Liane de Pougy (1869-1950)
Courtisane
Artiste de cabaret
Danseuse
Écrivaine et éditrice
Bienfaitrice
Religieuse
Anne-Marie Chassaigne, dite Liane de Pougy, est née à La Flèche (Sarthe) le 2 juillet 1869. La naissance d’Anne-Marie devait avoir lieu à Lorient, mais sa mère qui rend visite à de la famille, est contrainte d'accoucher à La Flèche.
Anne-Marie épouse à Lorient le 15 juillet 1886 Armand Pourpe, enseigne de vaisseau à l'Arsenal. Le couple s'installe à Lorient à Lorient et le 17 mai 1887, elle donne naissance à Marc Marie Edmond Armand Pourpe, aviateur pionnier de l'aviation française qui décède le 2 décembre 1914 durant la Première Guerre mondiale. Résidant alors à Marseille après la mutation d'Armand à l'arsenal de Toulon, elle le quitte après que celui-ci lui tire dessus en constatant qu'elle a un amant. Elle part s'installer à Paris où elle demande le divorce qui est prononcé en 1889. Par son second mariage, elle devient princesse Ghika.
Un temps femme libre qui entretient des relations avec les personnes des deux sexes, elle berce petit à petit dans la religion. Le 14 août 1943, elle prononce ses vœux et devient religieuse (sœur Anne-Marie de la Pénitence). Elle décède à Lausanne (Suisse) le 26 décembre 1950.
Liane de Pougy, mère de l’aviateur Marc Pourpe
Une grande courtisane parmi les tourbillons du plaisir et du tragique
Liane de Pougy est l'une des plus belles et des plus voluptueuses femmes de tous les temps (…). Sa beauté l’a rend digne de la déesse Vénus : née pour les plaisirs et tous les amours (…). Aussi célèbre que Cléo de Mérodes, Émilienne d’Alençon et la Belle Otero, elle fut une courtisane de légende, dont la liste des amants est longue, quoique parfois invérifiable tant la rumeur est forte mais souvent incertaine. Sa liberté de mœurs et de langage dérange (…). En femme avisée, elle amasse une jolie fortune en profitant des relations qu’elle a réussi à nouer. C’est une femme de lettres que ses biographes ont dépeinte. C’est une bonne épistolière. C’est surtout une femme affranchie de toute convention sociale et de toute contrainte, qui ne vécut que pour les plaisirs - y compris homosexuels - mais se maria deux fois (…). Le rêve fou de Liane, c’était d’être la première, tout comme elle décida d’être la dernière des dernières (…). Le spirituel rôdait chez Liane dans le satin et la beauté. Un soir de Noël, il aura le dernier mot, pour une courtisane qui devint une princesse, avant de rejoindre en 1950, à quatre-vingts ans passés, sous le nom de sœur Anne-Marie de la Pénitence, les anges et les étoiles au ciel… [1]
Anne-Marie Chassaigne est née le vendredi 2 juillet 1869 à La Flèche[2], dans la Sarthe, près du Prytanée militaire où son père, Pierre Chassaigne, avait été capitaine de cavalerie[3]. Si le père est agnostique, sa mère, Aimée-Marie-Gabrielle née Lopez[4], d’origine espagnole, est extrêmement pieuse ; elle consacre sa fille, née le jour de la Visitation, à Sainte Anne et à la Vierge Marie. Ses parents mariés le 8 mai 1856 ont déjà trois garçons : Emmanuel, Pierre[5] et Hippolyte. À sa naissance la mère a 42 ans et le père, retraité, 57 ans. La famille habite une maison particulière au 12 rue de l' Église dans le quartier de Merville à Lorient.
L’enfance « d'un jeune animal fougueux et cabré qui riait de l'Enfer »
Dès sa neuvième année, malgré les modestes ressources de sa famille, elle devient pensionnaire au couvent des religieuses de la congrégation des Fidèles Compagnes de Jésus[6] à Sainte-Anne-d'Auray. Elle y reste six ans. Si Anne-Marie est une assez bonne élève, cette éducation catholique, sévère et bien-pensante, ne peut rien contre son tempérament rebelle qui s'offre à la vie avec une gracieuse insouciance : « Je n'étais qu'un jeune animal fougueux et cabré qui riait de l'Enfer », avoue-t-elle dans ses mémoires « Mes cahiers bleus ». Adolescente déjà, elle n'a peur de rien : « elle a trop d'appétits et trop d'audaces ». « Sous ses airs d'ange radieux, elle éprouve toute jeune le bonheur d'être belle et celui de plaire ». Depuis son enfance elle se rend compte qu'elle aime les femmes ; elle avoue que lorsqu’on la croyait dévotement prosternée à l'église de Lorient, ce n’était que pour se pencher pour apercevoir en face d’elle les jambes nues sous les jupes d’une dame. Elle résolut alors de « vivre au grand jour, sans cacher quoi que ce fût ». Aux vacances, Anne-Marie quitte à regret Sainte-Anne-d'Auray pour retourner, sans plaisir, dans sa famille à Lorient.
Pendant toute sa vie, elle voua une grande dévotion envers la patronne des Bretons et une fascination pour la basilique de son enfance : « je la trouvais belle, si grande, si magnifique… les exvotos m’attiraient et me charmaient… chacun apportait son histoire et sa fervente reconnaissance ».
Trop jeune mariée et mère sans affection
Fille et sœur de militaires Anne-Marie ne pouvait se marier qu’avec un militaire. Le 15 juillet 1886, elle épouse à Lorient l’enseigne de vaisseau Armand Pourpe[7], sa dote : 22 000 fr. Ce ne sera pas un mariage d’amour et elle va vite se rendre compte que son mari est possessif, jaloux, maladroit et même brutal puisqu’elle dit qu’il l'a violée le soir de ses noces. Si « cet évènement l’a émotionnellement marquée », elle apprécie par contre le voyage de noces à Paris où elle a applaudi Sarah Bernhardt dans La Tosca[8]. Le couple s'installe à Lorient au 12 de la rue du Morbihan. Après une grossesse pénible, la très jeune Anne-Marie met au monde, le 17 mai 1887, un garçon prénommé Marc[9] qu’elle appellera toujours Marco.
« De l’austère Lorient à la libertine Marseille »
Peu après cette naissance, Armand est muté à Toulon ; le couple habite Marseille. « Passer de l’austère Lorient à la libertine Marseille » n’est pas pour déplaire à Anne-Marie. Elle côtoie un autre monde où tout n'est qu’insouciance. Armand Pourpe est ulcéré par la conduite scandaleuse de sa jeune épouse qui s'amuse beaucoup et « s'offre en spectacle » ; le couple se déchire. La très libre Anne-Marie, âgée de 18 ans, provoque la colère de son époux en prenant pour premier amant un jeune lieutenant de vaisseau[10] ; Armand les surprenant au lit tire avec son pistolet sur sa femme ; la balle va frôler le gras de la fesse avec pour conséquence une cicatrice qu’elle conservera toute sa vie. Très pragmatique la belle demande au médecin qui l’examine : « Docteur est-ce que cela va se voir ? Cela dépend de vous Madame ! ». Abandonnant mari et enfant, elle s'enfuit à Paris au grand regret de sa famille ; elle reconnait ses torts et renonce à tout. Le 8 août 1889, le divorce est prononcé au profit de l'époux par le tribunal d'instance de Marseille : « La garde de l'enfant est confiée au demandeur et condamne la dame Pourpe aux dépens ». « C'est par amour du luxe que j'ai abandonné mon mari et mon enfant », avouera-t-elle avec franchise. Marc, seulement âgé de deux ans est recueilli par ses grands-parents paternels établis à Suez.
« La Vie Parisienne »
En 1889, à 20 ans, « avec 400 francs dans son aumônière, elle « débarque » à Paris, capitale de tous les plaisirs… comme on quitte une valse musette pour entrer dans un opéra ». Après une période d’apprentissage dans une maison close, elle se présente aux Folies Bergère. Sa rencontre avec Lucie Valtesse de La Bigne[11] va la former dans sa future vie de prostituée « de haut vol ». Cette péripatéticienne fut un modèle pour les principales « Grâces » de la Belle Époque : Cléo de Mérodes, Émilienne d’Alençon, La Belle Otero et, bien sûr, Liane de Pougy.
[Les cinq icônes d’une époque mythique : Valtesse de La Bigne (1848-1910), leur ainée et mentor, Caroline Otero (1868-1965), Émilienne d’Alençon (1869-1946), Liane de Pougy (1869-1950) et Cléo de Mérodes (1875-1966). « Á l’exception de Cléo de Mérodes, son vrai nom, elles se forgent une fausse aristocratie et s’inventent des « noms de guerre ». Dansant et jouant sur scène, affranchies de toute contrainte, elles ont compris qu’il faut être vues pour être admirées, convoitées et choyées par de riches protecteurs.]
Ayant pour vocation le luxe et la volupté, Anne-Marie devient en un temps record, presque sans apprentissage tellement son talent est inné, une demi-mondaine, une cocotte, ou mieux une reine des nuits chaudes de la capitale. Elle ne va pas tarder à mettre en pratique ses dons de séductrice pour appâter et plumer le pigeon à l’image du boulimique Brésilien de la Vie Parisienne d’Offenbach[12] qui sans regret chante :
Deux fois je suis venu déjà
J’avais de l’or dans ma valise
Des diamants à ma chemise.
Combien a duré tout cela
Le temps d’avoir deux cents amis
Et d’aimer quatre à cinq maîtresses
Six mois de galantes ivresses
Et plus rien : O Paris ! Paris !
Et notre fêtard, noctambule, de rajouter cette requête sans ambages :
Ce que je veux de toi, Paris,
Ce que je veux, ce sont tes femmes.
Ni bourgeoises, ni grandes dames
Mais les autres… L’on m’a compris.
Anne-Marie prend le prénom de Liane « qui l'habille comme un gant : elle est en effet aussi longue, aussi mince et aussi souple qu'une liane : 1,68 m, 56 kg, et chausse du 37 » ; sa minceur se remarque dans une époque aux formes opulentes. Jean Chalon ne nous laisse rien ignorer de sa beauté et de son corps éblouissant : « Le teint uni et mat - on la surnomme la princesse ivoire - la bouche petite, les dents superbes, les yeux vert noisette et les cheveux d'une jolie couleur du marron luisant des châtaignes, elle a de l'allure, de la grâce et autant d’éclat que les perles qu’elle adore et qui ornent jour et nuit son long cou de cygne. Les perles sont ses trophées ». Elle s'invente un imaginaire patronyme de « de Pougy » qui proviendrait d’un de ses premiers amants qui se nommait comte de Pougy ; lorsqu’elle le quitta elle garda simplement son nom.
En mars 1896, à la suite d’un ballet sur la scène des Folies Bergère les frères Goncourt écrivent dans leur Journal : « L’entrée de Mlle Liane de Pougy dans L’Araignée d’or[13] est la plus grande impression de beauté que nous ayons eue de notre vie. Mlle Liane de Pougy est la plus jolie femme du siècle ». Ses conquêtes le prouvent plus encore avec « de vrais dons pour l'amour »
« La plus sublime des horizontales »
Dès ses premiers pas dans la carrière de séductrice, Liane de Pougy remporte succès sur succès. Elle ne compte plus ses amants et les rend fous d'amour. Elle se distingue dans un tableau de chasse époustouflant de noms illustres, aussi variés que le maharadjah de Kapurtala (État du Pendjab), le docteur Albert Robin qui soigne l’élite de la société, le banquier et mécène Maurice de Rothschild qui n’a que 18 ans ou le prince de Galles, futur Édouard VII, à qui elle envoie un carton d’invitation pour assister à la première de l’un de ses spectacles. Le librettiste de Jacques Offenbach, Henri Meilhac, bel homme, bon vivant, amateur de jolies femmes, offre à Liane 80 000 francs-or pour seulement la contempler nue pendant dix minutes. Une somme fabuleuse pour l’époque quand on songe que la cuisinière de Liane gagnait à peine 100 francs par mois. Comme la Belle Otero, semble-t-il, elle demande 25 000 francs « pour un simple quart d'heure, sans extra ». Ses protecteurs lui permettent d’acquérir « des bijoux à la pelle », un hôtel particulier au 15 rue de la Néva (Paris VIIIe) et une grande propriété avec un hectare et demi de parc à Saint-Germain-en-Laye[14]. « Avant la guerre dans cette grande maison j’avais quatre serviteurs arabes, une cuisinière, une femme de chambre, un frotteur de parquet et le ménage des gardiens ! ». Visiter les antiquaires est l’un de ses passetemps préférés ; ses achats vont de préférence sur des meubles du XVIIe siècle et, en tant que Lorientaise, sur des vaisselles de la Compagnie des Indes. En mai 1920, elle note dans ses mémoires : une belle commode Louis XVI, marbre et marqueterie, demi-lune pour 5 000 francs, une autre en acajou et cuivre de 2 500 francs, six grandes assiettes, six petites et une soupière pour 400 francs d’un service de porcelaine de la Compagnie des Indes et un grand plat venant de la duchesse d’Angoulême ; et quand l’occasion se produit, elle acquiert des faïences de Quimper.
Pour elle rien n'est jamais trop beau. Elle s'habille chez Paul Poiret ou Madeleine Vionnet[15], elle achète ses chapeaux chez le modiste Lewis. Elle s'enrichit à vue d'œil au détriment de certains qui, « tombant dans ses filets », y laissent leur fortune et se ruinent pour elle : à l’image du comte polonais Roman Potocki et du marquis Charles de Mac-Mahon[16], le neveu du maréchal-président ; elle avoue à ce dernier « qu’il est le quarante-troisième de ses amants depuis le jeune lieutenant de vaisseau de ses dix-huit ans à Marseille ».
« Les perles sont ses trophées »
À ses débuts dans l’art de la galanterie, elle connut à 18 ans Lord Carnavon, célèbre égyptologue anglais. « Il était vicieux, on le disait inverti. Il m’aima cependant… et fut un amant délicieux, torturant, rempli de charme et de grâce cruelle... J’ai conservé une perle en souvenir de lui, la plus belle de mes perles, celle qui est estimée aujourd’hui (avril 1923) une centaine de mille francs ». C’est le début d’une splendide collection de bijoux. Sensible à l’éclat de l’or et des pierres précieuses, la célèbre hétaïre est, encore plus qu’une croqueuse de diamants, une « croqueuse de perles ». Elle peut compter et recompter les perles, les diamants, les émeraudes qui sont, en public où elle aime les arborer, les témoins de son pouvoir et de son rayonnement sur la gente masculine. Un soir de spectacle, se doutant que sa rivale la Belle Otero apparaîtra couverte de bijoux, Liane se produit sans parure, sa femme de chambre, à ses côtés, portant colliers, bracelets et pendants d’oreilles. Le 13 mai 1903, son collier de cinq rangs de perles estimé 500 000 fr lui est volé dans son hôtel particulier du 13 rue de Néva[17] ; en « dédommagement », un milliardaire lui en offre deux rangs dont la valeur égale celle des cinq disparus.
Liane s’affiche partout, des Folies Bergère (en 1896, affiche pour L’Araignée d’Or de son ami Jean Lorrain) à l’Olympia, où l’on voit ses cinq rangs de perles, en passant par La Scala, L’Eldorado, Le Moulin Rouge, le Casino de Paris. « En 1906, en France, Liane de Pougy est une institution. Elle est au demi-monde ce qu’une Sarah Bernhardt est au théâtre, ou ce que sont les Rothschild à la banque ».
« Vivre au grand jour, sans cacher quoi que ce fût »
Elle inspire les journalistes et les chroniqueurs mondains qui brodent sur sa vie sentimentale et ses divers incidents de parcours. Ses accidents de voiture[18], ses vols de bijoux, les duels qu’elle provoque, ses tentatives de suicide lui valent le surnom de « sirène des suicides » et font souvent la Une des périodiques parisiens… « Mais est-ce vraiment pour des hommes ou des femmes, ou par désespoir, devant leur absence, que la belle désespérée, par six fois, tente de mettre fin à ses jours par une simple purge au laudanum ? ».
À l’instar de ses principales rivales, elle sait jouer de son image et utilise la photographie naissante et surtout les cartes postales la représentant en tenue de scène ; elles se vendent à des milliers d’exemplaires. Elle fait de la réclame pour des produits alimentaires, des lieux à la mode… Dans les théâtres et les casinos, au bois de Boulogne, au Bal Bullier, à Longchamp, on l'applaudit, on l'admire ; des affiches la représentent sur les murs de Paris et même - c'est elle qui l'écrit avec humour - dans les lieux d’aisances ! Les chansonniers montmartrois font des sketches sur elle ; le 7 février 1911, au Grand café Louis XIV de Lorient, l’une des chansons satyriques d’Aimé Ruffier s’intitule : « La nuit de noce de Liane de Pougy ». Elle est désirée, adorée, célébrée à tel point que lorsqu’elle fait son entrée dans les légendaires restaurants parisiens Maxim's (rue Royale), au Café Anglais ou à la Maison Dorée[19] (boulevard des Italiens), « un vent de curiosité et un murmure d'admiration soulèvent l'assistance ».
« La presse lui consacrait maints articles, reproduisait son effigie, parlait d’elle comme de la plus grande beauté du temps… Liane, fière d’être française, dira sans modestie dans son journal être devenue la « Liane nationale », plus encore, une sorte de monument national, universellement connu et admiré ».
Son nom et son corps sont devenus célèbres de Londres au Caire en passant par Lisbonne et Saint-Pétersbourg. « En novembre 1894, j’étais retournée en Russie, appelée par un engagement au petit théâtre Marie ; mais cet engagement ne fut pas tenu à cause du deuil général suite au décès d’Alexandre III. J’assistais à l’enterrement du tsar… J’écrivis une longue lettre à Meilhac détaillant par le menu ces fameuses obsèques… Ma lettre fut publiée, mot à mot dans Le Gaulois ». Partout on l'accueille « à draps ouverts » écrit-elle. Elle prend les trains de luxe pour rejoindre la Méditerranée et lance la Riviera italienne. Ses voyages font la Une dans la presse. En octobre 1926 lors de six jours à Venise, pour un grand bal déguisé au Lido, Liane a les honneurs du quotidien culturel français Comœdia qui publie un dessin de son profil ; « ce journal me demande mon prix pour publier mes Mémoires. Je refuse ». En 1932, lors d’une croisière jusqu’à Vancouver au Canada, du 12 septembre au 27 novembre, à bord du Wisconsin de la Compagnie Générale Transatlantique, elle est parmi les passagers, la principale personnalité honorée par le commandant de bord. En 1936, elle se rend pour trois jours en Angleterre avec départ le 21 août sur Île-de-France et retour sur Normandie le 24 août. Londres, elle connaissait. Pour son premier séjour, en 1901-1902, elle présentait un spectacle en anglais avec une jeune Américaine « comme nous jouions le soir, nous déjeunions souvent ensemble. Ce qu’on nous regardait, ce qu’on nous entourait ! Étrangers, Américains, Anglais, jusqu’à des Radjahs, et nos portraits pullulaient aux devantures ».
Les couturiers lui prêtent des robes, créent des modes comme ses invraisemblables chapeaux. Les paparazzis qui la suivent, détaillent ses moindres faits et gestes. En général, si la presse de province bourgeoise et catholique est très critique, à Paris on rit beaucoup de ses aventures… et après tout on lui pardonne ses extravagances car elle ne dilapide que l’argent des riches.
« La femme spectacle »
En 1894, elle débute aux Folies Bergère comme magicienne et acrobate, puis se produit comme mime à l’Olympia. Si elle avait rêvé d’une carrière théâtrale, Sarah Bernhardt, doutant de ses qualités artistiques, lui conseille de se contenter de se montrer sans parler. Les critiques, impitoyables mais sincères, décrètent qu’elle joue « mieux couchée que debout ». Elle se tourne alors vers la pantomime où sa beauté lui garantit le succès. Comme la « Nana » de Zola, Liane de Pougy triomphe dans les grandes revues parisiennes, sans aucun talent, par la seule force de la séduction ; on peut parler d’elle, « plutôt que d’une femme de spectacle, d’une « femme spectacle » qui s’offre aux yeux du public ».
« L’art d’être jolie »
Si sous le Second Empire s’étaient ouverts les premiers instituts de beauté appelés « salons d’embellissement à l’usage du beau sexe », Liane innove le 30 juillet 1904 en dirigeant une nouvelle publication hebdomadaire, spécialement destinée aux femmes : L'art d'être jolie. La revue comprenant vingt pages illustrées sur papier parfumé, « passe successivement en revue tout ce qui peut apprendre à la femme à mettre en valeur sa beauté, non pas seulement celle du visage et du corps, mais aussi celle du cadre délicat où elle doit vivre, des gestes qui sont sa grâce, du parfum de bonheur qu'elle répand autour d'elle ».
L’« Idylle Saphique »
Si elle livre son corps aux hommes - c'est son métier - en fait, elle n'aime que les femmes. Elle a eu, un jour, à l'adresse de son militaire de mari, ses mots étonnants : « C'est si laid, un homme nu ». Voluptueusement, ce sont les femmes qu'elle préfère, et de très loin, aux plus habiles fantaisies de ses amants. Au printemps 1899, dans la splendeur de sa trentième année, Liane de Pougy va rencontrer son double, Natalie Clifford Barney (1876-1972) ; une très belle américaine de vingt-trois ans, blonde, tellement blonde que ses amies l'ont surnommée « Moon-Beam » (« Rayon de lune »). Natalie, après avoir vu Liane à un spectacle de danse à Paris, se présenta chez elle dans un costume de page en annonçant qu'elle était un « page de l'amour » envoyé par Sappho. Charmée par la témérité de cette dernière, c'est aussitôt le coup de foudre. Pendant l'été qui suit, les deux femmes vont vivre une véritable passion. Liane va l’écrire au fur et à mesure qu'elle la vit dans « Idylle Saphique »[20]. Édité en 1901, le livre, présenté comme un roman, devint le sujet de conversation du Tout-Paris ; il est réimprimé soixante-dix fois dans la première année. « C’est un succès, mais comme le sujet en est plutôt scabreux, j’ai peur que mon « Idylle » ne plaise tant à certains que parce qu’elle réveille en eux l’animal qui sommeille ». Mais Natalie, peu encline à la fidélité, ne tarde pas à tromper Liane de Pougy, aussi bien avec plusieurs des modèles féminins de sa mère, artiste peintre, qu'avec la poétesse Renée Vivien, la peintre Romaine Brooks, sans oublier Colette. Après s'être disputées à plusieurs reprises les deux femmes se séparent.
Même à confesse, Liane ne s’est jamais cachée d’avoir une préférence pour les femmes. À 53 ans, le 14 avril 1922, elle écrit dans ses mémoires: « Je suis allé à confesse. J’ai dit mon gros péché à monsieur le curé : « J’ai reçu avec plaisir des marques trop vives de la tendresse d’une amie et devant mon mari qui, loin de s’en fâcher, en riait »… Je lui ai donné quelques explications craignant qu’il ne s’imaginât la chose plus grave qu’elle ne l’était…Le bon curé gêné m’a dit : Si vous sentez que c’est mal, il ne faut plus recommencer ».
Le Clos-Marie à Roscoff
En 1903, elle achète à Roscoff (Finistère) le Clos-Marie. Cette maison, où elle séjourne régulièrement chaque année jusqu’en 1926, tient une place particulière dans son cœur. « Mon Clos, mon petit Clos-Marie, que j’ai surnommé la petite maison qui n’est pourtant pas si simple. Chère petite maison, sans prétention, tellement accueillante et que tout le monde aime… Je n’y suis jamais venue sans un pansement au cœur… Et les souvenirs y affluent ». Les plus assidus des invités et même pensionnaires du Clos sont Max Jacob et le compositeur Reynaldo Hahn. Citons également que Jean Cocteau et Colette[21] font partie des nombreux visiteurs. Sa mère se rend régulièrement au Clos ; elle y décède, à 85 ans, en août 1912. Après la cérémonie religieuse à la chapelle de l’hôpital de Morlaix, le corps est transféré au cimetière de Carnel à Lorient ; deux religieuses suivent seules le char funéraire, Liane n’ayant pu arriver à temps.
En octobre 1926, « le clos n’est plus à moi. Je viens de le louer à ma Mimy[22], l’adorable femme qui m’a montré que je pouvais être encore aimée ».
Princesse Ghika
En 1908, c’est au sein d’une clinique que Liane va rencontrer son « compagnon de vie » : le prince Georges Ghika[23] descendant de la famille régnante de Roumanie. Le coup de foudre est immédiat ; « il faut dire qu’ils partent sur un sacré point commun » : ils ont essayé tous les deux de se suicider par amour. Georges a 24 ans alors que Liane approche de ses 40 ans. Le 8 juin 1910, ils se passent la bague au doigt[24] à la mairie du 8e arrondissement et en l’église Saint-Philippe-du-Roule[25]. Sitôt le repas terminé, le couple rejoint le Clos-Marie. La famille du prince n’acceptant pas cette union, lui coupe aussitôt tout subside. Et en plein éclat, la carrière de la « plus belle courtisane du siècle » fut, à la surprise de tous, brusquement interrompue. Lassée des flonflons de la vie parisienne, Liane se range confortablement dans le charme bourgeois d’une existence tranquille d’épouse modèle. Elle troque ses costumes de théâtre pour des toilettes classiques à l’élégance discrète, fait ses adieux à Maxim’s, et déménage même en banlieue parisienne, à Saint-Germain-en-Laye, où elle reçoit ses fidèles lors de dîners intimes. Au fil des années s’efface le scandale de leur mariage, « et au cœur de cette haute-société qui leur tend enfin les bras, le couple Ghika se fait ornement de choix de toute réunion mondaine qui se respecte ». Dans le couple, « l'affection et le mépris marchent côte à côte ». Elle ne partage son mari qu'avec des femmes, jusqu'au jour où Georges s'éprend, en 1926, « d'une gamine » qu'elle a elle-même fait venir. « Liane, la femme libre à qui aucun catéchisme n'interdit quoi que ce soit, choquée par cette passion, refuse d'accorder l'existence à une créature qu'elle a inventée ! ». Elle envisage le divorce. C’est la fin de dix-huit ans de relations souvent orageuses qu'évoque la correspondance importante de leurs amis Jean Cocteau et Max Jacob.
En octobre 1926, à 57 ans, très désabusée, elle fait, en trois périodes de 18 ans, le bilan de sa vie :
« Jusqu’à dix-huit ans : famille, principes, routine et douceur, puis un mari et un enfant. Je quittais tout à cet âge, poussée par un fatal destin. De dix-huit à trente-six-ans ans je vécus dans la lutte et dans les passions - toutes - ressenties ou subies. J’appris à connaitre le monde, la triste renommée. À trente-six-ans, je connus Georges. Et voici qu’après dix-huit autres années, l’existence pour moi se renouvelle. Voici que je suis seule et libre, purifiée par ce long stage de devoir, de tendresse et de confiance. Seule et libre, fières paroles, vous serez ma règle et mon évangile. Seule, je me rapprocherais de vous, mon Dieu ! C’est là mon désir et ma volonté ».
Les talents littéraires de Liane de Pougy sont reconnus par les critiques
En juillet 1898, Liane fait sensation en publiant son premier roman L'Insaisissable. Roman vécu. L'ouvrage paraît d'abord en feuilleton dans le quotidien Gil Blas. La critique de presse de l’époque est très élogieuse pour cet ouvrage de 261 pages. Entre 1899 et 1908, outre Idylle saphique en 1901, Liane de Pougy publie une comédie, L'Enlizement, et cinq romans dont en 1906 Yvée Lester écrit à Roscoff.
« Ses ouvrages répètent uniformément la lassitude, l'ennui et le dégoût de la courtisane à faire ce métier, sa souffrance, mais une souffrance nécessaire à ses yeux qui lui permettra de racheter ses péchés et de connaître la béatitude ». Elle est aussi, une grande épistolière. Les échanges de courrier avec notamment Max Jacob, Jean Cocteau et Sacha Guitry, devenus des intimes, sont recherchés par les collectionneurs ; en juillet 1934, vingt-quatre lettres de Liane à Valtesse de La Bigne sont vendues à la salle Drouot pour 60 francs.
Mes cahiers bleus
Liane depuis 1910, mène une vie tranquille et mondaine entre Paris, Saint-Germain-en-Laye et Roscoff. Elle commence à écrire en 1919, un journal qu’elle tient avec une grande régularité principalement sur du papier bleu. Ces réminiscences qui vont de juillet 1919 à janvier 1941 deviendront un livre ayant pour titre Mes cahiers bleus. En Janvier 1941, elle écrit : « Ce livre va être remis au Père Rzewuski[26]. Tous les autres cahiers ont été déposés par mes soins chez les dominicains d’Estavayer (Canton de Fribourg en Suisse)». Le dépositaire du livre selon les vœux de Liane de Pougy, le publiera en 1977 et en fera la préface.
Dans la dernière page de cette autobiographie, Liane, fait son mea culpa : « Je demande que l’on fasse éclater en ces cahiers la miséricorde divine, qu’on sache qu’elle était là, cachée depuis longtemps entre les lignes comme entre les heures de ma triste existence, que je me repens de celle-ci, que j’en ai honte, que c’est une humiliation pour moi de penser aujourd’hui que ces affreuses confidences vont paraître et que c’est en SEUL esprit d’humiliation que de les offrir ». Et en dernière ligne : « Que ceux qui liront ceci fassent une prière pour la dernière des dernières » : A.M. G. ».
Elle décrit dans cette autobiographie d’inoubliables portraits de personnalités de la vie artistique et littéraire fascinées par sa beauté, son luxe, son intelligence et sa culture.
Retenons parmi les personnalités fréquentées :
- Chez les musiciens et compositeurs :
Georges Auric, Francis Poulenc et surtout Reynaldo Hahn qui fut sans aucun doute le plus grand ami de Liane et « sûrement la douceur de sa vie pendant plusieurs années » ; il fut l’amant de Marcel Proust qui vint une ou deux fois au Clos-Marie et prêta à son Odette de Crécy, dans À la recherche du temps perdu, certaines manies de Liane. Henri Meilhac et Ludovic Halévy les librettistes des plus célèbres des opérettes de Jacques Offenbach. Le grand chanteur russe d’opéra Féodor Chaliapine qu’elle rencontre à Monte-Carlo : « Il se roula à mes pieds, chanta pour moi seule et de la scène m’adressait l’hommage de son talent vainqueur ».
- Dans le monde du music-hall et du théâtre :
La grande tragédienne Sarah Bernhardt qui lui donne quelques leçons de diction, d’attitudes et de gestes avant d’entrée sur scène, mais lui conseille découragée : « Je ne puis faire grand-chose de toi. Montre ta beauté, mais surtout n’ouvre jamais en scène ta jolie bouche ». Elle apprécie ses rencontres avec Aristide Bruant, « mon vieux camarade, poète vibrant, tendre et charmant » et surtout le Toulonnais Félix Mayol « Nous avons joué ensemble à la Scala. Il chantait ses chansons fameuses et moi je dansais des sketches ».
- Dans la mode :
Toujours très élégante, elle est la très bonne cliente des couturiers Jacques Doucet et Paul Poiret, du modiste Lewis aux chapeaux extravagants et de Madeleine Vionnet l'une des plus grandes couturières ayant influencé la mode du XXe siècle. Gabrielle Chanel, dite Coco, est pour elle « fée par le goût, femme par le regard et la voix ».
- Dans le monde de la littérature :
Gabriele d’Annunzio qu’elle rencontre à Florence en 1902 alors qu’elle y dansait. Jean Lorrain poète et romancier homosexuel, vicieux et amateur de drogues rencontré en 1894 ; il aidera Liane de Pougy, « à se hisser au premier rang de la galanterie ». Colette « que j’aime à revoir de temps en temps ». Lucien Guitry et surtout son fils Sacha qui l’amuse beaucoup. Les plus fidèles de ses amis et les plus assidus des séjours au Clos-Marie : le Quimpérois Max Jacob qui lui demande toujours son avis sur ses peintures et ses écrits et Jean Cocteau, qu’elle essaye de consoler de la mort de son très jeune amant Raymond Radiguet. Léonce de Joncières[27] (1871-1947), élève de Gérôme et peintre mondain du Tout-Paris, fait en 1911 le portrait de sa très chère Liane de Pougy. Le tableau fut offert par Liane de Pougy à la ville de Lorient pour le musée Dousdebès. Le 8 juin 1926, dans Le Nouvelliste du Morbihan, Léo Le Bourgo décrit le tableau à l’intention d’un chroniqueur du journal qui la décriait, comme « une demoiselle de demi-monde qui s’est créée une noblesse de boudoir en épousant un prince roumain ». Ce tableau de 4,24 mètres x 6,40 mètres est actuellement en dépôt au musée Masséna de Nice.
« La fin d’une belle pécheresse en Marie-Madeleine repentante »
Le 3 août 1914, le couple Ghika est à Roscoff en compagnie de Marc Pourpe qui, dès la déclaration de guerre, s’est porté volontaire ; le grand pionnier de l’aéronautique française va rejoindre l’escadrille MS 25 à Saint-Cyr-l’École près de Versailles.
Le 2 décembre 1914, à 18 heures, par téléphone, la mairie demande au Prince Ghika de venir chercher une dépêche : « Prévenez la princesse Ghika que son fils, l’aviateur Marc Pourpe, est tombé glorieusement face à l’ennemi ce matin à midi et que l’enterrement aura lieu vendredi à 10 heures du matin à Villers-Bretonneux ». Cette mort éveille en elle l’amour maternel qu’elle n’avait jamais eu et aussi un vif sentiment de culpabilité. « Sa disparition, ma plus poignante douleur, celle qui a failli me tuer, me faire perdre la raison ; j’ai agonisé pendant quinze mois dans de cruelles maisons de santé… La douleur et rien que la douleur ! Je n’ai pas aimé assez mon fils vivant. J’étais femme, femme et non mère. Dans sa vie glorieuse et belle, excessivement indépendante ma tendresse n’avait pas su, ni voulu s’y faire une place. Oh ! que je l’ai regretté, pleuré, expié ! Hantée par le chagrin et les regrets dans les trois dernières années, nous nous étions mieux compris et rapprochés… J’ai relu, la lettre qu’il m’écrivit pour ma fête en 1914. Il ne m’en voulait plus de ce qui, en moi, avait pu le blesser. Nous nous aimions tendrement ; j’étais fier de lui, il était heureux de mon mariage. Entre nous tout s’était atténué, adouci, par-dessus nos heures féroces ».
En 1921, Liane offre à la ville de Lorient 100 000 francs-or pour la remercier d’avoir donné le nom de son fils, le 1er février, à l’une de ses rues. Dans Mes cahiers bleus, Liane, relate l’attribution de dons pour des rues au nom de son fils.
- Pour Tourane (future Da Nang au Vietnam), une heureuse surprise :
« Le 27 septembre 1919, surprise émouvante mon notaire m’envoie un courrier reçu d’Indochine où on le prie de m’avertir que la ville de Tourane (Annam) où mon fils a accompli de forts beaux vols en 1913[28], vient de donner le nom de Marc Pourpe à l’une de ses rues. Je suis heureuse bouleversée ! Mon notaire leur enverra mes remerciements et la copie d’un codicille ce matin même à mon testament dans lequel je lègue 25 000 francs à la ville de Tourane ».
- Pour Lorient, une décevante surprise par les exigences du maire Édouard Labès :
« Le 21 février 1920, la ville de Tourane m’a adressé une lettre de remerciements, fort belle. À Lorient où mon fils est né, il fut question dès le début de donner son nom à une rue. Il y eut des menées, des délibérations. Finalement, on a trouvé ceci à me dire : « Nous attendons la fin de la guerre afin de pouvoir choisir parmi les héros lorientais ». Ensuite, le maire vint me trouver l’an dernier (1919) et me glisser assez maladroitement que je n’avais qu’à remettre cent mille francs de mon vivant à la ville de Lorient pour que la chose fût faite. Je répondis vaguement, oh ! très vaguement, reconduisis le personnage et ne donnai pas suite. Je ne puis, ni ne veux, me dépouiller parce que mon enfant est mort pour la France ! ».
Et le chantage fonctionna puisque le 13 juin 1920, « J’ai téléphoné hier à mon banquier que j’avais besoin de 100 000 francs, de vendre mes meilleures valeurs » ; auparavant elle s’était séparée pour 33 000 francs de tapisseries … La somme réunie pouvait satisfaire l’exigence de ce « personnage ! ».
En 1921, enfin, Lorient se souvient
Les décisions du conseil municipal de février 1921 :
- Rue Marc Pourpe
« En mémoire de l’aviateur lorientais mort glorieusement », le conseil municipal du 1er février 1921 donne le nom de Marc Pourpe au tronçon de la rue des Glacis, reliant le passage à niveau du chemin de fer départemental au chemin du Tour des Portes. Actuellement cette rue est parallèle au boulevard Franchet d’Espèrey.
- Don princesse Ghika
Le conseil municipal, qui suit cette délibération, accepte le don fait par sa mère, la Princesse Ghika, à la ville de Lorient. Le maire Édouard Labès[29] : « Messieurs, vous avez dernièrement appris par la presse qu’un don important allait être fait à la ville de Lorient. Mme la princesse Ghika, originaire de Lorient et mère du célèbre aviateur Marc Pourpe, dont vous avez décidé récemment de donner le nom à une rue de notre Ville, a été profondément émue par ce geste accompli en mémoire de son enfant. Pour vous témoigner sa reconnaissance, elle offre de faire immédiatement don à la ville de Lorient d’une somme de 100 000 francs, à charge à celle-ci de lui servir jusqu’à sa mort le revenu de ce capital fixé à 6 000 francs par an ». Le Nouvelliste du Morbihan du 3 juillet 1921
Une partie de ce don, très important pour l'époque (équivalent à 74 359 de nos euros), participa au financement de la construction du parc des sports inauguré en 1924. Ce complexe sportif, dont les entrées se situaient avenue Jean-Jaurès et rue Charles-Bourque, disposait d'une piste cycliste en ciment, d'une cendrée, d'un terrain de football et de basketball. Le 13 juillet 1939, pour la première fois le Tour de France arrive à Lorient sur ce vélodrome lors de la quatrième étape, Brest-Lorient.
La mort de son fils en 1914 et une profonde crise conjugale en 1927 poussent Liane à une remise en question radicale de sa vie.
En 1928, la princesse Ghika se lie d'amitié avec sœur Marie-Xavier, la mère supérieure de l’asile de l'Œuvre de Sainte-Agnès à Saint-Martin-le-Vinoux situé près de Grenoble (Isère). Cet asile abrite des attardées anormales, parfois même monstrueuses. Devenue très attachée à cette œuvre, Liane va recueillir des fonds pour l'entretien des pensionnaires auprès de ses amis parisiens dont les deux couturières majeures de la mode du XXᵉ siècle : Coco Chanel offre 5 000 francs et Madeleine Vionnet 5 000 francs plus 1 000 francs pour le chauffage.
L'écriture va lui être d’une autre consolation. Plongée dans ses souvenirs, elle compose Mes cahiers bleus où elle raconte, entre 1919 et 1941, « avec une certaine nostalgie, pudeur et drôlerie ses expériences, ses plaisirs et ses regrets aussi ».
Pendant la guerre, le couple Ghika s’installe à la clinique du Bois-Cerf près de Lausanne. Les conditions matérielles sont difficiles, car les placements financiers sont à Londres. Son mari meurt d’un infarctus en 1945 à l’âge de 61 ans. Après la fin des hostilités, Liane peut bénéficier de nouveau plus facilement des revenus, quoique bien diminués, de sa considérable fortune d’avant son mariage.
Pendant 22 ans, mère Marie-Xavier va guider la lente métamorphose spirituelle de Liane de Pougy. En 1945, la princesse septuagénaire entre comme novice sous le nom de sœur Anne-Marie de la Pénitence dans le Tiers-Ordre de Saint-Dominique[30], après une petite cérémonie dans la chapelle de la clinique. « Devenue tertiaire, elle s’acquitte fidèlement aux exigences que son nouvel état lui impose : récitation quotidienne du petit office de l’ordre, celle du chapelet et lecture de l’Évangile ; elle lit chaque jour un ou plusieurs chapitres du livre de « Imitation de Jésus-Christ[31] ». Ainsi, elle se repent et abjure sa vie dissolue. Le père Alex Ceslas Rzewuski, qui est son confesseur depuis 1939, estime en 1943 « sa pénitente digne d’être reçue ».
Résidant, assez confortablement, à l’hôtel Carlton de Lausanne, elle y décède le 26 décembre 1950. Selon son désir, elle fut revêtue de l’habit noir et blanc des dominicains. Transportée en Savoie, elle fut ensevelie dans le petit cimetière de l’enclos de l’asile Sainte-Agnès[32].
À sa mort, son confesseur la dit « proche de la sainteté » : « Elle est morte à quatre-vingt-deux ans, gardant sur son visage et dans son regard admirable les signes encore visibles de sa beauté passée. Elle avait souhaité mourir un soir de Noël ; la divine Providence a exaucé ce vœu (…). Elle avait désiré que nul ne suivît le cercueil (…). Cette dépouille terrestre tant vantée, tant aimée, s'en alla solitaire. Liane de Pougy était bien morte ».
Le décès de Liane de Pougy dans La Liberté du Morbihan du 4 janvier 1952. Le journal local évoque brièvement la vie mouvementée de la bienfaitrice lorientaise Liane de Pougy décédée le 26 décembre 1950 à Lausanne : « Bienfaitrice de Lorient, la pieuse princesse Ghika fut l’éblouissante reine du Tout-Paris cosmopolite de la Belle Époque. Fille et femme d’officier, elle fut la trop jolie maman de l’aviateur lorientais Marc Pourpe mort héroïquement pour la France ».
Le 6 mars 1952, nouvel article dans le journal : « Sans aucun doute nous verrons de moins en moins le geste d’une princesse Ghika faisant un don substantiel à la ville afin de perpétuer le souvenir de son fils. Geste désintéressé de mère puisque celle qui fut la ravissante Liane de Pougy et qui en pleine gloire parisienne garda un pied-à-terre à Lorient où elle avait vécu quelques-unes des meilleures heures de sa jeunesse, n’avait pas exprimé la volonté d’être inhumée à Carnel à côté de ses parents et de son fils, l’aviateur Marc Pourpe ».
Telle fut la vie d'une des « grandes horizontales » du début du XXe siècle. La fin de Liane est exemplaire, comparée au triste déclin de ses deux principales rivales : pour Émilienne d’Alençon l’opium a fait des ravages sur son corps et sur son esprit, quant à la Belle Otero, qui dilapida sa fortune sur le tapis vert, elle termine dans un petit hôtel près de la gare de Nice où elle a du mal à payer sa logeuse.
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Annexes
Marc Pourpe
« Marc Pourpe a eu de sa courte existence que de l’énergie et du courage. Ayant débuté dans l’existence en n’en connaissant que le mauvais côté[33], il voulut faire sa vie. Dès sa quinzième année[34], il cherche sa vocation à travers de multiples métiers. Au début de l’aviation il part en Australie (1908) avec un pilote anglais en tant que mécanicien et conférencier lorsqu’il a terminé la mise au point de l’appareil Wright. L’aviateur anglais ayant fait un riche mariage laisse son biplan à Pourpe. Ce dernier parvint à apprendre tout seul l’art de manœuvrer et réussit à donner plusieurs meetings jusqu’à ce qu’il brise son avion. De retour en France il passe son brevet à l’aéro-club de Nice et devient chef pilote (juillet 1911). C’est le début de ses exploits aéronautiques. Il est recordman de la traversée de la Manche, aller et retour (août 1911). Conférencier lors de l’exposition internationale de Roubaix du 30 avril au 6 novembre 1911, il devient le héros de tous les meetings du Nord. Participant à la Coupe Pommery il réussit dans une journée le voyage Paris-Liège. Une tournée en Extrême-Orient en 1912 l’amène, sur un monoplan usé, à réaliser des raids aériens, aux Indes, en Cochinchine, au Cambodge, au Tonkin. Pourpe rentre en France et prépare une nouvelle expédition de grande envergure : il réalise le voyage Le Caire-Khartoum et retour, soit 4 500 km au-dessus du désert avec l’appui logistique de lord Kitchener, gouverneur de l’Égypte et du Soudan [35]».
Après ce raid exceptionnel, effectué du 4 janvier au 3 février 1914, Marc Pourpe et son mécanicien Raoul Lufbery, ont l’intention d’effectuer un nouveau tour en Extrême-Orient. Mais ce projet tourne court avec la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France le 3 août 1914.
Notre Lorientais qui n’avait pas été jugé bon pour le service actif lors de sa majorité en 1907, « mais, brûlant d’aller faire son devoir », se porte volontaire, rejoint le régiment qui lui a été affecté, avec son propre avion un biplace Morane-Parasol à l’escadrille MS 23 à Saint-Cyr-l’École. En octobre 1914, Marc Pourpe, qui se distingue par d'audacieux vols de reconnaissance, a une trentaine d’actions d’armée à son actif et une citation. Le 8 octobre, il est à l’ordre du jour « pour avoir attrapé en vol quelques éclats d’obus dans sa voilure et continué malgré cela sa mission jusqu’au bout ».
Le 2 décembre 1914, la MS 23 « perd un de ses aviateurs de prestige ». Marc Pourpe soldat-pilote de deuxième classe et Eugène Vauglin, lieutenant observateur du 39e Régiment d’Artillerie de Campagne, se tuent sur le terrain de Villers-Bretonneux (sud-est d’Amiens) lors du retour d'une mission de reconnaissance par très mauvais temps au-dessus de la région de la Somme. Avant sa chute mortelle du 2 décembre 1914 Marc Pourpe avait totalisé 80 heures de vol de combats … mais sans aucune décoration ni galon !
Le tableau d'honneur de L'Illustration recense les portraits de 16 486 officiers, sous-officiers, soldats, aumôniers et infirmières, cités à l'ordre de l'armée, nommés ou promus dans l'ordre de la Légion d'honneur ou décorés de la Médaille militaire. Les portraits paraissent dans l’hebdomadaire entre 1915 et 1919. Il faut attendre 1916 pour que notre « sapeur, pilote d’aéroplane » figure dans ce tableau d'honneur.
Bien après sa mort, la Médaille militaire et la Croix de guerre lui sont attribuées. À la date du 30 juillet 1924, dans Mes cahiers bleus sa mère relate : « On m’écrit que l’on m’accorde la médaille militaire à la mémoire de mon fils qui y avait droit de par ses deux citations à l’ordre de l’Armée… Si je veux participer à la cérémonie de la remise de la médaille il faut que je vienne à Longvic (Côte d’Or) sachant qu’aucun frais ne me sera remboursé ! Si je le préfère, un commandant de gendarmerie viendra me l’apporter. Je me sens offusquée, meurtrie, blessée, froissée et indignée. Un gendarme ! Mon quartier va penser que l’on vient m’arrêter ».
Lorient apprend le décès de Marc Pourpe
Le Nouvelliste du Morbihan du 6 décembre 1914, dans sa rubrique nécrologique, informe les Lorientais de la mort glorieuse au champ d'honneur de l'un des leurs.
L’Ouest-Éclair publie en Une : « L’aviateur Marc Pourpe fait une chute mortelle ».
Les obsèques de Marc Pourpe à Lorient
Le corps de Marc Pourpe enterré au cimetière de Villers-Bretonneux (département de la Somme) sera transféré, à la demande de sa mère, dans la tombe familiale du cimetière de Carnel à Lorient informe le journal Le Nouvelliste du Morbihan du 15 décembre 1920.
Le dimanche 5 février 1922 à « 14 heures, ont eu lieu les obsèques de Marc Pourpe, officier aviateur. De magnifiques couronnes ont été déposées sur le cercueil dont une de fleurs naturelles offerte par la ville de Lorient. Le deuil était conduit par le prince Ghika et les membres de la famille suivis de diverses personnalités dont le maire Édouard Labès. Après la cérémonie religieuse à l’église Saint-Louis, le corps a été dirigé sur Carnel, où a eu lieu l’inhumation ».
Le quotidien ne relève pas la présence de Liane pour accompagner son fils à sa dernière demeure. Très affectée par la mort de son « Marco », elle note dans son livre de mémoire Mes cahiers bleus à la date du 27 octobre 1926 : « Je ne puis oublier que j’ai eu mon fils tué à la guerre ».
La tombe de la famille Chassaigne au cimetière de Carnel
Le caveau de famille de 4 m2 est une concession perpétuelle acquise le 29 août 1892 par la grand-mère maternelle de Marc Pourpe, à l’occasion du décès de son époux, le capitaine de cavalerie en retraite, Pierre-Blaise Chassaigne, le 8 août 1892 à son domicile au 27 rue du Morbihan.
Sur la pierre tombale d’origine on pouvait lire :
Famille Chassaigne Commandant Lopez - Mathilde Lopez
Le mardi 2 décembre 2014, pour le 100e anniversaire de la mort de Marc Pourpe, un hommage lui est rendu par le maire de Lorient, Norbert Métairie, devant sa tombe réhabilitée. Actuellement trois cercueils sont dans ce caveau, les parents d’Anne-Marie : le Capitaine de cavalerie Eugène Chassaigne et sa femme, née Aimée Marie Gabrielle Lopez et leur petit-fils Marc Pourpe.
En 2008, une pièce de théâtre pour Liande de Pougy
« La Compagnie Titan-Bérengère Dautun et France Univers, en partenariat avec le Studio Hébertot, lancent la production de « L’Album de la princesse ». Cette pièce retrace la vie galante et passionnée de Liane de Pougy (1869-1950). Située entre 1944, dans les derniers mois de la deuxième guerre mondiale, et 1950, l’action de la pièce se nourrit de ce contexte et de l’évocation de la période antérieure : « Belle Époque », « années folles » et guerre de 14-18. Fourmillant en arrière-plan d’écrivains et d’artistes assidûment fréquentés par Liane, « l’Album de la princesse » relève à la fois de la fresque historique et du journal intime, sans perdre de vue son objectif dramatique : l’intérêt réciproque et la confrontation entre deux personnages féminins, dont la plus jeune va s’apercevoir de la difficulté de comprendre l’autre. L’autre, c’est Liane de Pougy, qui partagea avec ses amies ou rivales Émilienne d’Alençon, Caroline Otero (dite « la Belle Otero »), Cléo de Mérode, une condition enviée et méprisée par certains (et surtout certaines). (https://albumdelaprincesse.home.blog/author/tuilac/)
Bibliographie :
Mes Cahiers Bleus, Liane de Pougy - Plon - 1977
Liane de Pougy, Courtisane, Princesse et Sainte, Jean Chalon - Grandes Biographies, Flammarion, 1994
Critiques littéraires dans Le Figaro sur le livre de Jean Chalon, Mars 1994 :
- Liane de Pougy : la courtisane dans les bras de Dieu, Dominique Bona
- Jean Chalon ressuscite Liane de Pougy, Renaud Matignon
La Liberté du Morbihan, 4 et 5 janvier 1952
Lorient, le cimetière de Carnel Patrick Bollet - OLAC, juillet 1993
Lorient, et ses Hommes illustres Patrick Bollet - Liv’Éditions, 2005
Lorient, des femmes et des hommes remarquables Patrick Bollet - Liv’Éditions, 2011
La Chaloupe revue du Cercle Généalogique Sud-Bretagne - Morbihan :
- Marc Pourpe, Pierre Mayol - n°110 (avril 2014) - n°111(Juillet 2014)
- Liane de Pougy, Pierre Mayol - n°112 (octobre 2014)
Tous les mots ou phrases en italique de ces pages proviennent surtout des mémoires de Liane de Pougy Mes cahiers bleus (Édition Plon - 4e trimestre 1977), mais également du livre de Jean Chalon Liane de Pougy : Courtisane, Princesse et Sainte (Flammarion - 1994) et des articles sur ce livre dans Le Figaro Littéraire de Dominique Bona et Renaud Matignon (mars 1994).
Texte de Pierre Mayol - Août 2023
[1] Tous les mots ou phrases en italique de ces pages proviennent surtout des mémoires de Liane de Pougy Mes Cahiers bleus (Édition Plon - 4e trimestre 1977), mais également du livre de Jean Chalon Liane de Pougy : Courtisane, Princesse et Sainte (Flammarion - 1994) et des articles sur ce livre dans Le Figaro Littéraire de Dominique Bona et Renaud Matignon (mars 1994).
[2] La naissance d’Anne-Marie devait avoir lieu à Lorient, mais sa mère rendant visite à de la famille, accouche à La Flèche.
[3] Pierre Chassaigne, né à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde) le 13 juillet 1812, décède en 1892.
[4] La mère Aimée-Marie née Lopez est née le 5 octobre 1827 à Toulouse où son père était capitaine. Elle décède en 1912.
[5] Emmanuel, lieutenant d’infanterie de marine, trouva la mort au Tonkin en 1886 et Pierre mourut d’un cancer à la gorge en juin 1921.
[6] Les Fidèles compagnes, ou compagnons de Jésus se consacrent à l'enseignement et à la gestion de centres de spiritualité.
[7] Armand, fils d’un agent des Messageries maritimes, est né à Marseille le 15 juillet 1862. Ses parents, qui vivaient à Suez, n’assistent pas au mariage.
[8] La Tosca, drame de Victorien Sardou, créé en 1887 avec Sarah Bernhardt dans le rôle-titre.
[9] Voir en annexe la vie de Marc Pourpe : l’un des grands pionniers de l’aéronautique.
[10] Dans Mes cahiers bleus : « À 18 ans lorsque j’eu donné un coup de pied aux lois de la société et de la famille, poussée de tout connaître… je deviens l’irrésistible passion, l’Idéal… pour moi, pas de milieu entre la pureté et le dévergondage ».
[11] Valtesse de La Bigne (1848-1910) aurait inspiré Émile Zola, pour son personnage de Nana. En 1935, vingt quatre lettres de Liane à Valtesse sont vendues 60 francs à la salle Drouot.
[12] La Vie parisienne est un opéra bouffe de Jacques Offenbach, livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy, créé au Théâtre du Palais-Royal le 31 octobre 1866 en cinq actes, puis en quatre actes le 25 septembre 1873 au théâtre des Variétés.
[13] Pantomime de Jean Lorrain jouée aux Folies Bergère le 7 mars 1896.
[14] « Pendant la guerre de 1914, notre maison est transformée en ambulance ».
[15] Paul Poiret (1879-1944) est le premier couturier à libérer la silhouette féminine de l’étranglement du corset. Madeleine Vionnet, (1876-1975), l'une des grandes couturières françaises, qui influença le plus la mode du XXe siècle.r
[16] Le 16 novembre 1893 dans Le Nouvelliste du Morbihan : « Mlle Liane de Pougy, bien connue à Paris, dans le monde de la Haute-Galanterie, et son amant le marquis de Mac-Mahon sont poursuivis par une ancienne femme de chambre pour une dette de 15 000 francs. Le marquis proteste, disant que toutes relations sont rompues depuis quelque temps et qu’il n’a rien à voir dans les affaires de la demi-mondaine… Un détail sur le mémoire de la femme de chambre on trouve pour le toutou, Athos, de Liane un bain parfumé de 3 fr. et pour une tireuse de carte 155 fr. ».
[17] Dans Le Nouvelliste du Morbihan du 17 mai 1903 : « Notre compatriote Liane de Pougy vient d’être victime d’un vol d’une rivière de diamants d’une valeur d’un demi-million ».
[18] Le Nouvelliste du Morbihan du 14 octobre 1906 : « Une de nos compatriotes, qui s’est acquis dans le mondes des arts une réputation étendue, Mme Liane de Pougy, a été victime d’un accident d’automobile. Sa machine dérapa et la charmante artiste fut violemment projetée sur le sol. On constata qu’elle était grièvement blessée, et on s’empressa de la diriger vers l’hôpital Beaujon ».
[19] Le restaurant était divisé en deux parties, l’une sur le boulevard réservé au « tout venant », l’autre, rue Laffitte, pour les habitués de marque, à l’abri des curieux, dans de luxueux « cabinets » que pouvaient fréquenter Liane et « son client ».
[20] Idylle Saphique est écrit entre septembre 1899 à Dinard et avril 1900 à Londres.
[21] Dans son roman Chéri, l’héroïne Léa, la courtisane de près de cinquante ans, ressemble beaucoup à Liane de Pougy. Quant à Marcel Proust, qui vint une ou deux fois au Clos, il prête à son Odette de Crécy, d’À la recherche du temps perdu, certaines manies de Liane.
[22] « Une jeune italienne, qui a été ma consolation après le départ de mon mari avec une gamine ».
[23] Georges Ghika ou Ghica est né en Roumanie le 8 juillet 1884 et décède à Lausanne le 19 avril 1945.
[24] Son premier époux Armand Pourpe est mort en 1892.
[25] L’article du Nouvelliste du Morbihan 12 juin 1910, ayant pour titre « Une Lorientaise, reine de Paris depuis longtemps, est devenue princesse », précise : « …La princesse vêtue d’un fourreau empire de mousseline mauve drapée sur taffetas groseille, a suivi la messe dans un merveilleux missel rehaussé de lauriers et de fleurs de lys, qu’on dit avoir appartenu à la duchesse Anne ».
[26] Le dominicain Ceslas Rzewuski (1892-1983), prince d'origine polonaise, est écrivain, biographe et mémorialiste.
[27] Outre Léonce de Joncières, signalons deux autres peintres, aussi mondains et amis, qui ont peint Liane : Antonio de La Gandera (1861-1917) : « J’ai de jolis dessins de moi par Langadera… mais j’ai un grand portrait de moi par lui, raté comme ressemblance » ; en 1922, elle s’en « débarrasse » en le vendant au musée d’Alger pour 2 000 francs. Federico de Madrazzo de Orchan (1875-1934) fait en 1918 un portrait de son Marco : « Je voudrais l’offrir à l’Aéro-club afin que le souvenir de ce vaillant petit soit fixé au moins là. Comme je ressemble beaucoup à mon fils, j’ai posé pour le portrait ».
[28] En 1912 et 1913, Marc Poupe et son copilote Raoul Lufbery réalisent en plusieurs escales les liaisons de Saïgon (Cochinchine) à Phnom-Penh (Cambodge), de Long-Xuyên (Cochinchine) à Bac-Ninh (Tonkin) et de Hanoï à Lang-Son (Tonkin). À Hué, capitale de l’Annam, le roi, plein d’admiration les décore de médailles royales.
[29] Lors du décès de Marc Pourpe, Pierre-Louis Esvelin était maire de Lorient (19 mai 1912 au 10 décembre 1919). Son successeur fut Édouard Labès (19 décembre 1919 au 17 mai 1925).
[30] Un tiers-ordre est une association de fidèles s'inspirant, le plus souvent, de la règle d'un ordre religieux.
[31] En août 1931, lors d’un séjour au Cap-Brun, au bord de la rade de Toulon : « L’Imitation m’encourage, me conseille, me guide. Ses magnifiques paroles, chaque jour consultées, m’éclairent, me consolent. Chaque fois que j’ouvre ce livre merveilleux, j’y puise des forces et aussi de l’enthousiasme ». Pendant ses années de courtisane, cette lecture l’accompagna, ainsi que sa très grande dévotion pour Saint Anne d’Auray.
[32] Entre 1939 et 1945, les religieuses de l’asile accueillent et cachent des résistants. Robert Schuman, qui fonda l’Europe, a séjourné à Sainte-Agnès en se faisant passer pour le jardinier.
[33] Il a 2 ans lors du divorce de ses parents ; il a 5 ans à la mort de son père.
[34] Il est élevé à Suez par ses grands-parents paternels jusqu’à l’âge de 15 ans.
[35] Ce paragraphe résume un article consacré à Marc Pourpe, avec cette photo (12), dans l’hebdomadaire La Guerre Aérienne du 7 décembre 1916.