de temps ? C’est bientôt la nuit et avec la nuit les tentatives d’évasion, aussitôt réprimées à coups de F.M. et si cela se reproduit, l’on vous enlève tout, vêtements et chaussures. Bientôt l’air commence à se raréfier, le wagon est bien clos, sans la moindre ouverture. Déjà plusieurs camarades tombent sans connaissance. Nous crions au secours, nous demandions de l’eau à chaque arrêt, hélas, seul le rire, et les insultes de ces brutes nous répondaient. Et nous continuons de rouler. Enfin à Trèves, arrêt. Cette fois l’on nous donne un breuvage brûlant, puis l’on referme brutalement et hermétiquement les portes. Presque aussitôt l’on recommence à étouffer, ces sales boches l’ont bien fait exprès. Des camarades crient, hurlent comme des fous, se déchirent le visage, se battent entre eux, d’autre tombent encore inanimés. Moi je suce sans arrêt des espèces de volets rouillés, pour me calmer la soif. La soif, la pire torture que j’ai jamais connu. Nous sommes presque tous pris de diarrhée. Nous pataugeons dans les excréments, sur les bras, les jambes, parfois sur la tête d’autres camarades, nous ne nous rendons même pas compte de ce que nous faisons et, pour combien de temps allons nous rouler ainsi. Quelques fois des arrêts brusques, dus au signal d’alarmes. Plusieurs camarades sont morts asphyxiés, prémices des tortures nazies.
Enfin cette fois, arrêt définitif, ceux des camarades qui sont encore à peu prêt normaux tentent de se rendre compte où nous sommes, hélas nous ne voyons rien, rien que la nuit partout.
Puis brusquement, l’on entend des ordres donnés à voix rauques et bestiales, les premiers wagons sont ouverts et avec eux commence une cacophonie horrible, cris de chiens enragés, hurlements de bêtes sauvages, d’hommes qu’on égorge. Sommes-nous donc à la dernière heure de notre vie ? Et soudain c’est notre tour.
À peine la porte ouverte nous discernons deux brutes monter dans le wagon et frapper, frapper à tour de bras. Nous avons à peine la force de réagir cependant, les uns après les autres nous sautons pour recevoir de nouveaux coups. Malheur à celui qui tombe et ne se relève pas assez vite, il sera abattu comme un chien. Enfin, à coups de matraques, à coups de crosses, l’on est réuni, l’on s’aperçoit alors, que l’on est en pleine forêt. « Buchenwald[1] » (forêt de hêtres).
Nous nous acheminons soit lentement soit en courant selon le gré de nos tortionnaires et toujours sous les coups. Enfin l’on pénètre[2] dans le camp. Derrière les barbelés[3], d’où je ne devais sortir que 16 mois après, parmi quelques rescapés.
On nous fait passer à la désinfection[4], là on nous enlève tout, on nous met entièrement nu, ensuite, nous sommes tondus de bas en haut puis douche brûlante ou froide, ensuite désinfection au formol (ceci est encore une souffrance, ça vous brûle terriblement, j’ai vu des camarades en pleurer). Puis, l’on nous amène après avoir été vêtu de hardes ridicules, et chaussés de claquettes, dans le fameux camp de quarantaine[5] où, après discussion avec l’un et l’autre, on peut quand même s’assoupir sur des espèces de lits planches à 3 étages. Sept, huit ou neuf sur un espace de deux mètres. Evidemment sans couverture et faut batailler. Combien y a t-il eu de mort dans notre voyage ? Je ne l’ai jamais su. Parti de Compiègne, le 17 janvier, nous sommes arrivés à « Buchenwald » le 20. Ainsi nous avons passé, 3 jours et 2 nuits, en voyage infernal. La vie commence maintenant avec tous les inconvénients de la quarantaine. Piqûres[6], corvées etc. En plus que, comme hommes de confiance l’on nous a imposé 2 ou 3 Polonais droit commun, des types aussi brutes que les SS. Le matin, à quatre heures, levé et vivement, autrement gare à la matraque, aussitôt l’on est aligné dehors du bloc une demi-heure au moins avant l’appel du matin, et, ici il ne fait très chaud, tous les jours la température baisse. La neige commence à tomber ou parfois le brouillard. En plus, nous sommes évidemment bien placés, le camp, bâti en pleine forêt sur une hauteur de 500 mètres, sur le flanc nord est continuellement sujet à des sortes d’intempéries. Après l’appel, on nous conduit au lavabo[7], pièce très grande dans une baraque où nous nous lavons 300 à la fois. Pendant ce temps, les autres attendent dehors, puisque nous sommes à 800 au moins par bloc. Ils attendent ou nous attendons, [] invariablement sous la pluie torrentielle ou la neige ou, le gel. Beaucoup de camarades ne peuvent supporter cela, et bientôt commence les pneumonies, pleurésies etc. dont, bien peu en réchappe. Puis l’on nous distribue un quart de café ersatz[8], notre 1/3 de boule[9], qui hélas ira en se raccourcissant toutes les semaines, quelquefois un bout de margarine[10] et, au travail. Nous allons à la carrière[11] chercher des pierres, qui servaient à paver la cour du crématoire. Cette carrière est retirée à l’extérieur ouest du camp. Il faut descendre à pic dans la boue qui vous colle aux claquettes, pas de facilité de marcher en plus les SS et leurs chiens qui vous martyrisent à tour de rôle, la cravache marche dure, les coups ne coûtent rien. Ces hommes ne portent pas la tête de mort, comme insigne, pour rien. Je subis ainsi le martyre du petit camp jusqu’au jour où nous réussissons à nous organiser à recréer, même au camp, même au bagne, nos cellules politiques. Ceci ne va pas sans danger, car, nous ne sommes pas que des politiques, il y a des voleurs, des assassins, des souteneurs, des pédérastes, et en plus toutes les nationalités. Malgré tout, après maintes difficultés, nous réussissons ce tour de force. Nous réussissons à organiser, car, parmi tout ce chaos de bagnard, nous avons beaucoup à faire, certains n’hésitent pas à se faire l’espion des SS afin de toucher davantage de nourriture. A cette époque, les camarades responsables de notre parti me font entrer comme coiffeur à la blanchisserie du camp.
Ceci m’aura sauvé la vie. Car jamais je n’aurai pu tenir en ce lieu maudit. Puis, je monte au grand camp. Celui-ci est composé de 6 rangées de blocs en bois de 50 m de long faites pour 200 personnes où nous étions 400 ou 500. 3 rangées de blocs en ciment du double de nos blocs puis vient derrière le petit camp et ses horreurs, son manque d’hygiène (nous mangions à 10 dans la même gamelle). Le camp est doté de beaucoup de baraques modernes telles que la cuisine, la blanchisserie, la cantine[12] (où nous ne pouvions rien acheter), un cinéma, une maison de tolérance avec 30 femmes (dans laquelle seuls les Allemands avaient accès), l’Institut recherche[13], la Pathologie[14] et enfin le bloc des cobayes[15]. Ces trois derniers bâtiments servaient à faire des expériences sur le corps humain : dans la Pathologie, bien des hommes ont été disséqués vivants ; dans le bloc des cobayes, là, il y rentrait des camarades bien portant, auxquels on inoculait le typhus et d’autres maladies, puis un contre vaccin, évidemment, inutile de vous dire que pourtant 80 % des camarades en mourait. Puis là-haut, à gauche de la place d’appel[16], il y a un bâtiment bas sur lequel s’appuie une cheminée d’usine, c’est le crématoire[17], cauchemar de tous les détenus.
Ce crématoire est composé de diverses pièces. Au sous-sol, les salles de tortures, la baignoire électrique, la chaise à bastonnade (dont beaucoup d’entre vous ont pu voir la photographie sur l’Humanité) où, chaque supplicié recevait de 25 à 50 coups de matraque sur les fesses, tout cela pour des futilités, pour avoir oublié de se décoiffer devant un SS ou d’autres cas analogues. Et dans les deux angles de la pièce, les crochets de boucherie qui servaient à pendre les camarades ou à les torturer en les pendant, les bras retournés, les omoplates désarticulées. Combien de camarades, entre autre des soldats de l’armée rouge ont été ainsi martyrisés, ont eu la tête coupée par ces sales boches, alors qu’ils n’étaient même pas morts. Jamais camarades, je n’oublierai cela, ni moi ni ceux qui ont vu ces horreurs. Jamais je n’oublierai les 800 camarades entassés les uns sur les autres d’où est sorti, à la libération, un homme encore vivant.
Je continue dans la visite de cet enfer. Au-dessus de cette salle à supplices sont construits les fours. Ces derniers, au nombre de 6, sont reliés directement au sous-sol par un monte-charge[18] électrique, (les SS font bien les choses) et ils fonctionnent sans arrêt. Pas assez vite pourtant puisqu’il a fallu faire une fosse commune. Cette fosse qui contient des milliers de victimes, c’est sans doute cela que les boches et la presse pourrie appelaient « Catine ???. » . Rien que les trois premiers mois de cette année, il est mort plus de douze milles camarades à l’hôpital sans compter les autres qui furent pendus ou morts en Kommando extérieur. Dans les usines de Dara, la fameuse usine souterraine où les camarades descendaient le matin, il ne faisait pas jour, et quand ils montaient après la journée de travail forcé, il faisait nuit. Cela ne peut n’y ne sera oublié, il faut que chacun comprenne que la mort et la torture n’aura pas servit à rien.
Nous ne devons pas oublier les 17 000 camarades assassinés sauvagement par les hordes de bandits SS, au Kommando Gotha, assassinés parce que ne pouvant pas suivre l’évacuation. Je ne veux pas m’étendre sur la vie que j’ai passé à Buchenwald. J’eu de la chance grâce à l’action constante de notre organisation d’être toujours en Kommando où ne paraissait guère de SS. Cela m’évita de passer les heures d’appel sur la place ou 25 000 camarades étaient contraints de rester sous n’importe quel temps.
Autre problème, autre difficulté, celui de la solidarité. Lorsque nous sommes arrivés, elle n’existait pas. La majorité des autres détenus arrivés avant nous étaient pour la plupart frontaliers ou condamné du droit commun, auxquels il était impossible de demander quelque chose. Ces individus ne connaissaient même pas leur devoir de français. Il a fallu lutter, lutter sans arrêt contre les perturbateurs, éliminer lentement les agents de la gestapo, ceci dans le plus grand secret.
Seulement, il y a une chose qui existait et qu’il faut que vous sachiez : les plus rétifs à cette solidarité et, qui malheureusement étaient nombreux, c’était toujours les mêmes. Je ne veux ici influencer quiconque ni faire de parti pris. Que ceux qui connaissent des anciens déportés de Buchenwald se renseignent ! je disais donc que c’était toujours les mêmes.
La classe bourgeoise toujours en butte sourde, les vieux officiers de l’armée française, tous ces vieux poilus qui ne voulaient pas comprendre qu’ici il fallait se soutenir. Qu’ici il y avait des malades dont les soins nécessitaient du sucre. Qu’ici il y avait 800 enfants de 3 à 12 qui avaient besoin de soutien. J’ai vu de mes propres yeux un commandant voler du pain à un camarade. J’en ai vu trafiquer pour un bout de cigarette, j’ai vu un prêtre détourner les rations des camarades. J’ai vu un industriel de Paris refuser de donner un chandail, pour un camarade qui travaillait à la terrasse, qui n’avait qu’une malheureuse chemise du camp, alors que lui en portait cinq, reçues de chez lui ou par la Croix Rouge. Et d’autres cas que je pourrais vous citer et se chiffrer. Alors que j’ai rarement vu un ouvrier refuser d’adhérer à la solidarité et y apporter ses possibilités de ressources. Pourtant nous l’avons réussi, nous avions réussi plus fort, puisque nous avions réussi à créer, un contrôle politique, des discussions politiques, une armée secrète politique, à avoir un poste émetteur-récepteur en secret, à pouvoir camoufler 800 fusils provenant des usines dépendantes du camp. Les usines où nous fabriquions les fameuses V1, ainsi que des armes automatiques, et où aussi nous faisions un sabotage secret malgré les SS, malgré leurs espions. Voilà ce qu’a été le résultat de notre action et ce qui devait sauver la vie à plus de 21 000 camarades. Je passe sur beaucoup de choses pour arriver au 11 avril 1945, jour de notre libération. Le dimanche avant, c’est à dire le 8, les SS amenèrent alors du renfort et plusieurs milliers de camarades durent partir sous les coups, plusieurs furent tués sur place. Le lendemain et surlendemain de même le mercredi 11, l’évacuation n’était plus possible, malheureusement sur 60 et quelques milles, 21 000 sont restés. 21 000 camarades prêt à tout. Quelques heures après l’alarme aux troupes SS, les armes automatiques entrèrent en action. Mais pour peu de temps. À 15h00, les blindés de la 3ème armée américaine étaient en vue des deux côtés du camp. Aussitôt, nos troupes d’assaut, formées par des vaillants camarades en majorité communistes, éduqués secrètement durant la détention et armés des 800 fusils camouflés, se lancent à l’attaque. À 15h30 s’emparent de la porte d’entrée du camp. Bientôt arrivèrent les premiers prisonniers SS encadrés par les camarades armés. Juste retour de chose. Nous firent ainsi ce jour, près de 300 prisonniers malheureusement cela nous coûta la vie d’un camarade, inutile de vous dire que ces bandits Nazis tentèrent de se défendre. Autant est grande leur arrogance devant des hommes enchaînés, autant ils sont pleutres et veules devant un nombre supérieur armé. Plusieurs de ces boches s’étaient d’ailleurs camouflés en détenu ou avaient tenté de le faire. Pourtant pas un ne fut exécuté, nous leur avons montré ce que sont des hommes luttant pour un idéal propre. Et dire que ces bandits devaient nous exterminer. L’heure de notre délivrance, nos camarades, occupant la porte du commandant SS, interceptèrent une communication téléphonique demandant si tous les détenus avaient été liquidés et nous sûmes par la suite, qu’une compagnie de lance-flamme d’être envoyée à Buchenwald pour bien finir de lui donner sons nom maudit de Montagne de la Mort.
Aujourd’hui, tout est fini, l’Allemagne est vaincue, le nazisme est écrasé en Allemagne et partout où il avait tenté de naître. Malgré tout, malgré l’horreur et la souffrance, aujourd’hui, les 2 447 français rescapés sur plus de 20 000 français ayant passés par Buchenwald sont encore prêt à reprendre la lutte s’il le faut et souhaite en finir une bonne fois avec toute division et toute politique impropre. Nous devons en finir avec l’exploitation de l’homme par l’homme, cause de toutes ces horreurs. Tous unis en une France rénovée.
Vive la Russie soviétique, gloire à ces milliers de fils morts à Stalingrad pour que vive les peuples. Vive l’Amérique, Vive l’Angleterre, Vive la France.
[1] Le camp de Buchenwald a été créé pendant l’été 1937 et ouvert le 16 août 1937, sur la colline de l’Ettsberg près de Weimar, en Bavière. Il était initialement destiné aux adversaires politiques du régime nazi, aux criminels, aux Juifs et aux homosexuels.
[2] Le bâtiment de la porte construit en 1937 était l'unique entrée et sortie du camp de détenus et en même temps la tour principale de garde, depuis la plateforme supérieure de laquelle tout le camp peut être surveillé. Dans l'aile ouest du bâtiment se trouvaient les cellules d'arrêt, nommées bunker, de l'autre côté les pièces de service du commandant du camp. Le portail en fer forgé du camp porte l'inscription «Jedem das Seine» (à chacun son dû). Citation: Suum cuique per me uti atque frui licet - si cela ne tenait qu'à moi, chacun devrait pouvoir utiliser son dû et en jouir. Phrase de Marcus Porcius Caton (234-149 av. J.-C.), reprise dans le Corpus iuris civilis (corpus de droit civil), Digestum I,1: § 10. La phrase fut encastrée en 1938 dans le portail du camp, de telle façon qu'elle pouvait être lue de la place d'appel.
[3] Un impénétrable système de sécurité composé d'une clôture et de miradors entourait le camp. Le système de clôture était composé d'une bande de sécurité avec des chevaux de frise et des fils de fer tendus au ras du sol, et de la clôture de barbelés électrifiés à 380 volts. Les 23 miradors étaient occupés par des sentinelles armées. Au-delà de la clôture, un chemin postal faisait le tour du camp.
[4] Lorsqu'en 1942 Buchenwald devint une place tournante pour la main-d'œuvre en provenance de l'Europe entière, les SS firent construire un bâtiment de désinfection. Dans ce bâtiment, les nouveaux arrivants devaient remettre leur vêtements civils et tous leurs biens personnels avant d'être rasés et désinfectés, puis ils recevaient un matricule à la place de leur nom. Dans les chambres de désinfection, on traitait les vêtements contre la vermine.
[5] À l'extrémité nord du camp, une zone de quarantaine fut érigée en 1942, le Petit Camp, et séparé du camp principal par des barbelés. La main-d'œuvre qui a été déportée des pays occupés par les Allemands afin de travailler de force dans les usines d'armement, reste quelques semaines dans le Petit Camp, avant d'être dirigée dans les camps extérieurs. À l'arrivée de convois de masse en provenance des camps d'Auschwitz/Groß-Rosen en 1944/45, le petit Camp devient un mouroir et un lieu de dépérissement. Dans cette partie laissée à l'abandon après 1945, des vestiges ont été remis à jour depuis 1991.
[6] Ils subissent dès leur arrivée une vingtaine de piqûres soit-disant destinées à les vacciner.
[7] Waschräume : à 200 mètres du camp, les installations sanitaires sont composées de 21 lavabos pour 300 personnes avec un système de pompe ne fournissant que l'eau froide. Le chef de block et ses aides ou Stubendienst, en majorité polonais, harcelent et matraquent tout traînard.
[8] Un quart d'ersatz de café sans sucre et froid.
[9] Une boule de pain qu'il faut couper en tranches selon le nombre de rations qu'elle doit fournir. Dans les bons jours, une tranche de pain qui fait environ un centimètre d'épaisseur… un pain synthétique à base de sciure de bois - très nourrissant paraît-il, mais il faut faire attention à cause de la dysenterie (Témoignage de Monsieur Armand Giraud, résistant vendéen déporté à Buchenwald en 1943).
[10] Nous recevions un bâton de margarine, un pain de margarine de 500 g qu'une grille découpait en 25 bâtons. Les bâtons du milieu étaient réguliers, mais ceux du pourtour étaient souvent réduits à une demi-ration. Et alors, je vous ai dit que nous étions de véritables bêtes humaines . Il fallait voir ces batailles, ces bagarres absolument invraisemblables de détenus pour s’arracher la meilleure ration de margarine, combats dont souvent le seul résultat était que la margarine était perdue pour tous, écrasée, disparue. Et c'était la ration alimentaire pour une journée de travail (Témoignage de Monsieur Armand Giraud, résistant vendéen déporté à Buchenwald en 1943).
[11] Ce sont les détenus qui en réalisent eux-mêmes tous les travaux : défrichement, terrassement, extraction de pierres dans la carrière voisine du camp, maçonnerie, électrification, adduction d'eau, route…. La SS décide brusquement d'accélérer les travaux, sans se préoccuper des conséquences sur la main d'oeuvre qu'elle exploite et soumet à un régime de terreur quotidienne, fait de brutalités de toutes sortes, où fouilles, tortures et exécutions publiques par pendaison sont habituelles. La carrière est située au pied d’un versant de la colline de Buchenwald du côté Erfurt.
[12] Depuis 1942, les SS exploitent un établissement de vente dans le camp, la cantine des détenus. Les détenus qui ont la possibilité de faire envoyer de l'argent par leur famille à l'administration du camp, peuvent y acheter avec l'argent du camp des marchandises achetées à moindre prix ou fabriquées dans le camp.
[13] Ce block est dirigé par le médecin SS. Sturmbannführer Ernst Ding. Son effectif se compose de 66 détenus de toutes nationalités, sélectionnés principalement pour leurs connaissances médicales ou scientifiques. Il ont comme attribution la fabrication et l'amélioration des vaccins utilisés par la Wehrmacht pour lutter contre le typhus exanthématique qui décime les armées du front allemand de l'Est. Dans le block 50 se trouve l'institut de la fièvre typhoïde de la Waffen-SS. Les préparations sont testées sur des détenus contaminés avec des germes dans la station de tests sur la fièvre typhoïde, au bloc 46. C'est en octobre 1941 que le Reichsführer Himmler crée dans le cadre des Waffen SS la section de recherches n° 5 de Leipzig (Versuchung Sektion n° 5) par laquelle il est autorisé à utiliser les détenus des camps de concentration pour des expériences « intéressant la défense du Reich ».
[14] Dans la section pathologique, les SS font dépouiller les morts avant l'incinération. Notamment récupération des dents en oret avec leur peau, leurs organes et leurs squelettes, fabrication de préparations.
[15] En dehors du Bl. 50, le dr Ding dirige également le Block 46 de Buchenwald, connu par les détenus sous le nom de « Block des cobayes ». Si les deux blocks (46 et 50) sont complètement séparés l'un de l'autre et n'ont aucun contact humain entre eux, leur administration est commune. Le secrétariat est assuré par les « Schreiber » du block 50, toute la correspondance avec l'extérieur, les archives, les commandes de matériel, les documents et les rapports d'expériences sont centralisés au Bl 50. Ces derniers sont établis avec graphiques et photostats, sur les fiches fournies par le Kapo Dietszch, chef du Bl. 46, l'une des plus sinistres figures du camp de Buchenwald. Le Bl. 46 peut recevoir 400 détenus en permanence ; complètement isolé, entouré de fils de fer barbelés, ses portes et fenêtres sont closes de jour comme de nuit. Les détenus y sont enfermés une fois pour toute, ils ne peuvent plus en sortir et ne sont soumis à aucun appel. À l'intérieur, il règne un silence mortel, les conversations étant interdites par le kapo Dietszch qui a la phobie du bruit, le moindre chuchotement est sanctionné par des châtiments corporels exemplaires. À leur entrée au Bl. 46, les détenus perdent leurs numéros de matricule pour en recevoir un nouveau correspondant à celui qui sera inscrit sur les registres d'expérience (« Protokol ») après leur mort ! D'hommes, ils deviennent cobayes et seul le numéro de matricule reçu au Bl. 46 est transmis au fichier du camp et leur véritable identité disparaît. Si les cobayes survivent aux expériences, ils sont exécutés par une piqûre intracardiaque d'une solution concentrée de phénol administrée par le dr Ding, le kapo Dietszch ou un de leurs adjoints. Le secret était ainsi bien gardé, tout au moins en apparence. Le recrutement des cobayes se faitégalement par la V.S.5 sur des listes adressées au chef du camp.
Dans les premières années (1941-1943), il comprend principalement des détenus allemands de droit commun (V) ou des criminels (S.V.). À partir de la fin de 1943, on y sacrifie également des détenus politiques de toute nationalité, notamment des Russes et des Français.
Parmi les principales expériences qui furent poursuivies au Bl. 46, nous citerons :
- les expériences sur le typhus exanthématique,
- les expériences sur la médication des brûlures au phosphore,
- les expériences sur les hormones sexuelles administrées aux "homosexuels",
- les expériences sur les oedèmes de carence,
- des interventions chirurgicales d'ordre médico-légal.
Tout un personnel silencieux exécutait ces expériences avec discipline; au Bl. 46, il était presque exclusivement composé de détenus allemands. Dans d'autres camps, des expériences non moins diaboliques furent ordonnées par la V.S.5, notamment la résistance au froid et au gel demandée par la Direction générale de la Luftwaffe (Dachau), les expériences sur la stérilisation des hommes et des femmes (Struthof, Auschwitz), etc.
Je me bornerai à donner ici un bref aperçu sur les expériences faites sur le typhus exanthématique à Buchenwald. Pour la fabrication des vaccins on maintenait en permanence au Bl. 46 une collection de souches de typhus, les unes très virulentes, les autres plus atténuées désignées sous le nom de Bu I, II, III, etc. (Bu = Buchenwald). Plus de 12 souches furent ainsi enregistrées et maintenues en permanence par passage d'homme à homme. Le typhus était transmis pour chacune des souches, d'un individu artificiellement infecté à un individu sain par " passage ", c'est à dire par une injection de 0,5 à 1 cc de sang virulent. La mort du porte-souche intervenait en général de 12 à 18 jours après l'injection. Plus de 600 détenus ont été ainsi sacrifiés comme "porte-souches" en deux ans. Les expériences sur la valeur respective des différents vaccins utilisés par l'armée allemande (de fabrication allemande, française, danoise, italienne, hollandaise, etc.) étaient également poursuivies avec régularité au Bl. 46. Elles portaient pour chaque série sur 50 à 100 détenus dont un quart servait de " témoins " et ne recevait aucune vaccination préventive. Les autres infectés après vaccination mouraient dans un délai variable selon la valeur réelle du vaccin. Les rares survivants étaient exécutés ou servaient à d'autres expériences, en tout cas ils ne retournaient jamais dans le camp. Plus d'un millier de détenus furent ainsi sacrifiés dont 156 en mai 1944. Il y aurait encore beaucoup à dire sur ces expériences et sur d'autres d'ampleur moindre, mais qui entraînèrent la mort de centaines de camarades. Habitués à une discipline automatique où toute initiative était exclue, les chefs du Bl. 46 ne détruisirent pas leurs registres d'expériences qui tombèrent intacts le 11 avril 1945 aux mains des alliés.
A.S. BALACHOWSKY, Professeur au Museum National d'Histoire Naturelle de Paris (KLB-F-40449)
[16] Sur la place d'appel (2 hectares), la place centrale du camp, les détenus devaient se mettre au garde-à-vous tous les matins et tous les soirs pour être comptés, ce qui pouvait, selon l'humeur des SS, durer des heures. À l'arrivée et au départ des colonnes de travail jouait l'orchestre du camp. Les châtiments et les exécutions se déroulaient également sur la place d'appel.
[17] Jusqu’en 1940, les morts du camp sont incinérés dans les fours crématoires de Weimar et de Iéna. À l’hiver 1940-1941, pour des raisons de commodité (à la suite de la chute d'un cercueil en plein Weimar, laissant apparaître aux yeux de tous, des corps décharnés), le commandant décide de se procurer un crématoire ambulant puis d’une installation permanente qui est achevée courant 1941. Le crématoire est par la suite agrandi en 1942 avec des fours plus puissants. Mais le crématoire est aussi un lieu d’exécutions. Les détenus sont étranglés, abattus ou pendus à de forts crochets plantés dans les murs. Ainsi, 48 crochets sont plantés dans les murs d’une section du crématorium : il n’y avait que quelques mètres à parcourir pour transporter les victimes jusqu’aux fours... Jusqu'au dernier jour les SS pendront dans la cave du crématoire de Buchenwald et dans les cellules du bunker, où les Américains trouvèrent à leur arrivée des traces de crimes récentes.
[18] Les corps étaient rassemblés dans la cave aux cadavres et emportés par ascenseur dans l'incinérateur. Les installations du crématoire proviennent de la firme Topf et Fils, Erfurt. Dans la cave aux cadavres, à l'aide de crochets dans le mur, les SS étranglèrent environ 1 100 hommes, femmes et adolescents, détenus du camp et prisonniers de la Gestapo.
J’ai été contacté au FN au mois de février 1941 par Cornn Francis. Celui-ci me mit en rapport avec Nadan Joseph. Mon activité première fut la distribution clandestine de tracts et journaux patriotiques dénonçant les méfaits des Allemands en France et faisant appel à la résistance sous toutes formes. En mars 1941, je fus chargé, après avoir été mis en contact avec Theuillon Pierre, de créer une imprimerie clandestine. Celle-ci fut organisée à Lorient rue Edgar Quinet dans une maison réquisitionnée par les Allemands mais, non occupée par eux. Le camarade Theuillon réussit à se faire octroyer une pièce au rez-de-chaussée (motif manque de place à son domicile paternel), le camarade Theuillon travaillant sur un chantier allemand) – cela lui permit de l’obtenir. Après avoir installé une machine à écrire et une petite ronéo, nous imprimions nous-mêmes ou, avec des stencils préparés, des tracts faisant toujours appel à la résistance. Tracts que nous allions, Theuillon et moi, distribuer dans différents quartiers. Par la suite, la camarade Nadan ayant été repéré fut obligé de se camoufler (pris et fusillé par la suite). Notre activité fut scindée et, après que j’eus contacté un autre camarade, Gilles Le Roux, celui-ci fut chargé avec Theuillon de continuer de travailler à l’imprimerie. Je fus alors moi-même chargé du recrutement. C’est ainsi que je contactai deux groupes de trois camarades qui furent eux même désignés pour la distribution du matériel imprimé. Chaque groupe travaillant en secteur différent et s’ignorant l’un de l’autre. Notre action dura ainsi jusqu’au 10 juillet 1942, date à laquelle une perquisition fut opérée au siège de notre imprimerie. (Celle-ci fut due, je l’ai su par la suite au marchandage fait par un citoyen belge pour une prime de 5 000 francs – cet individu habitait lui aussi la maison réquisitionnée). Notre camarade Theuillon réussit à s’enfuir à travers les jardins mais, les agents de la police spéciale découvrirent à son domicile une bicyclette portant une plaque d’identité au nom de Cornn. Celui-ci fut appréhendé aussitôt et, malheureusement dénonça plusieurs camarades du réseau, ceux-ci furent arrêtés les uns après les autres entre le 10 et le 14 juillet. Le camarade Theuillon fut arrêté à Calan, commune du Morbihan, où il s’était camouflé. Dès lors, je fus privé de contact. Mon arrestation survint le 11 octobre à la suite d’une dénonciation d’un agent de liaison de Quimper lui-même arrêté la veille.
Je l’ai appris lors de mon interrogatoire dans les locaux du commissariat central de Lorient. J’ai donc été arrêté le 11 octobre 1942 sur mon lieu de travail (salon de coiffure Guichard cours de Chazelles Lorient) par quatre inspecteurs. Ceux-ci me firent monter dans une voiture de la Polizei et après avoir perquisitionné vainement, au domicile de mes parents où je demeurais alors, m’amenèrent au commissariat. Là, je niais en bloc tout ce qu’on me reprochait (nous avons d’ailleurs eu des opuscules nous conseillant en cas d’arrestation). Je fus menacé de coups par un des inspecteurs mais je continuai de nier, lorsque le commissaire, m’apprit alors la dénonciation précitée. Étant abasourdi par cette révélation, je fis de mon mieux et jouai la comédie, me faisant même passer pour un pauvre type ce qui me permis d’écourter l’interrogatoire et de ne pas mettre en cause aucun des camarades en liberté. Après avoir passé un mois à la prison de Lorient, je fus transféré à Rennes où je passai en jugement devant le tribunal spécial vers le 10 novembre 1942. Celui-ci m’infligea une peine d’un an de prison que je purgeai à Fougères. À la fin de ma peine, je fus remis aux Allemands qui me transférèrent successivement de Rennes à Compiègne et de Compiègne à Buchenwald d’où je fus libéré le 11 avril 1945, après avoir pris part à la résistance intérieure du camp.
Je dois noter que les camarades avec qui j’ai été en relation et qui ont été inculpés dans le réseau du FN sont :
Cornn Françis, déporté décédé à Mauthausen
Theuillon Pierre, déporté décédé à Mauthausen
Le Roux Gilles, déporté décédé à Mauthausen
Nadan Joseph, fusillé en France – homologué à titre posthume aspirant
Lucas Jean, déporté à Mauthausen – carte DIR n°100 527 618 – homologué sergent à la RIF / FN n°19408