Georges Collier (1842-1903)
Officier de Marine
La presse locale fait part du décès le 2 août 1903 à Concarneau (Finistère) du commandant Georges Collier à l’âge de 60 ans :
Le Nouvelliste du Morbihan :
Un ancien officier de marine, M. le lieutenant de vaisseau Georges Collier vient de mourir à Concarneau à l’âge de 60 ans. M. Collier commandait le paquebot de la Compagnie transatlantique la France, lors de l’incendie qui faillit anéantir ce bâtiment à 300 lieues de tout rivage.
L’Ouest-Eclair :
Le commandant Georges Collier qui vient de mourir à Concarneau, dans la propriété de Kermenfall, fut le héros d’un drame de mer, unique en son genre.
L’Action Libérale de Quimper :
La mort d’un héros.
Ce journal rappelle l’attitude héroïque du commandant Collier « héros d’un drame de la mer, unique en son genre » et remémore aux lecteurs l’épisode tragique vécu le 20 décembre 1886 par les passagers du paquebot la France, parti de Saint-Nazaire en direction de la Martinique. Après avoir essuyé de multiples tempêtes, le paquebot doit faire face à trois heures de l’après-midi à un important incendie. En effet, les passagers médusés entendent « le cri sinistre : « Au feu ! Au feu ! Et aussitôt, les flammes sortant par le panneau arrière envahirent le spardeck. Il y eut un moment d’effroyable panique. » Alors que les passagers affolés souhaitent mettre les canots à la mer et abandonner le navire, le commandant Collier « s’y refuse énergiquement » et avec sang-froid et calme prend les dispositions nécessaires pour lutter contre le feu et éviter sa propagation d’autant que le navire transporte dix tonnes de poudre destinées aux troupes des Antilles. Face à la détermination du commandant, l’équipage et les passagers rivalisent de zèle et luttent pendant 7 heures afin d’enrayer l’incendie. « Pendant ce temps, groupées autour de trois Sœurs de Saint-Vincent de Paul qui, dès la première minute, s’étaient agenouillées, et récitaient le rosaire, les passagères priaient.[1] » Grâce à l’action de tous et toutes à bord, le paquebot rallie quelques jours plus tard Fort-de-France exhibant ses ponts brulés et sa coque « défoncée par parties ; à l’arrière un trou béant s’étendant sur une longueur de plus de quarante mètres. » Selon l’amiral Vignes, commandant la station des Antilles : « Ce sauvetage tient du prodige. Il fait honneur à la marine française ! » Pour le journal parisien La Fronde[2] : « C’est certainement le seul cas où l’on vit un navire dont plus du tiers était la proie des flammes, se sauver par ses seules ressources. » Après quelques réparations nécessaires, le commandant ramène le paquebot à Saint-Nazaire afin de le remettre en état car « le beau vapeur a été cruellement éprouvé par le feu. » Alors que Georges Collier est « adulé » et que les passagers du paquebot louent son courage : « Nous lui devons notre salut », il n’oublie pas d’associer au sauvetage : l’équipage, les quarante soldats d’infanterie de marine qui étaient à bord et les passagers. Aussi, le 31 juillet 1887, le vice-amiral Conrad, préfet maritime de Lorient, remet à Saint-Nazaire les décorations décernées par le ministre de la Marine aux valeureux marins et soldats et aux passagers qui ont combattu avec détermination et courage l’incendie. Au premier rang, le commandant reçoit la croix d’officier de la Légion d’honneur pour sa « Belle conduite lors de l’incendie à bord de la France, en mer, le 20 décembre 1886. »
Un enfant de Lorient
« Un Breton de moyenne taille à la carrure robuste, au regard fin et doux. Presque timide d’allure sur terre, parlant peu et à voix basse, il reprend sans effort à son bord le ton sec et énergique du commandement. » Ce portrait de Georges Collier parut dans le Figaro du 20 janvier 1887, dépeint parfaitement le commandant du paquebot la France né le 18 août 1842 à Lorient, de Jean, Jules Collier (1810-1858), lieutenant de vaisseau et de Marie, Adélaïde, Élisabeth Quérel. Sa voie est toute tracée, il souhaite comme son père devenir officier de marine. A cet effet, il intègre l’école navale impériale en 1859. Il est nommé aspirant en 1861 et enseigne de vaisseau en 1865. Le 26 mai 1869, il épouse à Lorient, Marie Louise Gabrielle Cabaret (1845-1920), et poursuit sa carrière militaire. En 1870, il est lieutenant de vaisseau et après de multiples affectations à la mer, il est « détaché » le 27 octobre 1884 à la Compagnie générale transatlantique. Au sein de la Compagnie, il reçoit le commandement du paquebot la « France » et se distingue tout particulièrement lors de l’incendie du navire en décembre 1886. En 1887, il fait valoir ses droits à la retraite après « 27 ans, cinq mois, trois jours de services tant à l’état qu’au commerce. » Le célèbre commandant se retire à Concarneau où il décède le 2 août 1903. Le 4 août 1905, le conseil municipal de Lorient (maire Louis Nail) donne le nom de Georges Collier à une rue du quartier de Kerentrech.
[1] Le 26 Janvier 1887. La Liberté.
[2]Le 14 août 1903. La Fronde : c’est le premier quotidien au monde entièrement conçu et réalisé par des femmes.
Recherches et texte de Patrick Bollet