Billaud Charles


Charles Billaud (1882-1940)
Militaire
Croix de guerre 1914-1918
Officier de la Légion d’honneur

Le 21 juin 1940, le commandant Charles Billaud, du 111e régiment colonial d’artillerie lourde, est tué à l’âge de 58 ans lors d’un violent engagement aux Cinq-Chemins de Guidel (Morbihan), contre les troupes allemandes qui s’apprêtent à envahir la ville de Lorient.

En juin 1940, c’est la débâcle !
La population lorientaise est inquiète car l’ennemi progresse rapidement en Bretagne. Le 18 juin, un bruit insistant rapporté par Le Petit Lorientais[1] se répand rapidement « qu’il fallait évacuer la ville au plus vite, que les Allemands allaient surgir d’un moment à l’autre. En quelques minutes les rues connaissent une animation inconcevable : des mères avaient en hâte bâclé des baluchons et entraînaient vers on ne sait quelle destination leurs enfants qui pleuraient ! Des autos particulières, chargées à craquer, s’en furent sur les routes, dans toutes les directions, jetant sur leur passage une émotion exagérée… » Le vice-amiral Hervé de Penfentenyo de Kervéréguin (1879-1970), préfet maritime de Lorient, tente de rassurer la population mais ce même jour, il décide la destruction des stocks de munitions et des cuves à mazout du port de pêche et du Priatec à Lanester.  Dans la nuit du 18 au 19 juin, l’amiral est sommé[2] d’organiser la défense « Défendez Lorient coûte que coûte » et il constitue aussitôt un barrage de fortune « pour l’honneur » aux Cinq-Chemins de Guidel, afin de ralentir la progression des forces allemandes. Le 19 juin, le tragique naufrage, du chalutier Tanche[3] qui saute sur une mine magnétique dans les coureaux de Groix engloutissant ses passagers fuyant l’avancée des troupes hitlériennes endeuille la cité de plus en plus angoissée.

Les Cinq-Chemins
Le matin du 21 juin, la première colonne motorisée allemande se présente aux Cinq-Chemins et s’arrête devant la barricade. Un message signé de l’amiral est remis à l’ennemi : « Le gouvernement a donné l’ordre de défendre les ports de guerre. Cet ordre sera exécuté. »
Face à la détermination du détachement français et malgré la présence aux avant-postes du vice-amiral, les mitrailleuses allemandes entrent en action et en quelques heures balayent le terrain. Lors de ce bref et meurtrier échange, l’amiral n’est pas atteint mais six hommes[4]  sont mortellement touchés dont le commandant Charles Billaud qui décède des suites de ses blessures à l’hôpital maritime de Lorient.. Il est né le 5 janvier 1882 à Chateaubriand en Loire-Inférieure, d’Albert, Marie, Hilaire, Prosper Billaud et d’Agathe, Marie Caillet. Il est le cinquième enfant du couple et se destine à une carrière militaire après de brillantes études au Collège Saint-Sauveur de Redon. En 1903, il entre à l’École polytechnique et à l’issue de sa formation rejoint comme sous-lieutenant le 28e régiment d’artillerie coloniale et fait campagne au Tonkin. Lors de la Grande Guerre, il est grièvement blessé le 28 juin 1916 à Fontaine-Lès-Cappy (Somme), et est cité à l’ordre de l’armée : « A toujours fait preuve d’un dévouement et d’une activité remarquables. S’est particulièrement distingué pendant les attaques de septembre 1915 et au cours des récentes opérations. A été très grièvement blessé à son poste de combat le 28 juin 1916. » Après la Grande Guerre, le chef d’escadron Billaud embarque pour l’Afrique équatoriale et après de multiples affectations prend sa retraire en 1929. Lors de la Seconde Guerre mondiale, le commandant est rappelé à l’activité et affecté au Quartier Frébault à Lorient. Il commande le détachement envoyé aux Cinq-Chemins de Guidel pour enrayer l’avancée des troupes de la Wehrmacht. À la suite de cet affrontement, les délégués du commandement allemand pénètrent à la Préfecture maritime et arrêtent l’amiral de Penfentenyo. Ils reçoivent l’assurance qu’ils peuvent en toute « tranquillité » investir la ville. Il est cependant demandé à « la population de conserver son calme et son sang-froid lors de l’entrée des forces d’occupation. »

Ils ont sauvé l’honneur
Le 23 juin, les obsèques de « ses braves victimes du devoir » se déroulent bien tristement car la ville désormais occupée doit se conformer aux directives de l’envahisseur qui autorise pour les funérailles des soldats un cortège réduit.  La levée des corps est faite par l’abbé Le Rohellec, l’aumônier en chef de l’hôpital maritime, en présence de « quelques familles qui avaient été prévenues, de quelques amis, d’une délégation de médecins de l’hôpital et de quelques notabilités informées à la dernière minute. » Le cortège funèbre se rend alors sous la pluie battante et après une longue marche vers le cimetière de Carnel[5].  Tout au long du parcours, la population présente se recueille « au passage de ces cercueils enveloppés du drapeau tricolore. »

Une messe de Requiem
Le 1er juillet, le « Souvenir Français » fait célébrer « dans la plus stricte intimité » une messe pour les soldats tombés héroïquement aux Cinq-Chemins de Guidel. Le contre-amiral Barbin, président de l’association, est entouré d’une assistance recueillie qui vibre aux paroles du chanoine Corric, curé-archiprêtre de Saint-Louis : « Le sacrifice est le point culminant de la vie humaine. La grande preuve d’amour est de donner sa vie pour ceux que l’on aime (…) Soyons sûrs que Dieu s’est penché avec amour sur ceux qui allaient mourir pour les prendre dans ses bras et leur inspirer, s’il était nécessaire, le repentir de leurs fautes…  Inspirons-nous de leur exemple. » Après le Libéra Me : « Donne-leur le repos éternel, Seigneur, et que la lumière brille à jamais sur eux », les participants quittent l’église inquiets pour l’avenir. Il est vrai qu’ils sont déjà confrontés aux exigences des forces d’occupation. Le couvre-feu est alors en vigueur et la population est priée de se mettre à l’heure allemande ! Les perspectives sont alors bien sombres …… mais malgré les épreuves la population espère !

La Victoire
Le 10 mai 1945, La ville de Lorient est libérée. Elle renaît de ses cendres et sourit à l’avenir. Elle n’oublie pas de célébrer ses morts glorieux. Le 22 mars 1961, le conseil municipal de Lorient (maire Louis Glotin), décide de regrouper dans le lotissement du Ter, les rues portant le nom « des officiers et soldats qui ont été tués aux combats des Cinq-Chemins de Guidel » et attribue le nom de commandant Billaud à une rue de ce quartier de la ville. Le 15 mai 1966, « 26 ans après le tragique baroud d’honneur du 21 juin 1940 » et en présence du vice-amiral d’escadre Hervé de Penfentenyo, une stèle commémorative en l’honneur des soldats tombés devant l’ennemi à Guidel est dévoilée. L’émouvante cérémonie en hommage aux héros Morts pour la France se termine par le salut de l’amiral, sabre levé, face à la plaque de bronze commémorant le sacrifice des six morts du 21 juin 1940 : « Votre sacrifice n'a pas été vain. Grâce à vous, Lorient peut célébrer la tête haute le troisième centenaire de son existence. Honneur à vous ! » 


[1] Le 23 juin 1940.
[2] En 1966, lors de l’inauguration de la stèle commémorative à Guidel, l’amiral de Penfentenyo fait part de son cas de conscience lorsque l’ordre lui est donné dans la nuit du 18 au 19 juin de résister. Il raconte que son bureau à la préfecture maritime était orné du portrait de l’enseigne Bisson faisant sauter son navire plutôt que de le voir tomber dans les mains de l’ennemi et que le sacrifice de l’enseigne de vaisseau « avait nourri pendant des heures » sa réflexion.  « Quand je me suis retrouvé devant lui dans l’après-midi, après le combat meurtrier de Guidel, il m’a semblé que Bisson me souriait. »
[3] Le chalutier qui vient d’achever une campagne de pêche en Atlantique est réquisitionné par la Marine nationale pour évacuer des « réfugiés ». Le 18 juin, il rallie Lorient après avoir débarqué le produit de sa marée à Douarnenez dans le Finistère.
[4] Six soldats français sont tués lors de cet échange : le commandant Charles Billaud, âgé de 58 ans, le capitaine d’état-major Pierre Gardinier, âgé de 46 ans, le médecin capitaine Pierre Marlette, âgé de 32 ans, le caporal Marcel Le Baron, âgé de 37 ans, le soldat Paul Février, âgé de 24 ans et le soldat Gabriel Hervoche, âgé de 28 ans.
[5] La dépouille mortelle du commandant Billaud est transférée à la nécropole nationale de Sainte-Anne d’Auray (Carré 6 - Rang 1 - Tombe n°775.)

Texte rédigé par Patrick Bollet

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